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La scénographie toute bleue imaginée par les étudiants en Espace & Communication de la HEAD.

Recréation

Deux grandes écoles pour un «petit h»

La HEAD-Genève 
et l’ECAL de Lausanne s’associent pour présenter le label d’Hermès où rien 
ne se jette. Rencontre avec sa fondatrice Pascale Mussard

Chez Hermès, la couleur fétiche est l’orange. A Genève, dans la boutique de la rue du Rhône, le célèbre maroquinier parisien voit d’un coup tout bleu. Un changement de ton, certes complémentaire mais temporaire, motivé par la présence pendant encore une semaine de la marque «petit h», ici mise en scène par les étudiants en Espace & Communication de la HEAD de Genève. Sous la houlette de leurs professeurs Alexandra Midal, Arno Mathies et Felipe Ribon, ils ont imaginé une thématique cinématographique pour une marque qui cultive d’ordinaire un esprit plutôt voyageur.

Les vitrines s’animent avec des bruits d’oiseaux qui pépillent, des écrans qui recréent la texture chaleureuse d’une fourrure virtuelle et de petits avions qui enchaînent les loopings. «Les étudiants sont venus à l’atelier et je leur ai raconté mon histoire, commence Pascale Mussard, femme discrète mais à l’élégance folle et descendante directe du fondateur de la marque, Thierry Hermès. Je leur ai dit que chez nous il y a des milliers d’objets, des sacs et des carrés, des montres et des bijoux avec des premiers rôles et des seconds rôles. Et que comme dans le cinéma, ce sont eux qui servent à mettre en lumière les vedettes.»

Laboratoire créatif

En 2009, elle invente «petit h». L’idée? Organiser un laboratoire créatif dont la matière première serait constituée des rebuts des productions de la grande maison. C’est ainsi que Pascale Mussard fait revivre les chutes de cuir, les pieds intacts récupérés de verres en cristal cassés de la manufacture Saint-Louis, qu’elle transforme deux anses de tasse à café en collier «cœur» et demande au designer Muller Van Severen de réaliser un rayonnage bluffant à partir d’une bande de peau de veau brute.


«Je crois que ce projet, je l’ai depuis ma naissance. Je suis née dans l’appartement où avait vécu Emile Hermès. Sa femme gardait absolument tout: des morceaux de rubans, des coupons de tissus. C’était juste après la guerre, à une époque où on apprenait, à partir de pas grand-chose, à réinventer un peu de magie. «petit h» vient de là, de cette capacité qu’on m’a inculquée, enfant, à m’émerveiller de ces tout petits riens. A trouver de la beauté dans un simple galet ramassé par terre.» Des petits riens qui viennent quand même des meilleurs ateliers du monde.

Raconter des histoires

Au début la direction s’interroge. «Ils ont dû se dire que j’étais gentille mais complètement à l’ouest. Qu’en faisant du recyclage, je succombais à un effet de mode. Je pense que cela m’a donné une ténacité que je ne me connaissais pas», continue Pascale Mussard, arrivée par hasard chez Hermès en 1978 avec la styliste Nicole de Vesian, engagée comme responsable du prêt-à-porter femme et dont elle est l’assistante.

«Et puis j’y suis restée et j’y ai appris tous les métiers. Je rêvais de réunir tous les artisans de cette belle maison. Je cherchais un moyen de transmettre ces savoir-faire pour qu’ils continuent à exister. La meilleure façon était de voler avec les yeux et de raconter des histoires avec mes objets.»

Pascale Mussard s’entoure de stylistes, de designers amis «de gens comme Godefroy de Virieu & Stefania Di Petrillo avec qui j’avais envie de me lancer dans l’aventure. J’ai aussi toujours adoré aller voir ce que font les écoles. Je ne rate rien de la Royal Academy de Londres, de la Design Academy d’Eindhoven, de la HEAD à Genève, de l’ECAL à Lausanne.»

Collection nomade

Les étudiants en Master of Advanced Studies in Design for Luxury & Crafts de cette dernière ont dessiné des objets sous la direction de Nicolas Le Moigne, patron du programme, et de la designer londonienne Bethan Laura Wood. Des vide-poches potagers à partir de verre récupéré par Clarisse Mordret, des toupies porte-crayons en cuir de Hyunjee Jung et des masques en coupons de soie de Jiwon Choi. Sans oublier les totems du designer vaudois Adrien Rovero, diplômé de l’école de Lausanne et créateur régulier pour «petit h». Ce qui peut parfois faire penser que le label malin cultive un certain esprit de l’enfance. Alors qu’il y a aussi des objets tout à fait adultes, des commodes et des tabourets, de la déco en porcelaine et beaucoup de bijoux.

«J’aimais le nom, ce logo avec ce «h» minuscule qui fait comme un pont et me permettait d’exprimer tout ce que je dois à Hermès. Cela m’évoquait aussi des images agréables du Petit Nicolas, du Petit Prince, de Petit Bateau. Avec cette idée que chez nous, les objets sont souvent des cadeaux que l’on s’offre ou qu’on offre. Et que le cadeau, c’est la part du rêve lorsqu’on est enfant.»

«petit h» et ses quatre mille articles ont désormais une place dans la boutique Hermès rue de Sèvres. Pour le reste, la collection est nomade. Elle se déplace au gré des occasions et des envies. Elle sera en décembre à New York avec dans sa caravane une pleine hotte des décorations de Noël. En 2017, ce sera à Rome et à Séoul. Pascale Mussard voulait mettre toute son âme dans des objets uniques. Son label où rien ne se perd et tout se transforme cartonne. Et chez Hermès, plus personne ne la trouve à l’ouest.


A voir

«petit h fait son cinéma», jusqu’au 19 novembre, Hermès, rue Robert-Céard 1, Genève, 022 819 07 27

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