Design

Corine Stübi, la fée du confort moderne

Corine Stübi organise depuis deux ans à Genève la plus grande foire de design du XXe siècle de Suisse romande. Rencontre avec une artiste vidéaste passée au mobilier de collection

Corine Stübi a eu deux vies. Dans la première, elle était artiste vidéaste à Cologne, vendait ses films dans une galerie de Francfort et signait des clips musicaux, dont certains diffusés sur MTV. Dans la seconde, elle abandonnait l’art pour vendre du design avec Yanick Fournier, lui aussi artiste performeur. C’était il y a dix ans. Ensemble, ils ouvraient à Lausanne Kissthedesign, galerie spécialisée dans le mobilier de collection. «On savait qu’on ne gagnerait pas notre vie avec l’art. Etudier son histoire, en revanche, nous avait introduits au design du XXe siècle. Lorsqu’on est revenu en Suisse, on a acheté des meubles plutôt pointus pour notre appartement. Que l’on revendait parfois pour en acquérir de nouveaux. C’était au tout début du boom du vintage. Petit à petit, on s’est dit qu’il y avait un business à prendre.» Et à faire fructifier.

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Marché saturé

Depuis 2017, la Neuchâteloise organise aussi le Salon du design à Genève. La deuxième édition se déroulera du 3 au 4 novembre au Pavillon Sicli, bâtiment aérien dont le voile en béton est le chef-d’œuvre de l’architecte et ingénieur zurichois Heinz Isler. «L’idée était de proposer un vrai salon avec des exposants triés sur le volet qui vendent des pièces de design signées et pas seulement du vintage. Par rapport à l’année dernière, on est passé de 26 à 31 participants, qui viendront de Suisse, de Belgique, de France, d’Italie et des Pays-Bas. On a réussi à attirer les grands marchands qui font le tour des grands rendez-vous européens organisés à Paris, Bruxelles et Düsseldorf.»


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Alors oui bien sûr, l’époque a changé. Il est loin le temps où il était possible de chiner ce mobilier rare sans poser un treizième salaire. Et où une chaise scandinave des années 1960 pouvait se retrouver toute seule sur un trottoir. «Au départ, on sillonnait la Suisse à bord de notre camionnette. On lisait les journaux et on surfait sur internet à la recherche de belles pièces que l’on vendait sur notre site avant d’emménager à l’avenue de Rumine.»

Maintenant, c’est plus facile car ce sont les particuliers qui viennent à nous. Paradoxalement, c’est aussi plus compliqué car le marché est saturé. Les beaux objets sont désormais plus difficiles à trouver et donc plus chers à acheter. Les gens sont aussi mieux renseignés sur la valeur de ce qu’ils possèdent en vous réclamant des prix de galerie new-yorkaise.»

Goût scandinave

Manière de dire aussi que la clientèle, en s’éduquant, est devenue plus exigeante. «Elle recherche les pièces rares. Il y a dix ans, neuf personnes sur dix qui entraient dans la galerie voulaient une chaise coque de Charles et Ray Eames. Maintenant, elles convoitent toujours des pièces des années 1950, mais plutôt de designers français, italiens ou scandinaves.»

«Le design suisse, par contre, reste à la traîne. Les meubles de Max Bill, Kurt Thut ou Hans Bellmann ont beaucoup de succès chez les Alémaniques, mais très peu en Suisse romande. Sans doute parce qu’il est trop carré, trop formaliste, trop intello», reprend Corine Stübi en montrant la banquette posée dans l’entrée de son magasin. Elle ne va pas y rester longtemps. «Ici, ce genre de mobilier scandinave marche extrêmement bien car il est à la fois abordable, chaleureux, beau et d’excellente qualité», poursuit celle qui, chez elle, mélange allègrement les genres et les époques.

«Mon salon est un terrain de jeu. J’ai un canapé Cannaregio de Gaetano Pesce des années 1980 dont je ne me séparerais jamais avec un imprimé improbable parsemé de petits personnages. Et qui fonctionne très bien avec des pièces assez minimalistes des années 1950.» Reste à savoir pour quel meuble la fée du confort moderne se damnerait? «Il y en a plusieurs. Les pièces d’Ettore Sottsass éditées par Poltronova dans les années 1960 sont sublimement sculpturales. Et puis une édition originale de la Valet Chair de Hans J. Wegner. J’en avais une que j’ai vendue il y a quelques années en sachant que j’allais le regretter. Elle est aujourd’hui presque introuvable.»

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