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Le denim, star des défilé printemps-été 2018
© Victor VIRGILE

Mode

Le denim, cinq siècles et pas un pli

Créée au XVIe siècle, la toile de jean a su s’adapter à l’air du temps. Symbole des classes laborieuses, récupérée ensuite par la mode, elle fait craquer les créateurs depuis cinquante ans

C’est l’histoire d’un heureux hasard qui va se transformer en triomphe. Celui des tisserands nîmois du XVIe siècle qui, en cherchant à copier une qualité de velours de lin et de laine produit à Gênes pour la fabrication des voiles de bateau, vont créer, sans le vouloir, un nouveau sergé de coton de couleur indigo. La «serge de Nîmes» est ainsi née d’un ratage.

Résistant et dur à la tâche, le denim attendra encore quelques siècles avant de devenir le tissu du travail par excellence. Levi Strauss et Jacob W. Davis vont lui donner ses premières lettres de noblesse en déposant, vers 1880, un brevet pour la fabrication d’un pantalon dans cette toile increvable. Les fermiers et les chercheurs d’or vont se ruer sur ces jeans aux poches rivetées. Et assurer son succès pour les 140 prochaines années.

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Apanage masculin, le jean intéresse très vite les femmes qui réclament aussi un vêtement résistant. La première paire de Lady Levi’s, au style près du corps, apparaît en magasin en 1934. Hollywood s’empare dans la foulée du look cow-girl dont Jane Russel devient l’icône. La demande augmente et va croissant pendant la Seconde Guerre mondiale. Les hommes sont à la guerre, les femmes les remplacent derrière les machines.

De James Dean à Rihanna

Associé aux classes laborieuses jusque dans les années 1940, le jean se rebelle dans les années 1950, se fait révolutionnaire dix ans plus tard pour devenir un objet de mode à part entière. De la mythique veste en denim de James Dean dans La Fureur de vivre, aux versions déstructurées de Rihanna, il se métamorphose et s’adapte à l’air du temps.

Pourtant, la conquête féminine de cette silhouette, symbole de liberté et d’émancipation, devra attendre la fin des années soixante pour se réaliser vraiment. Le mépris affiché envers celles qui osent porter le jean s’estompe. Les créations de jeans de Gloria Vanderbilt, brodées d’un cygne sur la poche arrière, sont ajustées au plus près de la silhouette féminine et s’adaptent ainsi à toutes les morphologies. Nombreux sont les créateurs qui vont s’emparer du phénomène. Brooke Shield devient, à 15 ans, l’égérie des jeans Calvin Klein, avec ce slogan provocateur: «Vous voulez savoir ce qu’il y a entre moi et mon Calvin? Rien.»

Aujourd’hui, le denim s’affiche sur tous les fronts, de la rue jusqu’aux tapis rouges, en cultivant son caractère asexué. La matière elle-même n’a cessé d’évoluer, pour devenir toujours plus technique, plus confortable. L’indigo originel et naturel importé d’Inde a depuis longtemps été remplacé par des colorants de synthèse qui permettent des variations de bleu infinies. Tandis que les créateurs cherchent, chacun de leur côté, à créer un denim toujours plus novateur.

Pantalon de charpentier

Ce printemps-été 2018 fait la part belle à ce sergé qui traverse les âges sans broncher. Mugler s’en empare et crée des robes ou des combinaisons seconde peau merveilleusement bien coupées. La marque métamorphose la matière qui devient somptueuse et profondément indigo. Versace reprend les basiques du genre en les associant à ses célèbres imprimés jaunes dans une version grunge chic. La silhouette jean de Tom Ford dénude le ventre et propose un soutien-gorge couplé à un pantalon de charpentier ultralarge ou à une redingote pour un look habillé-déshabillé.

Chanel délaisse pour sa part l’indigo et lui préfère des total looks de denim délavé, rehaussés de franges plastique aux jupes et pantalons évasés. Des bandes aux différentes teintes de bleu forment un tailleur-pantalon ample et confortable du côté de Christian Dior. Sa version de la jupe gitane à la taille floquée et aux multiples carrés de jean rebrodés de couleurs vives annonce l’arrivée des beaux jours. Calvin Klein signe le même ensemble jean et veste, au féminin comme au masculin, parsemé de grands aplats asymétriques rouges, bleus ou jaunes qui réveillent les basiques.

La double surpiqûre orange emblématique est à l’honneur chez Fendi dans une étonnante robe à manches longues, agrémentée de volants, mais aux épaules dénudées. Tandis que Max Mara dévoile l’envers de la trame en jouant du contraste clair-obscur et marie robe chemisier et jean skinny. Et que chez Stella McCartney, les combinaisons ou les vestes XXL au denim délavé, parfois teinté de vert ou de jaune, gomment les contours du corps. Et revendiquent un confort féministe.

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