Créateurs

Deux dandys dans le rétro

Astier de Villatte cultive 
le 100% fait main et un look calculé d’objet vieillot. Rencontre avec ses deux fondateurs que les chasseurs 
de style s’arrachent

Il porte un nom qui fleure la noblesse et les choses qui sentent bon. Depuis vingt ans, Astier de Villatte, c’est un succès qui fait courir les affolés de la mode du Tout-Paris et d’une bonne partie de l’Asie aussi. Depuis novembre, les Genevois, et surtout les Genevoises, trouvent désormais chez Galli cette production très originale de gamelles et de tasses en céramique émaillées, de carnets et de crayons, de bougies parfumées et de bâtons d’encens. Rien que des objets 100% faits main jouant à fond cette partition rétro qui, en ce moment, plaît beaucoup.

«Les gens sont à la recherche d’authentique et de sensations vraies à l’heure où ils se laissent submerger par les réseaux sociaux, observe Benoît Astier de Villatte qui gère la marque en association avec Ivan Pericoli. Nos objets laissent transparaître le travail de l’artisan, ne cachent pas leur imperfection. Bref, ils ont une vie.»

«On ignore pourquoi ça fonctionne»

Une vie pas forcément très bon marché à partager. Ce qui ne freine visiblement personne. «On ignore pourquoi ça fonctionne», reprend Ivan Pericoli qui affiche un look de titi des faubourgs. «Les designers réfléchissent. Nous, on n’a pas de cerveau, on fait un peu n’importe quoi. Fondamentalement on serait incapables d’expliquer notre travail.»

L’artisan tente quand même une hypothèse. «On a suivi les beaux-arts sans en être jamais vraiment sortis. J’aurais bien aimé poursuivre ma carrière de peintre. Mais le milieu parisien est carnassier. Il fallait que je gagne ma vie. Avec Benoît, on a cherché les moyens d’appliquer le savoir-faire qu’on avait appris à l’école dans une perspective commerciale.»

Le chat qui fume

Au début, ils sont une dizaine à concevoir du mobilier et de la céramique. «Les meubles nous posaient trop de problèmes au niveau de la qualité on a préféré arrêter.» Le groupe se concentre donc sur cette vaisselle en terre cuite à l’aspect calculé un peu vieillot avec ses motifs tirés de l’encyclopédie. «Nous étions trop nombreux. Les motivations de chacun étaient trop différentes. Ivan et moi étions les seuls à bien nous entendre», reprend Benoît Astier de Villatte qui va donc continuer son label, mais en duo, dans une boutique du boulevard Saint-Honoré.

«Nous retrouver sur le chemin d’Hermès et de Colette a été notre grande chance. Les clients débarquent chez nous en venant de chez eux. Nous leur proposons quelque chose d’autre, tout aussi élégant mais plus décalé.» La marque est surtout connue pour ses nombreuses collaborations. Astier de Villatte a bossé avec la mode hipster de Commune de Paris, modelé un chat brûleur d’encens avec Setsuko Klossowska de Rola, la veuve du peintre Balthus, et copiné avec l’éditeur de design Tsé Tsé.

Espace permanent

Depuis quelques années Benoît et Ivan sont même résidents permanents chez Rossana Orlandi, la papesse milanaise du mobilier. «Avec nos petits objets au départ on trouvait étrange de se retrouver au milieu de tous ces designers qui exposaient d’énormes pièces. Rossana a trouvé la solution en nous offrant un espace permanent dans lequel on a installé une boutique», continue Ivan Pericoli, qui vient de se mettre à l’édition. Astier de Villatte publie cette année un somptueux Ma Vie à Paris, un guide de ville doré sur tranche, imprimé à l’ancienne sur une presse aux caractères en plomb.

«Le métier se perd. C’est l’une des dernières imprimeries de Paris à pouvoir faire ça. Donc, on l’a achetée. Notre but n’est pas de mettre en avant l’artisanat à tout prix car tout n’est pas bon. Mais d’encourager celui qui sait encore entretenir le charme des belles choses.»

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