Design

Dimitri Bähler manifeste pour la poétique des choses

Designer sensible et talentueux, Dimitri Bähler participe à la renaissance de l’éditeur anglais Established & Sons avec une lampe qui s’agite dans l’air

Son studio se trouve rue du Milieu à Bienne. Un bel espace lumineux où Dimitri Bähler, diplômé 2010 en design produit de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL), entretient son style particulier basé sur l’expérimentation des formes, des matériaux et des cultures. En 2018, le créateur se retrouve au catalogue d’Established & Sons, prestigieux éditeur anglais de mobilier. «Cela fait huit ans que j’exerce ce métier. Vivre du design réclame beaucoup de temps. Il n’y a pas de miracle, à moins de se retrouver associé assez vite avec une grande maison», explique le designer, qui a démarré sa carrière en auto-production.

Avec quatre autres designers formés à l’ECAL – Anurag Etchepareborda, Anne Julmy, Linn Kandel et Charlotte Talbot – il créait en 2012 La Vague, petit label pour petits objets dessinés par des créateurs indépendants. «Faire exister une marque de design en Suisse est quelque chose de très compliqué. Les gens aimaient ce qu’on produisait. On arrivait même à fixer des prix assez bas vu que nous n’étions pas vendus en boutique. D’un autre côté, on devait tout assurer: la fabrication, la distribution et la communication.» La Vague bientôt s’arrête. Elle reportera Dimitri Bähler quelques années plus tard. On y reviendra.

Masques en bronze

Pour l’heure, le designer part en résidence. Avec l’association Hors Pistes, qui réunit des designers et des artisans, il voyage au Burkina Faso, où il produit Légendes urbaines, un ensemble de huit masques en bronze inspirés de la tradition cultuelle subsaharienne. Pour la Galerie NOV à Genève, il conçoit des vases en verre soufflé fermés par des couvercles en miroir sans tain.

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Il se rend aussi à l’European Ceramic Workcentre (EKWC) à Den Bosch, aux Pays-Bas, où il développe une collection d’objets en argile. Avec Patterns & Colors, Dimitri Bähler veut montrer comment un motif en deux dimensions se métamorphose en prenant du volume. Il poursuit ses recherches à Genève au Centre pour la céramique contemporaine (CERCCO), où il travaille sur les textures et les couleurs de terres cuites technologiques qui peuvent servir de coupe à fruits et de bol mais dont la force d’abstraction en fait aussi des produits à usage purement décoratif. Et interroge ainsi le statut de l’objet domestique.

A la marge entre le design et l’art, la série connaît un joli succès. Elle se retrouve présentée à la Design Parade d’Hyères en 2016 et cette année par Pro Helvetia dans le cadre de Design Switzerland, exposition collective organisée pendant le London Design Festival.

Designers de course

Londres, justement. Là où se trouve aussi Established & Sons, maison de meubles lancée comme une fusée en 2005 avec l’ambition de fédérer les meilleurs designers du moment. La marque se disperse et lentement périclite. En 2018, l’un de ses cofondateurs, le designer anglais Sebastian Wrong, décidait de la remettre en piste avec un catalogue réduit mais en comptant toujours sur de grands noms (Ronan et Erwan Bourroulec, Konstantin Grcic, Mauro Pasquinelli) pour assurer sa renaissance. Et aussi sur quelques nouveaux talents, dont Dimitri Bähler, qui présentait une lampe à la dernière foire internationale du meuble de Milan.

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Comment un jeune type de Bienne se retrouve-t-il à rouler dans une écurie de designers de compétition? Grâce à un crochet à habit. «Je l’avais dessiné pour La Vague en 2012. L’éditeur danois Rolf Hay, qui l’avait vu à la Design Parade d’Hyères, m’avait demandé de le produire pour lui. Je lui avais aussi présenté un projet de lampe qui l’avait beaucoup intéressé. C’est là que j’ai rencontré Sebastian Wrong, qui dirigeait alors le département luminaire de Hay.» La lampe ne s’est jamais faite. Elle est visiblement restée dans un coin de la tête de l’Anglais, qui a tout de suite pensé à elle en ressuscitant Established & Sons.

Voici donc Cho Light, une lumière toute légère qui s’agite lorsqu’on passe à côté d’elle. «Elle est faite en washi, un papier traditionnel japonais, et fixée sur un tube de carbone de 6 millimètres de diamètre. Mon but était d’obtenir une lampe très fine mais qui reste très droite tout en étant sensible au mouvement de l’air. Pour en faire un objet à la fois le plus pur possible et très ludique.» Un lampadaire poétique qui fonctionne aussi comme une sculpture cinétique. Un haïku dans son salon.

Dimitribaehler.ch

Establishedandsons.com

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