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Final du défilé Paris Cosmopolite 2016/17.
© Olivier Saillant

Podiums

Coco Cosmopolite 
à Paris

Le dernier défilé Métiers d’Art 
de Chanel, qui met en scène le meilleur de ses ateliers, s’est tenu à Paris, 
dans un Ritz nouvellement restauré. 
Un show pour conjurer l’époque 
en invoquant la légèreté des Années folles tout en les réinterprétant

Pour réussir à passer la porte du Ritz, mardi 8 décembre, il fallait montrer patte blanche, soit une invitation et une carte d’identité. Chanel avait entièrement investi le palace créé en 1898 par le Suisse César Ritz, pour y présenter son défilé Métiers d’Art, ce rendez-vous annuel que les grandes clientes de la marque et les invités privilégiés attendent pendant douze mois.

Ce show a pour vocation de mettre en scène tous les savoir-faire de la maison et le talent des artisans travaillant dans les ateliers: brodeurs, plumassiers, bottiers, chapeliers, paruriers, et tous ces artisanats à haute valeur ajoutée que la maison au double C s’emploie à préserver.

Un esprit Café Society

Une fois poussée la porte, le Ritz, qui a rouvert cet été après quatre ans de restauration, avait l’air familier sans l’être vraiment: la verrière du Bar Vendôme avait doublé de volume, prolongée artificiellement par les équipes de Chanel pour servir de décor au défilé. Le Salon Proust, dédié à l’heure du thé, avait été recomposé avec des meubles d’archives que le palace conserve dans un entrepôt de la Courneuve. Cela lui donnait un petit air des années 30. Un temps où les gens fortunés vivaient leurs dernières années folles dans une euphorie et une légèreté qui se sont heurtées de plein fouet à l’histoire en marche.

Mais c’est bien la légèreté de ces années-là que Karl Lagerfeld a voulu convoquer au défilé «Paris Cosmopolite». Il a fait défiler des filles et des fils de – Lily Rose Depp, Levi Dylan, Sistine Stallone, Georgia May Jagger, Kenya Kinsky-Jones, Selah Marley ou Sofia Ritchie, pour ne citer qu’eux –, une moderne résurgence des membres de la Café Society qui possèdent cette aisance conférée par le simple fait d’être nés de parents connus et d’être beaux. Et il leur a demandé de rire, et de danser entre les tables, et de sourire parce que c’est grave au dehors, certes, mais au dedans, entre les tables du restaurant L’Espadon, bien à l’abri des murs du Ritz, les bruits du monde ne parviennent qu’assourdis. Ainsi, ce mardi 8 décembre, Chanel a montré le meilleur de ses ateliers sur l’air de «Puttin’on the Ritz» (dans la formidable version de Taco de 1982). Paradoxalement, pourrait-on dire, car cette chanson écrite par Irving Berlin et publiée en 1929 relevait de la caricature: «Puttin’on the Ritz» étant une expression d’argot pour décrire ceux qui se sapent comme des milords mais qui n’en ont que l’apparence.

«Please dare to disturb»

Le milord du défilé était sans conteste Pharrell Williams, portant veste de tweed, cascade de colliers de perles et ornement de cheveux tressés et brodés sur le haut de la tête. Heureux d’être là, il croisait, nonchalant, Lily Rose Depp dans sa robe de mousseline noire et Cara Delevingne avec des roses en bijou de tête et la petite veste emblématique couleur crème brodée de perles et de roses elle aussi. «Pas de camélias cette saison, place aux roses!» dit Karl Lagerfeld.

Les mannequins d’un jour portaient des robes en plissés soleil. Les épaules triangulaires prenaient leur envol comme des papillons, tandis que quelques jupes en tweed semblaient s’effilocher comme le temps qui passe. De précieuses broderies reprenaient les motifs des tapisseries du Ritz et quelques doudounes brodées d’une tour Eiffel ont fait leur apparition, même s’il faisait 10 degrés à Paris ce jour-là. Des robes en marqueterie de plumes semblaient sorties d’un tableau de Klimt. Quant aux sacs, ils ont joué la note de l’humour, tout empailletés de lumière: «Please dare to disturb», disait-il. Avec plaisir.


Amanda Harlech, les yeux de Karl

Son rôle auprès de Chanel est difficile à cerner tant il est à la fois protéiforme et fondamental. Et cela dure depuis vingt ans. Avec élégance, Lady Harlech se définit comme le regard extérieur de Karl Lagerfeld. Elle participe à affirmer, confirmer les choix du designer, recevoir son message et amplifier les points qui lui semblent les plus fascinants jusqu’à ce que la collection devienne un tout cohérent. Une histoire. Un rôle complexe entre ombre et lumière. «Mon métier relève de la communication», dit-elle.

