Automobile

Les constructeurs allemands passent à l’électrique

VW, BMW et Mercedes se garderont de vanter leurs modèles diesel la semaine prochaine au Salon automobile de Francfort. Même s’ils disent le contraire, ils savent que ce type de motorisation est condamné à terme. Place donc à la plus vertueuse propulsion électrique

Le 2 août dernier, à Berlin, le gouvernement fédéral contraignait les patrons de VW, BMW et Mercedes à participer à un sommet urgent sur le diesel. Tous trois risquaient gros, comme l’installation de coûteux équipements spéciaux pour réduire les oxydes d’azote de leurs moteurs, des interdictions de circulation dans les grandes villes allemandes, l’abandon de soutiens financiers.

Autant de menaces qui se sont évaporées pendant le sommet. A quelques semaines des élections législatives, Angela Merkel et son rival, Martin Schulz, se gardaient d’attaquer de front les industriels. L’automobile, dans le pays, ce sont 800 000 emplois et 20% des exportations. Une tradition, un orgueil, une culture. Matthias Müller (VW), Harald Krüger (BMW) et Dieter Zetsche (Mercedes) sont repartis à Wolfsburg, Munich et Stuttgart soulagés.

Seuls quelques gestes ont été consentis, à l’exemple de la mise à jour de logiciels antipollution lors du rappel de 5,3 millions de véhicules. Les groupes automobiles avaient eux-mêmes proposé ces mesures, avant la réunion de Berlin.

Le diesel condamné

Les marques allemandes se garderont toutefois de mettre en avant leurs modèles diesel le 12 septembre, jour d’ouverture de l’IAA, le Salon automobile de Francfort. Le scandale qui a éclaté il y a deux ans aux Etats-Unis ne connaît pas de rémission. Les constructeurs d’outre-Rhin sont maintenant suspectés d’entente cartellaire, notamment dans le but de trouver des solutions bon marché pour endiguer les émanations nocives des voitures diesel.

Les ventes de ce type de motorisation déclinent de manière continue partout en Europe, Suisse comprise. Paris, Londres ou Oslo s’apprêtent à leur fermer la porte. La Norvège, les Pays-Bas ou l’Inde, puis cet été la France et la Grande-Bretagne, ont décidé de renoncer à terme non seulement au diesel, mais aussi à tous les moteurs à combustion interne.

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Ce n’est pas encore le cas en Chine. Mais la décision tombera un jour, tant le pays suffoque. En attendant, Pékin multiplie les incitations à la transition électrique. Si la Chine est le premier marché automobile du monde, elle l’est aussi pour les véhicules à batteries lithium-ion. Il s’en est vendu 260 000 l’an dernier. Les premiers mois de 2017 marquent une augmentation de 37,8%. Le groupe Renault-Nissan vient de passer un accord avec Dongfeng Motor pour fabriquer en masse un petit modèle tout électrique et hyper-connecté, dès 2019.

Baisse des coûts

Sous le coup du discrédit jeté par le Dieselgate, les marques allemandes ne peuvent laisser passer cette occasion. Après avoir longtemps dénigré l’électricité, elles ont commencé à réagir. En prenant leur temps. Les constructeurs savent que les principaux handicaps de la voiture électrique vont s’atténuer. Le prix du kilowattheure des batteries est tombé de 1000 dollars en 2010 à environ 150 dollars aujourd’hui. Le rayon d’action s’étend. Le coût à l’achat s’abaissera à mesure que la production augmentera. Le temps de recharge lui aussi se réduira.

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Si bien que Mercedes-Benz dévoilera deux prototypes «EQ», son nouveau label électrique, au Salon de Francfort. L’un sera une petite berline compacte. L’autre, plus ambitieux, incarnera le futur de sa marque Smart, née il y a vingt ans à partir d’une idée de Nicolas Hayek. La Smart vision EQ ne se contentera pas d’être à électrons. Elle conjuguera les deux autres grandes tendances automobiles du moment: la conduite autonome et l’autopartage.

Sans pédales ni volant, comme l’était le concept Google Car avant que les autorités californiennes ne mettent le holà, la Smart urbaine sera conçue pour aller chercher ses passagers à l’endroit souhaité, les prévenant grâce à un affichage à l’avant. La voiture, un rien Tinder, sera même capable de choisir ses deux occupants en fonction de leurs centres d’intérêt.

Le futur est à la transparence (en particulier celle des données personnelles), ce que la Smart Vision EQ confirmera avec sa silhouette de bocal à poisson rouge.

La réponse à Tesla

A Francfort toujours, VW et BMW joueront la carte du vintage à émission zéro. Volkswagen s’est enfin décidé à réincarner son légendaire Combi, ex-peace and love. Le Microbus à batterie entrera en production en 2022. L’idée de la Mini est née il y a 60 ans sous le crayon du designer Alec Issigonis. Aujourd’hui propriété de BMW, la marque lancera en 2019 son modèle 100% électrique.

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Il y a dix ans, Mini avait déjà testé une plus rudimentaire version «E» en conditions réelles, dans de grandes villes. Sans suite jusqu’à l’imminent Salon de Francfort, où cette fois le pas sera franchi. BMW, énervé comme le groupe VW et Mercedes par le bourdon Tesla, pourrait même présenter la semaine prochaine un prototype électrique de sa Série 3, réponse à l’insolent Model 3, qui commence en cette fin d’été sa carrière commerciale aux Etats-Unis.

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