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A la découverte du Paris secret, banlieues incluses

De nouveaux guides et récits de voyage racontent la capitale française autrement. Avec leurs lots d’histoires et de témoignages

Un ancien atelier de peintre, à l’entrée d’une ruelle protégée des regards, rue de la Tombe-Issoire, près du quartier d’Alesia. C’est là que depuis près de quarante ans, Jim Haynes reçoit chaque dimanche des grappes d’Américains en goguette dans la capitale française, pour des dîners amicaux et à la bonne franquette. Précurseur des réseaux sociaux, cet octogénaire accueillant fut tour à tour vagabond, universitaire, organisateur de festivals. Mais Jim figure aux abonnés absents de la plupart des guides de voyage sur Paris. Pourtant, les accros de ses dîners conviviaux – compter 30 euros par personne – se comptent aujourd’hui par milliers. Convaincus, souvent, du bien-fondé de la dédicace ironique qu’il porte d’une main ferme sur ses mémoires To Fuller or Not (Polwarth Publishing), en vente sur place: «Never Work!»(ne travaillez jamais).

Revoir Paris et redécouvrir à chaque fois une autre ville. L’idée, séduisante, est bien souvent difficile à concrétiser, tant nos pas nous ramènent vers les quartiers et les destinations connus. Le mieux est donc d’improviser, ou de se laisser guider sous d’autres latitudes dans la capitale française aux faubourgs périphériques si méconnus. Deux ouvrages, très différents, permettent de réaliser cette prouesse. Le premier est, en ligne, le Guide des grands parisiens, récemment acclamé par le mensuel Monocle, champion des modes urbaines et mondialisées.

Paris s’y retrouve disséquée en huit parties, toutes définies par leurs activités les plus saillantes. L’ouest est «l’océan vert». Le nord-est (incluant les banlieues de Pantin et Aubervilliers, sanctuaires des ateliers textiles) est la «fabrique». Objectif? Familiariser les visiteurs avec le futur Grand Paris, lancé en 2008 et annoncé pour 2024, date à laquelle les Jeux olympiques retrouveront la ville du baron Pierre de Coubertin. Colonne vertébrale de cette métropole réinventée: le Grand Paris Express et ses 75 gares réhabilitées. Rêvez, chers touristes: une liaison ferroviaire directe et autonome sera enfin disponible entre l’aéroport Charles de Gaulle et le centre de la capitale… Et faites escale auparavant, pour déjeuner ou diner, au nouvel espace gastronomique ouvert par Big Mamma sur le site de Station F, le plus grand incubateur de start-ups signé Xavier Niel, le patron de Free, près de la gare d'Austerlitz. 

Capitale méconnue

Les premiers embryons du Grand Paris sont déjà visibles et méritent une visite. Pièce maîtresse architecturale: le nouveau Palais de justice situé dans le quartier des Batignolles, porte de Clichy, entre le quartier des affaires de la Défense et la porte de Saint-Ouen, siège du fameux marché aux puces, où près de 1400 exposants se retrouvent chaque week-end. Gare toutefois aux visiteurs naïfs que les chroniqueurs mondains et bobos de Monocle ont oublié d’avertir. Car quelques quartiers plus loin, Saint-Ouen est l’épicentre parisien du trafic de stupéfiants. Les «chouffeurs» (guetteurs) pullulent à deux pas des puces. Une réalité sombre et criminogène dont le Grand Paris devra s’accommoder…

Visiter Paris autrement, pour mieux comprend la «plus belle ville du monde». Deux autres ouvrages s’y emploient. Paris secret (Ed. Robert Laffont) sera le compagnon idéal de vos flâneries estivales parisiennes. L’auteur, Michel Dansel, y passe en revue ces histoires oubliées, méconnues, enterrées, des quartiers qui ont fait Paris. Passionnante, par exemple, cette plongée dans celui des Gobelins «inestimable patrimoine culturel dont on ne fait malheureusement plus grand cas». Glaçante, cette évocation factuelle, rue par rue, des itinéraires préférés de Landru, le fameux meurtrier guillotiné le 25 février 1922. Sa dernière phrase? Une réponse cinglante à l’aumônier qui lui demandait si, après tant de crimes, il croyait en Dieu: «Alors que je vais mourir, vous me posez des devinettes!»

Dans les pas de D’Artagnan

Paris secret a surtout le mérite de nous faire pénétrer dans les lycées, dans les ruelles oubliées, voire sous les pavés de la capitale française aujourd’hui recouverts d’asphalte. Comme les pages sur les fortifications, cette enceinte qui continuait d’enserrer Paris jusque dans les années 1860 (la ville ne comptait jusque-là que 12 arrondissements contre 20 aujourd’hui). S’agissait-il de défendre la ville, comme autrefois les remparts? Eh bien non! «Entre 1784 et 1787 fut édifiée, sur les limites de Paris, une enceinte à vocation fiscale et non défensive qui devint très vite très impopulaire, raconte l’auteur. Pour éviter la fraude, l’objectif des fermiers généraux était d’enfermer Paris. Ils obtinrent de Louis XVI la construction d’un mur d’octroi.» Impôts, colère, révolution… On connaît la suite.

Retour donc, pour finir, vers un passé pas si lointain. Décédé en 1935, l’historien G. Lenotre, de son vrai nom Louis Léon Théodore Gosselin, adorait raconter sa ville. La réédition de ses Histoires de Paris (Ed. Perrin) est un régal. Nous voici donc chez D’Artagnan, dans son hôtel particulier du quai de la Grenouillère, près de l’entrée de l’actuelle rue du bac, non loin de la caserne des mousquetaires et du quai Voltaire. L’inventaire du mobilier du valeureux bretteur gascon est donné par le détail. Alexandre Dumas puisa dans la réalité pour conter l’épopée de ses Trois mousquetaires. «Ah, le beau coup d’œil s’exclame G. Lenotre. Le fleuve, chargé de barques, baignant la longue galerie du Louvre. Les arbres taillés en boules, en pyramides, en pions d’échecs du fastueux jardin des Tuileries. Là-bas, sur la droite, la robuste silhouette du pont Neuf avec son cavalier de bronze Henri IV, dieu des Gascons.»

Paris peut s’éveiller. Avec ces pages en poche et ces guides sous la main, vos nuits d’été, comme vos journées, seront bien remplies.


A lire

Le Guide des grands parisiens.

Michel Dansel, Paris secret, Ed. Robert Laffont, 1056 p.

G. Lenotre, Histoires de Paris, réédition, Ed. Perrin, 320 p.

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