Son style personnel, qu’elle définit comme «bohémien gothique», a beaucoup inspiré Karl Lagerfeld, même si elle réfute le terme de «Muse». «Karl est un artiste avec un «A» capital», dit-elle.

Amanda Harlech vit entre Paris et sa campagne dans le Shropshire, où elle aime à monter à cheval, galopant dans une nature sublime, s’émerveillant d’un arbre ou d’un chant d’oiseau, loin de Paris, pour mieux y revenir ensuite.

Le Temps: Quelle était l’intention derrière ce défilé au Ritz?

Amanda Harlech: Karl a le don de recréer un lieu au mieux de ce qu’il a été ou pourrait avoir été, dans son imaginaire. Le mot «élégance» n’est plus beaucoup utilisé de nos jours, mais c’est ce dont il est question. Et ce fabuleux casting de filles et de garçons qui conféraient au défilé une sorte de glamour cosmopolite. Chaque fil est parfaitement placé, teint, tissé. Tout comme la musique, le décor, le lieu, la chorégraphie: les détails sont poussés à la perfection. Quant aux silhouettes, les nouvelles épaules triangulaires et ces cols hauts résument tout.

– Comment réussir à traduire la relation qu’a entretenue Coco Chanel avec le palace à travers une collection?

– La rue Cambon est située juste derrière le Ritz. Il y avait une certaine logique dans le choix de Gabrielle Chanel à venir vivre ici. C’était une femme dotée d’un grand sens pratique. Elle a implanté sa boutique juste à côté du meilleur hôtel de l’époque, le lieu où descendaient celles qui sont devenues ses clientes, que ce soit une grande héritière venue d’Argentine ou la marquise Casati. Afin de tisser un lien entre Gabrielle Chanel et le Ritz, Karl a commencé par choisir les couleurs: quand vous voyez du crème, du blanc, du doré, vous pensez automatiquement à Paris, à ses teintes, à ses lumières. Puis il y a ce bleu, ces ors, typiques du Ritz. L’équipe s’est même inspirée des tapisseries qui ont été traduites en broderies sur les robes. Toutes les couleurs sont une manière de faire entrer en résonance le Ritz, Paris et Chanel. Vous avez certainement vu aussi passer la tour Eiffel brodée sur une robe de tulle.

– La mode est-elle une manière de raconter une histoire sans paroles?

– Il existe certains éléments narratifs dans un défilé, des personnages aussi. Karl ne réduit pas ses collections à un seul personnage: il dessine pour de nombreuses filles, femmes, hommes. Il réussit à attraper un certain esprit, il se demande ce que cette personne ferait dans telle ou telle situation. Et ainsi s’écrit une narration.

(Isabelle Cerboneschi)


Chanel et le Ritz, l’histoire d’une vie

Le lien existant entre la maison Chanel et le Ritz remonte au12 juillet 1935, lorsque Gabrielle Chanel a décidé de s’installer dans le palace. Sa suite, située au 3e étage et composée des chambres nos 14, 15 et 16, donnait sur la place Vendôme. Sa femme de chambre, elle, occupait la chambre n° 17.

Situé à quelques pas de ses ateliers du 31, rue Cambon, le palace était idéalement situé. Le jour, elle recevait rue Cambon, le soir, elle invitait dans sa suite, qu’elle avait décorée à son goût, avec ses propres meubles, notamment ses fameux paravents de Coromandel sur lesquels elle avait punaisé des dessins de Jean Cocteau ou de Christian Bérard.

Elle a occupé cette suite jusqu’en 1939. Lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Gabrielle Chanel a fermé sa maison de couture: «L’heure n’est plus à faire des robes», dit-elle. En juin 1940, le Ritz est en grande partie réquisitionné par les Allemands, notamment toutes les suites donnant sur la place Vendôme. Délogée, Mademoiselle s’est repliée dans deux chambres donnant sur l’arrière de l’hôtel, côté rue Cambon. Par la suite, elle a «déménagé» à plusieurs reprises pour se fixer définitivement dans la n° 304 et la n° 305. C’est ici qu’elle a rendu son dernier souffle, le 10 janvier 1971.

Le Ritz n’est pas un hôtel comme les autres

Les discussions entre la maison Chanel et le Ritz concernant le défilé Paris Cosmopolite ont débuté en juillet dernier, au moment de la réouverture. La restauration du palace, qui a fermé ses portes le 1er août 2012, devait durer un peu plus de deux ans: elle en aura duré quatre.

Pendant la fermeture, les employés ont été licenciés, mais avec une clause leur permettant d’être réembauchés à la réouverture. La moitié est revenue. Le Ritz n’est pas un hôtel comme les autres.

(Isabelle Cerboneschi)

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