Portrait

David Lizzola, le dessus du panier

Il a fondé Léguriviera, seul avec une camionnette et un frigo. Le petit distributeur de primeurs est désormais à la tête d'un groupe qui ne cesse de grandir

Le 17 juin dernier, il était à Rostov invité par un très distingué partenaire à assister au Brésil-Suisse de la Coupe du monde. Score de parité (1-1). Un exploit pour les joueurs de la Nati confrontés aux Neymar, Willian, Marcelo et Coutinho.

David Lizzola ne regretta pas le voyage. D’autant qu’il rentra au pays avec une anecdote pour le moins savoureuse: «On m’a donné là-bas un badge rouge avec, m’a-t-on dit, écrit dessus en cyrillique Switzerland. Mais quelque chose clochait parce que les gens me regardaient bizarrement. On m’a expliqué ensuite pourquoi: sur le maillot il était écrit en réalité Swaziland.» Rires.

Mille établissements livrés par jour

Un moment de détente pour le jeune patron de Léguriviera. Ça ne se refuse pas. Il en a peu. Primeur grossiste, il approvisionne 1000 établissements par jour, palaces, restaurants étoilés Michelin, restaurants d’entreprise haut de gamme. C’est son créneau. Lorsque le chef Franck Giovannini, du Restaurant de l’Hôtel de Ville de Crissier, lui passe commande de 150 kilos d’asperges, David file dans le Valais chez Maurice Dussex, à Saillon, qui cultive les demoiselles vertes et blanches avec art et méticulosité. Et quand on lui réclame des yuzus, citrons japonais prisés par les grands chefs, il visite à Gland le maraîcher Niels Rodin, descendant du sculpteur, qui, se raconte-t-il, murmure à l’oreille des agrumes. «On livre les meilleurs, il nous faut donc le meilleur», résume David.

Voir la vidéo: Découvrir tous les goûts des agrumes

Etrange parcours pour ce fils d’immigrés italiens né au CHUV en 1978. La grand-mère était en cuisine Chez Mario, première pizzeria de Suisse, ouverte en 1958 à Lausanne. Son père s’est spécialisé dans la lutte contre la contrefaçon (produits de luxe, prêt-à-porter, parfums, médicaments, etc.). David est bon élève mais il ne tient pas à user ses pantalons sur les bancs. Il devient apprenti dans le commerce chez Coop, «une très bonne école pour se former». Premier contact avec le produit alimentaire.

Hors des sentiers battus

Il se lasse vite de la vie de bureau, de la gestion, de la compta. Il recherche le contact humain. Suit des cours de communication, marketing et vente. Il rejoint Légufruits, à Villars-Sainte-Croix, une société fondée par son oncle. Les senteurs de la terre titillent ses narines. Il devient un lève-tôt, prépare ses livraisons et se fait modestement un nom chez les chefs cuisiniers, qui apprécient la ponctualité du jeune homme et sa soif d’apprendre.

Il comprend surtout qu’il y a là un fort potentiel. Dans un marché écrasé par les géants de la distribution, il balise un chemin, hors des sentiers battus: le produit ultra-frais et authentique qu’il déniche chez des producteurs romands. En 2000, il emprunte 100 000 francs, achète une camionnette et un gros frigo, monte seul sa propre affaire, Léguriviera, à Villeneuve.

Une vie de «forçat» durant trois années. Lever à 1h, les commandes à préparer, les livraisons à effectuer en temps voulu, rouler parfois jusqu’à Genève. Des coups de téléphone l’après-midi, le planning du lendemain à préparer, puis dormir un peu. Un chiffre d’affaires de 500 000 francs la première année. C’est bien mais pas encore rentable. Il recrute un ami d’enfance, ils ont grandi ensemble. Il exerce un métier confortable mais décide de rejoindre David.

«Me concentrer sur mes compétences»

Contre un salaire mensuel de 4000 francs, celui-ci découvre à son tour le travail de nuit. «Dans ce métier, il faut arriver à l’heure pour livrer à l’heure, j’avais entière confiance en lui», explique David. Cet ami est resté chez Léguriviera, qui aujourd’hui emploie 220 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 50 millions de francs. Une vraie success-story.

David Lizzola dit qu’il sait s’entourer «de gens plus forts que lui dans les domaines où il est faible. «Je peux ainsi me concentrer sur mes compétences.» Comme le flair. Dès 2005 il rachète la succursale de Vevey du négociant genevois Bourgeois Primeurs pour augmenter son volume des achats. Deux ans plus tard, il reprend à ses anciens employeurs Légufruits et bâtit un groupe romand qui pèse alors déjà 20 millions de francs. Il ouvre aussi une épicerie fine à Vevey, baptisée Ratatouille, une seconde plateforme de production à Carouge, et surtout un laboratoire de produits prêts à l’emploi, appelé 4ème Gamme, situé à Aclens.

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«Les professionnels du goût peuvent disposer de fruits et de légumes fraîchement transformés, dans le format de leur choix, épluchés, évidés, émincés. Nous créons aussi des mélanges exclusifs à partir des recettes de nos clients. Tous nos produits sont suivis en traçabilité», insiste David Lizzola. S’il privilégie la production locale, il commerce aussi avec l’Italie et la France «parce qu’ils sont les meilleurs dans notre secteur».

Une éthique: ne travailler qu’avec des partenaires irréprochables. «J’envoie un collaborateur enquêter sur les conditions d’hygiène et de travail. Pas question par exemple de négocier avec un maraîcher espagnol qui paie ses saisonniers marocains 5 francs de l’heure.»


Profil

1978 Naissance à Lausanne.

2000 Création de Léguriviera SA à Villeneuve.

2009 Naissance de Luca.

2011 Ouverture d'une épicerie fine, Ratatouille, à Vevey.

2014 Création d’un laboratoire de produits prêts à l’emploi.

2018 Naissance d’Andrea.

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