Design

Quand le design mont(r)e le son

Simples à utiliser et beaux à regarder: comment nos appareils audios sont devenus des objets déco

Ils appartiennent désormais au décor de la maison, à ces objets qui donnent du style aux intérieurs. On veut parler des haut-parleurs portables, accessoires d’intérieur au même titre qu’un vase ou une lampe de salon. Ce design qui montre le son fait, depuis peu, tendre l’oreille à certaines marques de meubles. Comme Ikea – qui vient par ailleurs de mettre en rayon ses premières enceintes sans fil – et Hay, qui dévoilaient cette année leur collaboration avec Sonos, spécialiste de la diffusion musicale dans toute la maison.

L’histoire du rapport du son et du design n’a pas toujours été aussi esthétique. La faute aux supports phonographiques – le disque, la bande magnétique et plus tard le CD – et à leurs thuriféraires (les haut-parleurs) dont l’encombrement technologique a longtemps contrarié les inspirations.

Elégance italienne

Comme souvent dans les années 1960, l’Italie apporte les solutions les plus élégantes. Ettore Sottsass, Mario Bellini ou encore Achille Castiglioni vont se faire les dents sur les premiers ordinateurs personnels, les premiers calculateurs d’Olivetti. Et sur quelques chaînes hi-fi que Brionvega fabrique. Basée à Milan, la marque produit une électronique domestique à tendance futuriste où les courbes suivent les lignes molles de l’époque. Elle fait surtout appel aux designers pour insuffler de l’émotion dans ces objets froidement techniques. Comme Pier Giacomo et Achille Castiglioni qui, en 1965, dessinent la RR126, chaîne hi-fi modulable et toute mignonne avec sa façade en forme de visage de personnage de cartoon. Mais plus qu’un tourne-disque, la RR126, rééditée en 2012, est un objet ludique, une sculpture à géométrie variable qui anime un salon.

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L’œuvre d’art mélomane, c’est aussi le crédo de Paolo Cappello, designer de Vérone, qui dessinait en 2014 pour le label Miniforms un bahut sonore au nom, bien trouvé, de «Caruso». «Les technologies actuelles tendent à rendre le son invisible, explique le designer. J’avais envie du contraire, de créer un objet acoustique qui montre la musique.» Il a donc repris le concept du pavillon caractéristique de l’ancestral gramophone. «Il est en céramique et sa taille a été pensée pour obtenir une qualité audio optimale.» C’est original, très beau et très coloré.

Haut-parleurs dantesques

La couleur justement. Les années 1980 ont ancré les archétypes des produits électroniques. Pendant vingt ans, ils seront tous gris ou noirs, parfois blancs, mais invariablement carrés. Deux marques vont pourtant faire de la recherche design leur argument commercial. La danoise Bang & Olufsen et l’américaine Apple creusent ainsi l’idée qu’un haut-parleur ou un baladeur peuvent aussi devenir des objets hautement désirables. La première en axant sa communication sur ses produits au raffinement à la fois acoustique et minimaliste. La seconde en bousculant le monde de l’informatique avec ses iMac en forme de gros bonbons acidulés.

Et bientôt aussi celui de la musique portable. L’iPod au look de galet argenté va ainsi redéfinir l’importance stratégique du design dans les business plans et les retours sur investissement. Au point que son designer, le Britannique Jonathan Ive, occupe désormais le poste de vice-président de la marque la plus puissante du monde.

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Plus de fils, plus de boutons…

Sa recette? Rendre l’objet le plus simple possible aussi bien en termes de forme que d’utilisation. Comment? En remplaçant les touches de l’iPod et de l’iPhone par une interface logicielle. La dématérialisation des supports, le développement des écrans tactiles et les progrès des technologies sans fil vont ainsi ouvrir la voie à une production d’appareils audiophiles épurés. Et dans la foulée, encourager l’émergence du marché mirobolant des enceintes et des casques Bluetooth.

Plus de fils, plus de boutons. Voilà qui réveille l’intérêt des designers pour ces objets où les contraintes techniques ne sont plus une limite. Philippe Starck va dessiner tout une gamme d’objets audios pour Parrot, Yves Béhar lancer la marque Jawbone dédiée à ces gadgets soniques débarrassés de leurs câbles et Michael Anastassiades créer pour B&O le Beosound Edge, un haut-parleur au look de tambour dont le volume sonore se règle en le roulant.

De son côté, le Français Mathieu Lehanneur, qui réalise en ce moment des tables dont les plateaux en marbre dessinent sur leurs surfaces des vagues hyperréalistes – une autre forme d’ondes –, lançait en 2012 Boom Boom, speaker à la forme géométrique complexe recouvert d’une pellicule de caoutchouc impossible à ne pas tripoter. Vous avez dit objet transitionnel? Reste que le vrai mélomane, lui, réclame toujours des haut-parleurs dantesques. L’année dernière, B&O concrétisait ses rêves les plus fous avec une paire d’enceintes BeoLab 90 insensées, visiblement inspirées par l’architecture de Zaha Hadid…

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