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A une dizaine de kilomètres de San Pedro Atacama et à 2500 mètres d’altitude, la vallée de la Lune est l’un des endroits les plus arides du monde.
© Edgar Cordova pour T Magazine

Voyage

Dans le désert d’Atacama, un road-trip entre ciel et terre

Rendez-vous en ciel austral pour découvrir l’astrotourisme, un voyage scientifique et poétique dans l’extrême nord chilien

Suivre la piste des étoiles dans le désert d’Atacama, c’est entreprendre un voyage dans le temps autant que dans l’espace. On ne pousse pas les portes du cosmos par hasard. Il faut traverser la moitié de notre planète pour arriver jusqu’à cette unique tache marron où il n’existe aucune goutte d’humidité. L’air pur et sec y garantit le plus beau tableau de la voie lactée, des conditions inégalées pour voir à l’œil nu et via les meilleurs télescopes au monde, le ballet des astres. Un road-trip entre ciel et terre.

Après avoir survolé l’Atlantique, passé la cordillère des Andes, et atterri à la capitale, Santiago du Chili, l’avion doit remonter la longue côte pacifique jusqu’à l’extrême nord du pays. Derrière les hublots, les très rares routes qui attendent le voyageur se démarquent à peine dans l’immensité de terre rubigineuse. Le vol intérieur Santiago – Antofagasta (deux heures) s’apparente à une approche de Mars. Les humains ont beau y avoir établi une ville industrielle surréaliste qui doit son existence à son port, le décor semble posé là, artificiellement. La force en présence est bien celle du désert, qui enveloppe de son emprise et ne nous lâchera pas.

Le temps de récupérer une voiture de location dans le minuscule aéroport et c’est parti pour une centaine de kilomètres plein sud, deux heures de route sous une chaleur écrasante. Aucun transport en commun dans ce néant de roches. Il est rare de croiser un autre véhicule sur cette avenue du désert qui fleure bon le bout du monde. Enfin, le panneau de l’ESO se dresse fièrement. La Suisse est l’un des 15 membres de l’Observatoire Européen Austral (ESO en anglais).

Mastodontes d’acier

Les visiteurs sont admis le samedi seulement au cœur de l’observatoire le plus productif du monde. Cinq mille personnes pénètrent chaque année dans cet univers à la pointe de la technologie à pas de loup, pour ne pas déranger les astronomes qui travaillent non-stop. A 2600 mètres d’altitude, dans les montagnes chiliennes, on foule la plateforme où se dressent les quatre gigantesques télescopes de 430 tonnes chacun.

Lire aussi: Sous les terres du désert d'Atacama surgit l’espoir de trouver la vie sur Mars

L’un de ces quatre mastodontes d’acier et de verre aux allures d’immeuble est ouvert pour la visite. Depuis vingt ans, les secrets du ciel tombent un à un sur les instruments telle une pluie transparente. Nous entrons dans ces entrailles comme dans une machine à remonter le temps. Comment naît une planète, comment naît une étoile, et nous, comment naissons-nous? «L’origine de» est la grande question des astronomes.

Certains geysers ont été rebaptisés «assassins» depuis les quelques accidents qui ont tué ceux qui se sont trop approchés

C’était celle aussi des bergers précolombiens qui dessinaient des astres sur les pierres d’Atacama. Durant les trois heures de visite, une évidence s’impose: le présent n’existe pas. C’est un piège de la conscience. Ainsi, on apprend que la lumière du soleil tarde à arriver jusqu’à nous. Huit minutes. On ressort sur la plateforme un peu sonné, le regard perdu sur la mer de nuage derrière laquelle flotte le Pacifique.

L’hôtel de James Bond

Les guides embarquent novices comme amateurs avertis dans la dimension fascinante des manipulateurs du passé, des archéologues du ciel. Les astronomes sont derrière leurs ordinateurs. Cela fait belle lurette qu’ils n’ont plus l’œil collé au télescope. Lors de votre visite, n’hésitez pas à interroger vos guides sur le spectrographe Espresso, le nouveau chasseur de planètes et d’extraterrestres, made in Genève, sur le point d’entrer en service.

Lire également: Un chasseur de planètes est installé dans les montagnes chiliennes

Le circuit s’achève à la Residencia, l’hôtel privé des astronomes, mondialement connu depuis le tournage de Quantum of Solace, où Daniel Craig endossait le costume de James Bond. A la place de l’agent secret 007, on y croise des scientifiques qui récupèrent au bord de la piscine ou dans le jardin tropical intérieur. Le bâtiment, une prouesse architecturale, est enterré pour éviter toute pollution lumineuse. Seule la coupole dépasse, comme une soucoupe qui émerge du désert. 

La tête pleine des possibilités que d’autres formes de vie existent sur l’une des dix mille milliards de planètes qui nous entourent, il faut déjà reprendre la route pour cinq heures de rocaille. Impossible pour le voyageur d’observer de nuit car c’est un espace de travail. Direction San Pedro de Atacama où les astrotouristes pourront s’enrouler dans les couvertures d’un hôtel-oasis pour observer les étoiles avec moins d’ordinateurs et plus de poésie. Excursions dans les geysers, échappées gastronomiques et massages aquatiques comblent délicieusement l’attente des nuitées étoilées.

