Assez décontractée pour le quotidien, suffisamment sophistiquée pour les soirées habillées, la montre sport chic est à l’horlogerie ce que l’association sneakers-petite robe noire est à la mode. A mi-chemin entre élégance classique et look sportif, ces garde-temps au style hybride ont conquis une place de premier choix dans les collections des marques horlogères qui reprennent en chœur le même leitmotiv: une carrure en acier robuste et résistante, assortie d'un bracelet en métal solide et confortable.

Aujourd’hui, l’horlogerie sport chic se répand au poignet comme une traînée de poudre. Les icônes du genre continuent de se réinventer tandis que les nouveautés fleurissent chez des horlogers jusqu’ici peu enclins à se laisser inspirer par l’univers du sport. Née dans les années 1970, cette esthétique est marquée au fer rouge par la griffe d’un designer devenu une sommité dans le monde horloger. Gérald Genta esquissa notamment la Royal Oak d’Audemars Piguet, la Nautilus de Patek Philippe, la montre Bulgari Bulgari ou le modèle Ingénieur d’IWC.

Coup de folie

«Sans Gérald Genta, l’horlogerie que nous connaissons aujourd’hui n’existerait pas. Il n’y aurait pas de montre sport chic. L’acier n’aurait pas eu un tel destin, l’octogone ne vaudrait pas plus que le rond et nous en serions toujours à la montre avec bracelet crocodile», analyse Laurent Picciotto. Le collectionneur et propriétaire de la boutique parisienne Chronopassion fait référence à la montre Royal Oak dessinée par le designer pour Audemars Piguet. En 1972, à une époque où la montre de luxe se portait de préférence petite, fine et en or, sa silhouette inspirée par un casque de scaphandre avait fait entrer l’horlogerie dans un nouveau paradigme esthétique en desserrant l’étau de la tradition.

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Par sa construction en acier (un matériau qui n’était alors pas encore associé à l’univers du luxe), par sa forme octogonale avec vis apparentes sur la lunette, la Royal Oak brisait les codes classiques. Coup de folie et coup de génie, ce trait d’audace avait été plutôt mal accueilli lors de son entrée en scène à la Foire de Bâle. Personne n’y croyait. Pas même le patron d’Audemars Piguet de l’époque, conforté dans ses doutes par des ventes plutôt mitigées. Une situation inimaginable aujourd’hui quand on sait le succès phénoménal de la Royal Oak. Un modèle qui cultive sa rareté en version acier ou or, assorti de couleurs de cadrans variées et de tout un éventail de complications.

En 1976, c’est au tour de Patek Philippe de créer la surprise en sautant à pieds joints dans l’univers stylistique sport chic de Gérald Genta. Contre toute attente, la maison genevoise a rapidement adhéré au concept né quelques années plus tôt sous le crayon du designer. S’inspirant encore du monde nautique, ce dernier a cette fois transposé la forme des hublots des transatlantiques sur la lunette ni tout à fait ronde, ni carrée, pas même octogonale malgré ses huit pans aux contours dessinés subtilement en arc de cercle. Une construction originale pour ce modèle revu et corrigé en 2006 pour les versions masculines et en 2009 pour les modèles féminins, l’un des piliers de la marque.

L’élégance sportive au féminin

L’évolution horlogère lancée par Gérald Genta dans les années 1970 n’a depuis cessé de faire des émules. A mi-chemin entre le classicisme guindé et l’élégance décontractée, Vacheron Constantin trace sa propre voie avec la collection sportive Overseas. Inspirée par le voyage, caractérisée par sa lunette et son bracelet évoquant la croix de Malte, cette ligne lancée en 1996 se décline à travers des modèles simples ou à complications, au masculin ou au féminin, régulièrement revisités comme avec cette version récente sertie de diamants sur la lunette et assortie d’un cadran bleu denim.

Parmi les montres sport chic les plus récentes, on ne peut manquer de mentionner la nouvelle collection Alpine Eagle qui a pris son envol des ateliers de Chopard fin 2019. «Tout a commencé en 1980 avec la montre Saint-Moritz, se souvient Karl-Friedrich Scheufele, aujourd’hui coprésident de Chopard. J’avais 22 ans, je faisais mes débuts dans la maison et mon idée était de créer une montre en acier mais en travaillant ce matériau comme de l’or. En quinze ans, cette montre a connu un immense succès: nous en avons écoulé 50 000 exemplaires.» Une jolie réussite, mise en sourdine pendant plusieurs années avant de renaître sous les traits de la collection Alpine Eagle, déclinée en dix versions et deux diamètres, de 41 et 36 mm pour les poignets les plus menus.

Car, en horlogerie, si le style sport chic né dans les années 1970 s’adressait tout d’abord à un public masculin, les femmes ne sont pas restées longtemps à l’écart. Royal Oak, Nautilus, Overseas ou Alpine Eagle s’accordent à tous les poignets. Pour celles qui recherchent une montre adaptée à toutes les circonstances, chacune de ces collections est féminisée par des diamètres adaptés et, parfois, quelques touches précieuses.

Zenith entame 2020 sous le signe de l’élégance sportive au féminin avec la collection Defy Midnight: pourvue d'un boîtier en acier de 36 mm, d'un bracelet en métal interchangeable prolongeant la carrure de la montre et d'un cadran sobre rehaussé d’index en diamants. Né sous une bonne étoile, l’archétype de la montre sport chic n’a visiblement pas fini sa course dans la galaxie horlogère.

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