A ma droite, donc, des acteurs, des présentateurs ou des figures de la télévision qui ont mené une deuxième carrière, plus tard, dans la politique. A ma gauche, une actrice, aussi, et qui plus est remarquable; mais qui vient de se prendre un râteau, il y a quelques semaines, lorsqu’elle s’est présentée aux primaires de l’Etat de New York – elle a été archi-battue par le démocrate sortant, Andrew Cuomo.

C’est ce que l’on se disait, l’autre jour, entre amis, en parlant de plafond de verre et en comparant des figures publiques ou pipolesques. Souvent, quand des hommes changent de carrière et passent d’un métier plutôt créatif (écrivain, artisan, étudiant en arts, etc.) à un boulot plus «carré» (politicien, administrateur, économiste, etc.), leur passé est vu comme un avantage, comme un gage de compétences supplémentaires. Alors que les femmes, à la première occasion, se voient reprocher leur passé diversifié, leur carrière antérieure, leurs études littéraires ou sociales. Chez les hommes, la diversité des vies est un plus. Chez les femmes, elle est souvent vue comme une faiblesse ou une lacune à exploiter – c’est ce qui est arrivé à Cynthia Nixon, justement.

Au moins trois vies

Vous vous souvenez d’elle dans Sex and the City, bien sûr. Son personnage était le plus sérieux des quatre copines délurées qui se racontaient leurs frasques en titubant sous l’abus de talons conjugué à la surconsommation de cocktails Metropolitan à base de vodka, Cointreau, citron vert et cranberries – boire ou porter des Manolo, il faut choisir. Cynthia Nixon jouait donc Miranda Hobbes, avocate surbookée, un rôle qui lui valut un Emmy Award en 2004. A côté de cela, Cynthia Nixon mène au moins trois vies. Elle est une actrice de théâtre très en vue et enviée du côté de Shakespeare ou de Broadway. Elle a été une militante pour les droits LGBT, pour l’accès aux soins et à l’éducation. Et elle a eu deux enfants avec un prof avant d’épouser une femme, Christine Marinoni, qui lui a donné un fils, Max.

Bien sûr, bien sûr, on dira ici avec raison que Cynthia Nixon, lors des primaires démocrates new-yorkaises, n’était qu’une novice affrontant un candidat aguerri, riche et soutenu par l’establishment. Bien sûr, son programme (gratuité de l’enseignement, amélioration des transports publics, vente facilitée du cannabis) était flottant et ses arguments parfois aussi essoufflés que sa volonté de sillonner son Etat fut déterminée. Mais justement! N’est-ce pas ce même côté anti-establishment qui, aujourd’hui, vaut à d’autres dilettantes patibulaires d’avoir atteint des sommets (Donald, si tu as les oreilles qui sifflent…)?

Voilà où nous en étions, l’autre soir, à table. Avant de parler mythologie. Si Cynthia Nixon était une figure de conte, une héroïne de film, qui serait-elle? La chèvre de Monsieur Seguin (je sors de mon enclos, je tombe sous les crocs d’un vieux loup endurci)? Et pourquoi pas plutôt Daphné, la nymphe racontée par le poète latin Ovide dont on réduira, ici, l’histoire à l’épisode de la métamorphose: libre et vagabonde, Daphné se métamorphose en laurier rose. Une jolie fleur, certes, mais bien innocente et figée, hélas, dans son rôle de belle plante.