Geysers tueurs

Notre base: l’Alto Atacama, un hôtel qui se fond avec la cordillère des Andes, où il fait sombre et frais, un luxe au milieu des inondations de soleil caractéristiques d’Atacama. Son spa a été classé parmi les meilleurs du pays, et chaque convive peut bénéficier de la «Trilogie Puri Spa» un massage des pieds, des épaules et de la tête réalisé dans une petite piscine d’eaux minérales chauffées à 35 degrés. Rien de mieux pour se préparer à des réveils très matinaux.

Dès 6h, on commence la journée avec les étoiles, confortablement allongés dans un van de l’hôtel. 80 kilomètres plus loin, les geysers fument à toute vapeur. On leur rend visite tôt et bien emmitouflés car leur panache est visible quand le thermomètre est en dessous de zéro. Comme un tam-tam qui vibre sous le sol, on les entend remuer les entrailles de la terre et on se tient bien à distance des éruptions. Certains geysers ont été rebaptisés «assassins» depuis les quelques accidents qui ont tué ceux qui se sont trop approchés.

La guide de l’hôtel a grandi ici. Dayan connaît les geysers comme sa poche. Pas de risque à l’horizon. Juste l’incroyable frisson qui consiste à ôter ses habits dans l’atmosphère glaciale et à plonger dans le geyser aménagé à cet effet. Dans la brume des éruptions, on y distingue le «Grand frère», un magnifique volcan. Tout est prévu: le peignoir moelleux pour s’éviter un coup de froid et le petit-déjeuner réconfortant. En quelques minutes, le soleil se lève, la chaleur augmente de dix degrés. Sur notre chemin apparaissent les bébés vigognes – leur laine est l’une des plus chères au monde – qui se rafraîchissent les pattes dans une oasis aux côtés des flamants roses.

Saveurs d’un autre monde

Autre excursion, autre décor tout près de la frontière bolivienne et argentine, celle de la Vallée de Mars. Des sculptures de sel et de roches ocre ont été dessinées par des bourrasques de vents millénaires. Quelques chemins de treks sont ouverts pour une poignée d’hôtels. Le tout, géré par la communauté indigène qui habite ici depuis des siècles. Les Atacameños ont perdu leur langue – les colons espagnols la leur coupaient pour qu’ils ne la parlent plus – mais pas leurs légendes et leur histoire qui habitent encore les lieux.

A lire: Le Chili par les côtes

Le chef Alonzo Gallardo, de l’Alto Atacama, raconte l’histoire de son délicieux Causa Andina, littéralement cause andine. «A l’époque de la guerre, les Péruviens ont inventé un plat pour soutenir la cause, le nom est resté. Je le prépare avec du charqui, une viande sèche typique d’Amérique du Sud, ici fabriquée à partir de cheval.» La carte est aussi très attentive aux végétariens, pour qui la quiche de quinoa et épinards sautés est un must. Mention spéciale pour les glaces locales. Celle de rica rica, une herbe connue pour combattre le mal d’altitude et celle de la rosa del año, une rose que l’on cueille une seule fois par an, que le chef déshydrate et monte en sorbet. La concentration du goût de la fleur, à la fois extrême et délicate, propulse les gourmets tout droit en orbite.

Pour l’observation du ciel, le spécialiste reste Alain Maury qui a travaillé à l’ESO et a installé son agence à quelques kilomètres de l’hôtel. Apprendre à repérer la Croix du Sud avec l’astronome, son pointeur laser vert et son humour est un incontournable du séjour. Alain a réuni le plus grand parc de télescopes publics en Amérique du Sud, qu’il assemble lui-même. Durant une leçon interactive et magistrale de deux heures, on repère les mouvements de Vénus, on parle extraterrestres, on apprend à utiliser des applis sur tablette pour détecter seul les galaxies. «Nous sommes loin d’être le centre du monde», confirme l’astronome que l’on quitte avec la ferme promesse de ne pas l’oublier. Et de passer bien plus de temps à regarder le ciel.

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Y loger:

Alto Atacama. Le luxe au milieu du désert avec six piscines extérieures, un restaurant gastronomique, le meilleur spa du Chili et un observatoire à ciel ouvert. www.altoatacama.com 

Pratique:

La visite de Paranal est gratuite, il faut réserver assez tôt et choisir entre l’anglais et l’espagnol. Préférez le tour du matin car la route est longue après et sans éclairage. Convient aux enfants à partir de 4 ans. Prévoir coupe-vent, lunettes, crème solaire, habits longs et beaucoup d’eau.

Eviter février, période de pluies. Ne pas réserver aux alentours de la pleine lune, on ne voit pas les étoiles. L’hôtel a aussi son propre télescope, un petit tour complète celui d’Alain.

Avant de partir:

A voir absolument: Nostalgie de la lumière, le documentaire politique et poétique de Patricio Guzmán sur les disparus de la dictature de Pinochet et sur le travail des astronomes. 

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