On ressort les tabliers et les cuillères en bois des placards tandis que les marque-pages reprennent leur place dans les livres de recettes. Après trop de temps passé à jouer sur Fortnite, les tablettes sont recouvertes non seulement d’empreintes de doigts, mais aussi de farine et de chocolat.

Au même titre que les ordinateurs portables qui tournent à plein régime avec l’explosion du télétravail, les fours multifonctions et les robots pâtissiers ont le cœur qui bat la chamade. Ça mijote, ça mouline, ça bouillonne, ça réduit, ça confit, ça rissole! Cuisson lente, cuisson vive, cuisson vapeur, à l’eau ou au beurre… Peu importe la méthode, les ménages cuisinent à nouveau. Quand la tribu est confinée, toute la famille est réquisitionnée. En ces temps de crise, la gastronomie serait-elle fédératrice? Que faut-il idéalement manger et où s’approvisionner? Alors que paradoxalement tous les chefs sont au repos forcé et que leurs restaurants sont vides, la cuisine a-t-elle un rôle à jouer dans l’intérêt général d’un pays?

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Nous recentrer autour de l’essentiel

A travers ses consultations virtuelles, maintenues pour la plupart, Marie Moatti, bio-nutritionniste spécialisée en micronutrition et naturopathie, constate une réorganisation de la vie, qui se fait avec pragmatisme et philosophie. «D’un seul coup, il y a une réduction de l’espace-temps et de l’espace-lieu. Nous sommes tous forcés de nous recentrer autour de l’essentiel: c’est-à-dire la santé à travers la protection de notre corps.»

Comment l’aider à faire face à un confinement forcément générateur de stress? D’un point de vue nutritionnel, en période de sédentarisation, inutile de se jeter sur les pâtes et le riz, faussement considérés par la société comme des biens de première nécessité. «Le corps bougeant beaucoup moins, il n’a pas besoin d’autant d’énergie. Au contraire, il lui faut des nutriments et des vitamines pour faire face à ce changement brutal de vie et renforcer son immunité».

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«Amenons de la vie à notre corps»

La situation actuelle est une opportunité extraordinaire de revoir notre mode d’alimentation à travers des circuits d’approvisionnement locaux. Oublions les supermarchés, allons voir nos maraîchers! Alors que les autorités ont décidé de fermer les marchés à ciel ouvert, les commerçants se réorganisent pour les clients grâce aux livraisons à domicile. «Rechercher le contact avec les agriculteurs régionaux et s’intéresser à ce qui se passe sur les terrains agricoles dans notre écosystème, c’est recréer des liens sociaux à travers un nouveau mode de consommation».

D’un seul coup, il y a une réduction de l’espace-temps et de l’espace-lieu. Nous sommes tous forcés de nous recentrer autour de l’essentiel.

Marie Moatti, bio-nutritionniste

Un conseil? Manger des produits vivants et frais. Les ménages ont actuellement le temps d’éplucher, de couper, d’organiser et de préparer. «Alors que nous sommes menacés par un virus qui nous empêche de vivre normalement, amenons de la vie à notre corps à travers les fruits et les légumes provenant de la nature autour de nous.»

Voyager à travers la cuisine

Côté fourneaux, Pamela et Pedro, jeune couple romand trentenaire, profitent de ce retranchement forcé pour diversifier leurs repas tout en perfectionnant des classiques qu’ils affectionnent particulièrement. «Même si c’est plutôt lui le chef et moi qui suis son commis, nous aimons cuisiner ensemble. C’est agréable d’avoir plus de temps autant pour la préparation que pour l’élaboration et la dégustation», déclare Pamela.

Afin d’innover, ce couple de végétariens aguerris utilise régulièrement les sites internet dédiés à la nourriture comme sources d’inspiration. Leur cuisine est propice aux voyages; le couple prépare un bo bun, salade vietnamienne de vermicelles de riz avec du tofu, relevé par quelques pickles. Prochain stop en Inde avec des brochettes de paneer (fromage indien) ou encore un dhal de lentilles. Le couple s’amuse même à confectionner des bao (petits pains chinois cuits à la vapeur). «Avoir du temps nous permet encore plus de diversité. Nous voyageons à travers notre cuisine sans bouger de chez nous.»

Un côté ludique

Direction Lausanne où la famille Decima se serre les coudes autour de bons petits plats. Les parents et leurs deux enfants de 7 et 5 ans mettent la main à la pâte. «Tout en gardant un côté participatif, j’ai très vite inculqué à mes enfants le côté ludique de la cuisine. Ils goûtent, sentent, touillent et assaisonnent. J’ai appris à mon fils à faire une béchamel», révèle la mère, Caroline, qui a pour règle d’or de ne jamais utiliser de produits surgelés industriels, seulement des produits frais.

Pragmatique jusqu’au bout de la spatule, la maîtresse de maison déteste le gaspillage et s’efforce de varier les mets en quantité mesurée. «Malgré la situation, je n’ai presque pas révolutionné mes habitudes. Je cuisine pour l’instant ce que je sais faire. Inévitablement, ce qui a changé, c’est que nous prenons davantage notre temps.» La famille profite même de transformer ces moments en jeux mathématiques avec le calcul du poids des ingrédients pour confectionner un gâteau.

«Faire de la pâtisserie va me changer les idées»

Tarik Meliani, quant à lui, a prévu des stocks pour les deux prochains mois. Ce trader en matières premières, célibataire, est un gastronome. «J’ai progressivement pris conscience du fait que mes habitudes alimentaires ont changé suite au confinement. Je ne sors plus, donc je me dépense moins et n’ai plus besoin d’autant de calories.»

Sa journée débute par un jus d’orange et des flocons d’avoine avec du miel et des fruits. Pour le moment, Tarik cuisine des choses simples et envisage sereinement la routine culinaire. «Je vais cuisiner, mais pas tout le temps. Faire de la pâtisserie va me changer les idées et me permettre d’oublier un court instant les nouvelles actuelles. J’ai aussi acheté des plats réconfortants qui font du bien au moral, comme un sachet de fondue au fromage!» Il n’y a pas de petites joies…

Pour aller plus loin, écoutez ici l'épisode 1 de notre podcast, message viral: