studio harcourt

Cosette H., le beau secret

On l’appelait Mademoiselle, comme Coco Chanel, et, comme la couturière, la photographe qui a donné son nom au studio a réinventé sa vie

On la croyait Anglaise, elle en avait l’accent. La distinction aussi. Cette blonde au profil aristocratique, qui laissait s’envoler les volutes de fumée de son porte-cigarettes, qui conduisait des bolides à vive allure, a laissé jusqu’à sa mort planer le doute sur ses origines. C’est à elle que le mythique studio doit son nom: Cosette Harcourt. Une identité d’emprunt.

Comme Coco Chanel avant elle, Germaine Hirschefeld, de son vrai nom, a préféré inventer sa vie que la subir. Non pas que celle-ci fut aussi désespérante que celle de la couturière. Encore que l’on n’en sache pas grand-chose. Choisir le prénom Cosette n’est pas anodin. Doit-on y lire une piste qui mènerait à celle des Misérables et à son destin?

D’après l’historienne Françoise Denoyelle*, Germaine Hirschefeld est née avec le siècle, dans le XIXe arrondissement de Paris, fille de Percy Hirschefeld et de Sophie Lieb­man, des commerçants d’origine allemande. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, la famille doit quitter la France. Ils seraient partis pour l’Angleterre avant que l’on retrouve la trace de Cosette à Paris en 1930 où elle apprend la photographie dans les studios G.L. Manuel Frères.

Lorsque les frères Lacroix lui offrent l’opportunité de diriger son propre studio, cette femme libre n’hésite pas. C’est elle qui forgera le style Harcourt, qui privilégie le visage, le détache de toute référence temporelle, qui densifie les ombres, met l’accent sur le regard, qui déifie le modèle, en somme.

L’Armistice est signé le 22 juin 1940. L’avenir est incertain pour Germaine Hirschefeld, cette femme célibataire de 40 ans, de religion juive. «En juillet 1942, Jean Lacroix a épousé Cosette Harcourt pour la protéger des événements. Il fallait avoir du courage en 1942!» explique Francis Dagnan, le président du studio Harcourt. En effet, le 27 septembre de la même année paraissait la première ordonnance prescrivant le recensement des juifs en zone occupée.

Comment le studio a-t-il survécu durant l’Occupation? «A cette époque, les boulangers vendaient du pain aux Allemands, les cafetiers servaient des cafés aux Allemands et Harcourt a photographié des officiers allemands. Et après les Allemands, ce fut au tour des alliés… On ne peut pas juger une époque depuis celle où l’on se trouve. Mais ce qui compte, finalement, c’est la façon dont certains juifs ont réussi à ­conserver leur entreprise pendant la Seconde Guerre mondiale», souligne Francis Dagnan.

A la fin de la guerre, en 1946, Cosette Harcourt demande le divorce. «La lettre de divorce, à laquelle j’ai eu accès, était une merveille, confie le président. Elle disait, presque mot pour mot: «Mon ami, en des temps troublés vous avez su me protéger des aléas de l’histoire. Il est maintenant venu pour moi l’heure de vous rendre votre liberté, vous laisser l’espoir d’une vie conjugale à laquelle je suis hostile...» Ils ont donc divorcé, mais ont continué à partager le même appartement jusqu’au décès de Cosette Harcourt, en 1976. Elle a emporté avec elle le mystère de ses origines…

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