L'architecte

Les constructions conscientes de Zhang Ke

L’architecte chinois aime créer des bâtiments qui se mêlent à la beauté de l’environnement. Engagé, créatif et humaniste, il sera l’invité de la Maison de l’architecture de Genève, le 7 novembre

Il fait partie de ces architectes qui œuvrent à construire des bâtiments s’ancrant dans la nature qui les environne. Récipiendaire du Prix Aga Khan pour l’architecture en 2016, et de la médaille Alvar Aalto l’année suivante, le natif de Pékin Zhang Ke sera l’invité de la Maison de l’architecture (MA) de Genève le 7 novembre prochain, dans le cadre de Momentum, une série de conférences qui se dérouleront jusqu’en mai 2020. Parmi les autres intervenants tels que Lacaton & Vassal (France) ou Angela Deuber (Suisse) s’interrogeront sur le rapport qu’ont les artistes avec le temps dans leur processus de création. «Le comité tenait à offrir un large panel sur la question, explique Marlène Leroux, vice-présidente de la MA. Nombreux sont les concepteurs qui se confrontent à cette quête de l’immédiateté revendiquée par la société actuelle. Cette problématique nous concerne tous.»

Et d’autant plus en Chine? Le pays est en effet connu pour sa société sur-industrialisée, qui ne cesse de viser la performance, l’objectif étant de satisfaire une audience mondiale avide des tendances éphémères. Trop souvent aux dépens de l’environnement. Pourtant, les artistes et le genre d’architectes auquel Zhang Ke appartient enracinent en parallèle leurs créations dans une culture traditionnellement proche de la nature. Paradoxal? «Je ne pense pas qu’il y ait véritablement de paradoxe, affirme Marlène Leroux. La relation cosmique de la société chinoise avec la nature est ancrée dans la culture du pays depuis des millénaires. De plus, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, la course au développement économique dans laquelle la Chine s’est lancée est récente. C’est en voulant rattraper un certain retard que les dirigeants chinois ont joué la surenchère. En réaction, l’art, l’architecture revendiquent depuis la nécessité d’une relecture des arts traditionnels et d’un rapport renouvelé à la nature.»

Le défi de l’intégration

En quelques années, nombreuses sont les constructions à être davantage tournées vers des fondements résolument écologiques et durables. Unique projet suisse de ZAO/standardarchitecture, l’agence de Zhang Ke, le Novartis Campus Building à Bâle en est un exemple. Inauguré en 2016, il présente un design avec des lignes hexagonales, un style épuré et des jardins inspirés des vergers asiatiques qui concilient avec justesse production futuriste et réflexion sur l’environnement.

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Construit à partir d’un système de grilles organiques, l’édifice renvoie à la priorité écologique de nombre de créations de l’architecte chinois qui encouragent très souvent la réutilisation des ressources naturelles. Comme en témoigne son projet dans les hutongs de Pékin, ces ensembles de ruelles labyrinthique et étroit parfois vieux de plus de 700 ans et menacés de destruction. Zhang Ke y a réalisé plusieurs bâtiments - dont Micro-Hutong, mini hôtel de 30 mètres carrés - à partir de bois et de béton, l’objectif étant de créer une relation directe avec le contexte urbain dans lequel ils se trouvent. «Dans tous les hutongs, la situation de vie actuelle, caractérisée par une forte densité, possède en réalité une base élégante, expliquait Zhang Ke au site internet consacré à l’architecture Archdaily. Si nous ne faisons rien pour montrer au public et aux autorités qu’il s’agit de véritables vestiges culturels de la capitale, ils seront voués à être rasés de la carte. Les architectes chinois doivent lutter contre ça.»

Cette démarche, qui se préoccupe aussi bien de l’esthétique des bâtiments que de ceux qui y vivent, est l’une des raisons qui ont motivé le comité de la Maison de l’architecture à inviter le créateur pékinois. «Je suis sa carrière depuis longtemps, reprend Marlène Leroux. Partisan de la nuance, il a la juste mesure pour mettre en avant le patrimoine de la Chine. Son point de vue n’est ni maniériste ni effacé et présente une relecture du passé de cette société avec un regard sur l’avenir.»


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Conférence Zhang Ke organisée par la Maison de l’architecture, Genève, Pavillon Sicli, le 7 novembre 2019 à 18h30.

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