Mobilier

Design: les meubles de La Chance

Lancé au Salon international du meuble de Milan en 2012, l’éditeur français de mobilier pointu est aussi un découvreur de talents

C’était en 2012, au Salon international du meuble de Milan. Le designer Tom Dixon se lançait dans l’entreprise insensée de créer sa propre foire en marge de la pléthore d’événements design qui agitent déjà la capitale lombarde. Elle s’appelait Most et s’installait au milieu des avions et des bateaux du Musée des transports du coin. A la section ferroviaire, on découvrait La Chance, nouvel éditeur français qui exposait, dans un décor de vieille loco, une collection de meubles originaux, imposants et colorés.

Six ans plus tard, La Chance n’a pas tourné. L’entreprise expose toujours à Milan. Elle a même son stand depuis quatre ans à Rhô parmi les grandes marques qui participent au salon. Et désormais aussi à Genève, chez Galli, qui vend la production de ce label pointu fondé par une architecte et un passionné de design qui, dans une autre vie, a bossé dans la finance. «A l’époque, des marques de niche aux identités fortes s’imposaient sur le marché, explique Jean-Baptiste Souletie. Je pense aux Hollandais oniriques Moooi, au Britannique industriel Tom Dixon, à l’Italien flamboyant Cappellini. En France, rien de tel n’existait. Louise Breguet et moi nous sommes dit qu’il y avait une place à prendre.» L’idée? Réveiller quelque chose de la théâtralité à la française. «Mais sans pour autant donner dans le néo-Art déco, même si c’est notre période préférée et que notre approche est similaire», insiste Jean-Baptiste Souletie, dont les principales sources d’inspiration se trouvent dans les années 20 et chez Memphis, soixante ans plus tard.

Paris gagnants

Le concept est posé. Reste à lui trouver un nom. Ce sera La Chance. «Parce qu’elle traverse toute l’histoire de notre marque. C’est la chance de la rencontre avec mon associée. La chance que des designers réputés nous aient accordé leur confiance alors que nous étions de parfaits inconnus. La chance encore que nous donnons à des jeunes créateurs, dont certains sont encore à l’école.»

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Comme Frederik Werner et Emil Lagoni Valbak qui ont dessiné la chaise Ronin avec son dossier en marbre alors qu’ils étaient encore étudiants à l’Académie royale du Danemark. Ou encore Sebastian Herkner, auteur de la série de petites tables Salute en marbre et métal sortie en 2013. Depuis, la carrière du jeune designer allemand a explosé. Au point d’avoir été nommé en janvier designer de l’année au dernier salon Maison & Objet de Paris. «Nos choix ont plutôt été gagnants, reprend Jean-Baptise Souletie, pour qui La Chance a toujours été envisagée dans une perspective internationale. C’est lié à nos parcours personnels et professionnels, à Louise et à moi. Elle a vécu à Madrid et a dessiné toutes les boutiques de luxe de l’aéroport de Pékin. J’ai habité à Londres et passé pas mal de temps en Inde. On ne voulait surtout pas une maison qui soit pariso-parisienne.»

Geek du design

Dès le départ, Louise Breguet et Jean-Baptiste Souletie vont proposer un catalogue de meubles plutôt maous, alors que les marques qui se lancent se précipitent rarement d’un coup dans l’eau froide. «Nous étions pleins d’audace et d’inconscience. Nous voulions concevoir des objets qui se patinent plus qu’ils ne s’usent. Notre rêve serait de les retrouver dans vingt ou trente ans parmi les classiques du design aux puces ou en vente aux enchères. Ces valeurs de qualité et de durabilité passent notamment par l’utilisation de certains matériaux et de certaines techniques.»

La table basse Float du designer italien Luca Nichetto par exemple. Géométriquement, c’est un cône en métal tourné dont la pointe repose sur un disque en acier. C’est beau et minimaliste, mais à fabriquer c’est toute une histoire. «La taille du plateau réclame un savoir-faire complexe. L’artisan qui s’en occupe produit aussi des nez pour les avions de ligne. Nous travaillons le plus souvent avec des entreprises familiales qui se trouvent toutes en Europe, sauf pour les tapis, qui sont tissés en Inde», continue Jean-Baptiste Souletie qui cultive son goût du design depuis l’adolescence. «J’ai toujours eu une approche assez geek des choses. A 13 ans je lisais des monographies sur Frank Lloyd Wright, Charles Rennie Mackintosh et Jacques-Emile Ruhlmann. Le design représentait une sorte d’art désacralisé. Pour moi, le meuble est une sculpture avec laquelle vous vivez. Cette philosophie, La Chance se plaît à la cultiver», explique l’éditeur en montrant quatre dragées géantes en bois noir maintenues ensemble par un cercle en acier cuivré.

Fauteuil-arbre

De loin, le tabouret Bolt des Suédois de Note Design Studio ressemble à une pièce d’art contemporain. Mais une œuvre sur laquelle on peut s’asseoir. «Les gens sont à chaque fois surpris de constater à quel point il est confortable.» Un souci esthétique que Louise Breguet et Jean-Baptiste Souletie balisent très précisément dès le début du projet. Quitte à imposer leurs pistes artistiques aux designers. «Pour le canapé Borghese, j’avais demandé à Noé Duchaufour-Lawrance de regarder les tableaux du peintre Julian Opie, raconte Jean-Baptiste Souletie. Il a ensuite imaginé cette structure de dossier en forme de branche très stylisée pour recevoir les coussins qui lui donne cette allure de pin romain.» Un sofa comme un paysage.

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A Genève, La Chance est vendu chez Galli, place du Bourg-de-Four 9, 022 818 39 99.

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