architecture

Dessinée par Rem Koolhaas, la Fondation Prada fait dialoguer tous les arts

La Fondation Prada, qui ouvre ses portes le 9 mai, déploie ses collections dans un quartier excentré de la zone sud de Milan. Visite d’une ancienne distillerie transformée en palais des arts

La Fondation Prada fait dialoguer tous les arts

La Fondation Prada, qui ouvre ses portes le 9 mai, déploie ses collections d’art dans un quartier excentré de la zone sud de Milan. Visite d’une ancienne distillerie réaménagée par l’architecte néerlandais Rem Koolhaas

A quoi sert une institution culturelle? «A enrichir notre vie quotidienne et à nous aider à comprendre les changements qui ont lieu en nous et dans le monde», affirment les responsables de la Fondation Prada qui ont convié journalistes et critiques à visiter ce nouvel antre de l’art contemporain né du désir d’empreinte culturelle d’un couple phare de la mode italienne. La styliste Miuccia Prada et son entrepreneur et navigateur de mari Patrizio Bertelli l’ont voulu, l’architecte néerlandais Rem Koolhaas l’a conçu. Le siège milanais de la Fondation Prada est devenu l’autre adresse du chef-lieu lombard à visiter cet été avec l’Exposition universelle 2015.

Sculptures classiques, classiques du septième art, œuvres contemporaines tous arts confondus, l’univers Prada est vaste, éclectique, insolite, et désireux d’exploration et de partage des regards et des savoirs d’artistes venus d’Italie et surtout d’ailleurs, dans un lieu composé de sept édifices qui existent depuis 1910 et de trois espaces créés pour l’occasion par le studio OMA (Office for Metropolitan Architecture) sous la houlette de Rem Koolhaas, figure emblématique de l’architecture minimaliste, lauréat du Prix Pritzker (en 2000) et du Lion d’or à la 12e Biennale de Venise pour l’ensemble de son œuvre.

Le projet culturel et architectural de la Fondation Prada, créé en 1993 et associé une nouvelle fois à l’expertise de l’architecte de ­Rotterdam, a pris corps dans une distillerie désaffectée qui produisait, dans les années 1900, le fameux brandy Cavallino Rosso, pur-sang promis plus tard à une gloire planétaire grâce à la plus prestigieuse des écuries automobiles fondée par Enzo Ferrari qui en fera son symbole. Les murs des sept lieux de l’époque de l’usine sont désormais porteurs d’espaces aménagés en vastes salles d’exposition enrichies de trois nouvelles constructions dans ce campus postindustriel et culturel.

Le lumineux Podium qui accueille l’exposition intitulée Serial Classic. Multiplier l’art entre la Grèce et Rome s’ouvre sur une absence, celle de fragments de statues en bronze exhumés de l’excavation de l’Olympe. Rassemblés dans une vitrine, ils représentent une perte, deuil d’une époque classique perdue. Puis viennent des torses et autres corps d’éphèbes et d’athlètes prêtés par des musées et des particuliers dans cette collection de pièces rassemblées par Salvatore Settis, qui propose également l’accrochage Portable Classic. De la Grèce antique à l’Europe moderne, à la Fondation Prada de Venise.

La poursuite de la visite du riche univers culturel Prada exposé à Milan permet au visiteur de passer de la luminosité du temple de plexiglas dédié aux sculptures originales ou reproduites à la salle obscure du cinéma pour voir ou revoir, confortablement assis dans des fauteuils en velours couleur olive gorgée de soleil, des films qui ont fait la gloire du septième art et fortement inspiré le réalisateur Roman Polanski, comme il l’explique dans le documentaire My Inspirations qui lui est consacré (à voir du 22 mai au 25 juillet).

La Tour qui constitue le troisième espace ajouté est en construction et ne sera inaugurée qu’en 2016. A défaut de Tour, l’ancienne tourelle de la distillerie vaut le détour. Baptisée «Haunted House», cette Maison aux esprits, revisitée et revêtue de feuilles d’or, se distingue de loin pour guider les visiteurs vers l’entrée de la Fondation Prada, à l’angle de la rue Largo Isarco. Monter les quatre étages par l’escalier étroit, ou emprunter l’ascenseur, permet d’atteindre la terrasse avec vue sur la zone de Porta Romana avant de redescendre en s’arrêtant à chaque étage pour pénétrer notamment dans la dimension intime de deux œuvres de Louise Bourgeois et de visualiser une installation permanente signée Robert Gober.

Entre la découverte des différentes expositions et la vision du cube revêtu de mousse d’aluminium de l’un des anciens édifices, escale au bar nommé Lumière (Luce) conçu par le cinéaste américain Wes Anderson, qui a recréé l’atmosphère d’un café milanais d’époque, non pas en bois mais en formica où tables, certaines avec rabat pour la lecture, et chaises sont en couleurs.

En attendant boissons fraîches, paninis chauds, douceurs et café offerts par la maison ce jour-là, le regard se porte vers le plafond qui se veut une miniature de la Galleria Vittorio Emanuele II, dit le Salon des Milanais, à ­quelques pas de la place du Duomo, où le grand-père de Miuccia, Mario Prada, ouvrit en 1913 son premier magasin, qui reste l’une des plus belles enseignes de la Milan ­audacieuse et orgueilleuse d’aujourd’hui. Boutique mythique où la petite-fille de Mario rencontrera ­Patrizio Bertelli, qui deviendra son mari.

Luce. Un bar qui est aussi un clin d’œil au cinéma italien et à ces deux chefs-d’œuvre tournés dans la cité des Visconti et des Sforza que sont Miracle à Milan de Vittorio De Sica (1951) et Rocco et ses frères de Luchino Visconti (1960). «Ceci n’est pas un set cinématographique – a écrit Wes Anderson –, mais il pourrait être un lieu idéal pour écrire un film.»

A la Fondation Prada de Milan, passer du cinéma à la photo est aisé, dans l’espace en sous-sol pour un étrange Processo grottesco, abri d’une œuvre de Thomas Demand intitulée Grotto, construite à partir du cliché d’une grotte de l’île de Majorque, recrée grâce à 30 tonnes de carton gris modelées par ordinateur et disposées de manière à former une stratification de 900 000 sections permettant à l’artiste de reproduire stalagmites et stalactites pour la prise de la photo finale.

Avant de quitter la Fondation Prada de Milan pour aller découvrir la Fondation Prada de Venise, détour par l’Académie des enfants, située à l’étage au-dessus du Bar Luce. Le projet a été développé en collaboration avec la neuropédiatre Giannetta Ottilia Latis. La réalisation de ce lieu épuré, blanc et ludique a été confiée à 18 étudiants de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles encadrés par deux enseignants, Cédric Libert et Elias Guenon, pour un dialogue intergénérationnel qui explore les bases pédagogiques et culturelles d’une expérience. Histoire de permettre au jeune public qui visitera la Fondation Prada de Milan de jouer, de développer sa créativité et d’apprendre l’art de l’échange.

Fondation Prada, Largo Isarco 2, Milan. Ouverte au public tous les jours de 10h à 21h. Toutes les informations sont sur le site www.fondazioneprada.org

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Au Luce Bar, le réalisateur Wes Anderson recrée l’ambiance d’un café milanais d’époque

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