Un chalet en bois dans un décor alpin. Des pives suspendues qui montent et qui descendent. Et ce coucou qui jaillit sous la pointe du toit pour chanter les heures… Depuis des siècles, le coucou traditionnel est emblématique d’une certaine facture suisse. Il représente les valeurs de simplicité d’une vie hors du temps, à la Heidi, dans un paysage bucolique sur fond de Lyoba et autres élans folkloriques. Seulement, les décennies passent. Le pays s’urbanise. L’écho du coucou ne retentit plus que dans les boutiques de souvenirs, chez quelques irréductibles montagnards ou certains hipsters. «A l’ère de la globalisation, j’ai voulu savoir comment la Suisse se positionne vis-à-vis de cette icône, à travers le regard contemporain de jeunes étudiants», explique le designer et architecte d’intérieur Claudio Colucci, basé à Genève, à Paris et dans plusieurs villes asiatiques. Fasciné par «cet objet un peu kitsch, mais tellement littéraire et imagé», il a déjà griffonné quelques croquis et esquisses en vue de le revisiter lui-même un jour. Chiche.

Invité à animer un workshop d’été de trois semaines à la Haute Ecole d’art et de design de Genève, il propose à une vingtaine d’élèves issus de toutes les filières de dépasser l’image du coucou traditionnel pour s’interroger sur sa fonctionnalité et sa contemporanéité. Dans ce champ de liberté totale, une seule piste: garder la qualité principale du coucou qui est de raconter une histoire tout en égrenant les heures avec un chant régulier. Le résultat est impressionnant de beauté, de poésie et d’audace. Si bien qu’une exposition des meilleurs objets est prévue autour du monde, à commencer par la Fondation suisse à Paris, du 8 novembre au 8 décembre prochain.

La photo montre le travail de Solkin Keizer,Master media design: «Le chalet traditionnel associé au coucou est à la base de ma réflexion. J’ai cherché à transposer cet élément du folklore suisse dans l’ère contemporaine: ses technologies, son rapport à l’image et à l’intimité», note Solkin Keizer. Son coucou est composé de deux pièces distinctes. Un morceau de bois sculpté par un artisan à accrocher au mur, qu’elle imaginerait en vente dans les magasins de souvenirs, et un iPad. Muni d’une application spécifique, l’écran dévoile un chalet privé, filmé 24 h/24 par des caméras de vidéo surveillance, avec l’accord de ses résidents. L’heure est indiquée au-dessus du chalet. Elle s’écoule en phase avec la luminosité et les saisons. A chaque changement d’heure, un oiseau animé se pose sur le chalet en imitant le bruit du coucou. «L’objet est conçu pour les touristes. Il leur permet d’observer, en temps réel, un vrai chalet, des vrais habitants, à l’instar d’une émission de téléréalité. Ce coucou contemporain répond ainsi aux attentes véhiculées par la société du spectacle tout en perpétuant un artisanat traditionnel», se réjouit l’étudiante.