Mies van der rohe

Au coeur de la villa Tugendhat

LA STRUCTURE

Au début, sur les plans: une pièce gigantesque avec une cloison rectangulaire et une autre incurvée. Rien d’autre. Sauf de petites croix, éloignées de 5 m environ les unes des autres. Les Tugendhat s’interrogent. De quoi s’agit-il? «Comme si c’était la chose la plus naturelle du monde – se souviendra Grete –, Mies a simplement répondu: – Ce sont les supports en acier, qui vont porter toute la structure.» A cette époque, il n’existait bien entendu aucune demeure privée dans laquelle une structure métallique constituait l’ossature. Les fins poteaux apparents en acier sont cruciformes et habillés d’inox. La structure, qui vaut pratiquement à elle seule le voyage en République tchèque, permet d’éviter les murs porteurs et de distribuer la maison en toute liberté pour l’architecte.

LES BAIES VITRÉES

Gigantesques, elles sont entièrement escamotables. Elles bordent la partie sud du living-room, et projettent sur la nature. Elles peuvent être électriquement abaissées dans le sous-sol, disparaissant entièrement de l’espace. La façade sur le jardin est donc entièrement vitrée, les menuiseries sont quasi invisibles. Un ­garde-corps sera ajouté, pour concilier fonctionnalisme et sécurité.

LE CHAUFFAGE

La villa est équipée d’un chauffage central et d’un système d’air conditionné, bâti autour d’une chambre d’humidification à régulation. C’est la première fois dans l’histoire de l’architecture des maisons privées qu’une telle ingénierie a été mise en œuvre. Thermostats «Swiss made».

LES MATÉRIAUX

En tant que fils de maçon, Mies van der Rohe connaissait très bien la pierre, avec une affinité particulière pour les matériaux précieux. C’est lui-même qui a choisi la pierre d’onyx de l’Atlas, le monolithe qui fait office de filtre entre le bureau et la lumière de l’extérieur. Ailleurs, ébène de Macassar, poirier noir, citronnier, entre autres. Les parois sont toutes plaquées en bois précieux.

LE MOBILIER

Les Tugendhat n’avaient pas prévu de demander à Mies le mobilier intérieur. Ils s’attendaient juste à ce qu’il leur donne des indications sur la manière de meubler une telle maison. Mies réalisa cependant lui-même le dessin des meubles, à sa charge, les commanda, en courant le risque qu’ils les refusent. Mais ils acceptèrent immédiatement. Comment refuser, par exemple, cette table ronde dont les pieds en acier reproduisent le design des piliers de la structure? Plateau en poirier noir. Vingt-quatre places à table. Vingt-quatre «chaise Tugendhat», en acier plat chromé garni de cuir piqué.

LE JARDIN

Mies a aussi dessiné les plans du jardin, avec la paysagiste Grete Roder, de Brno. L’architecte dira plus tard, au sujet d’une autre villa qu’il réalisera dans la banlieue de Chicago: «La nature doit elle aussi vivre sa vie. Nous devons être attentifs à ne pas l’interrompre avec la couleur de nos maisons et nos intérieurs. Nous devons même faire converger la nature, les maisons et les êtres humains vers une plus grande unité. Si vous regardez la nature depuis la vitre de la villa Farnsworth, elle a une plus profonde signification que si vous l’observiez depuis l’extérieur. La nature est une partie d’un plus grand ensemble.» Exactement ce que l’on observe à Brno.

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