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Les défilés de Paris, entre les petites fugues et la grande évasion

Stéphane Bonvin est rentré des défilés de Paris où il a vu défiler la mode masculine qui sera en boutique l’automne prochain. Antipodes intérieures et mâles des montagnes

Endosser une cape à carreaux pour s’évader dans les années 1960, mixer la tradition de Savile Row et les tentations interlopes du cuir (défilé Valentino, notre préféré). Chausser des lunettes qui rappellent celles des sherpas sépia, passer un manteau dont le dessin rappelle la panthère des neiges, et finir par se croire au Bhoutan (Louis Vuitton). S’envelopper de grands pardessus techniques au dos gonflé, enfiler des chemises au plastron peint et amaigri, mixer l’oversized et le moulant, le voile translucide rose et le cuir matelassé, marcher à cheval entre Voyouland et Dandyville, filer loin (Lanvin, toujours aussi formidable). Porter des pulls de ski, de sublimes trenches à boutons Ex-libris, des vestes à double boutonnage croisé et col cranté, du brun, du dark mais aussi du jaune bouton-d’or ou du rose trempé d’une pointe de noir, lacer ses chaussures de randonnée de cordelettes orange pour se transformer en mâle des montagnes (chez Hermès, tout schuss). Enfiler une veste moitié sweat à capuche, moitié tailleur, afin de migrer vers ces zones d’existence floues, à la frontière entre l’adolescence et la vie d’adulte (Kris Van Assche). Enrouler des écharpes grunge, faire flotter des capes brodées comme des fleurs du mal, et redevenir, le temps d’une nuit filante, un adolescent éternel (Saint Laurent, voir LT du 22.01.2013).

Le vêtement, ce mode de transport. Partir, s’égarer, se retrouver. (Se) changer. Bouger, se sentir mourir moins vite, qui sait.

Paris. Début de semaine. Fin du carrousel des défilés ayant présenté, dans les capitales de la mode, les collections masculines pour l’automne 2013. Les leçons à retenir? 1) grand retour du voyage; 2) influence de la vie au grand air; 3) vestiaire city tirant du côté du sport, des matières archi-sublimes (Berluti, marque en pleine ascension vers les sommets), mixées à des textures techniques; 4) vestes courtes et cintrées, couplées à une recrudescence de pantalons sarouels ou à pinces; 5) pièce maîtresse: le manteau (ou ses avatars, cape, parka ou duffle).

Fugues, évasions, excursions en montagne, hommes d’extérieur. Certes, mais comment? A Paris, où les collections masculines restent les plus intéressantes de toutes, on sent bien que ce n’est pas la destination qui compte, mais le déplacement. Peu ou pas d’emprunts ethniques (ou alors très remastérisé, comme l’imprimé Louis Vuitton revu et redessiné par les frères Chapman). L’idée que le vêtement intègre les influences extérieures. Trois défilés, de ce point de vue, volaient bien au-dessus des autres. Valentino (la marque à suivre, en plein redécollage depuis que le duo Maria Grazia Chiuri and Pierpaolo Piccioli en a repris la direction artistique). Lanvin, of course.

Et Dries Van Noten. Ce dernier a composé le vestiaire d’un homme qui se réveillerait un lendemain de fête et qui enfilerait, a-t-il raconté, ce qui lui tomberait sous la main, pantalon de cuir clouté mais innocent, peignoir à motif cachemire, grands manteaux vaguement militaires et ayant vécu. Une manière radieuse et paisible de pratiquer le mélange des genres et le mariage de tout. De tirer, en beauté et singularité, la couverture du monde à soi.

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