L’art du départ (2/7)

Le clan, le vrai dépaysement

Quand on part, on pense «où» et «quand», plus rarement «comment». Chaque mardi, notre chroniqueuse s’arrête sur la manière de faire

Ces jours de congés estivaux, quand vous croisez des amis, vous leur demandez s’ils partent et où ils partent. Vous leur demandez plus rarement «comment» ils partent. C’est-à-dire dans quelle formation ils voyagent, pour employer un vocabulaire sportif. Pourtant, le vrai exotisme se niche là, dans la configuration humaine de la transhumance, plus que dans la destination de vacances.

Ah bon? Pourtant, découvrir les banquises de l’Alaska, les forêts tropicales d’Equateur ou les déserts du Maroc procure forcément un puissant dépaysement, me direz-vous. Dans ces contrées éloignées, on est percutés par d’autres visions, d’autres odeurs, d’autres goûts et d’autres sons. La langue aussi déconcerte. Dans la rue, on ne peut plus saisir les conversations, on ne reconnaît rien de l’architecture qu’on croise, on est bel et bien perdus, non?

Dans l’identique, à distance

Bien sûr, mais si l’on voyage en famille, exactement dans la même composition que celle de la maison, on ne sort pas d’un certain confort de la relation. L’inertie de la dynamique familiale est telle que, même dans des conditions de vie totalement inhabituelles, elle recrée les mêmes interactions. Du coup, on est dans l’identique, à distance. J’ai le sentiment que le vrai déplacement, la vraie étrangeté n’interviennent que quand on part seul ou alors en clan, à plusieurs adultes et, s’il y en a, plusieurs enfants.

Là et là seulement, les cartes sont réellement redistribuées. Déjà, sur le plan pratique, on peut alterner les tours de garde des petits, les tours de vaisselle et les corvées commissions. On s’aère vraiment l’esprit. Mais surtout, le monde des adultes s’élargit. De nouvelles alliances se forment, des confidences se lâchent, des liens profonds se tissent. Passé la période d’apprivoisement, on se déploie autrement. Cet exotisme est plus que riche, il est magique.


Précédente chronique:

Voyager seul, le rêve? Foutaise

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