mode

Dire la beauté de la couture

La semaine de haute couture s’est achevée jeudi dernier à Paris. Des couturiers s’en vont, d’autres viennent. Quelques jours pour montrer ce que les artisans d’art savent faire de meilleur…

On a compris que ce serait une semaine de défilés de très haute couture, chez Christian Dior. Ce ne fut pas l’un de ces shows, aussi sublimes qu’improbables, à importer illico dans un musée de la mode. Le défilé qui s’est tenu dans les salons de la maison, avenue Montaigne, entre murs gris perle, a commencé sur un son de cavalcade.

Les premières à s’avancer furent des amazones à cravache, limite imagerie bondage, avec le fameux tailleur Bar qui leur enserrait la taille et des jupes à mi-mollet. Une longueur qu’on retrouvera sans doute dans quelques semaines sur les podiums du prêt-à-porter, ou plus tard, en hiver… Des tailleurs de lainage rouge, des robes en prince-de-galles, très sages, qui colleront parfaitement à la silhouette de Carla Bruni Sarkozy.

Et des robes de soirée en satin duchesse couleur magenta, bleu pétrole, vert olive, bleu nuit, des mélanges d’aubergine et chocolat, rose pâle et caramel, bleu ciel et pistache, qui semblaient taillées pour les sœurs Mitford. Les bijoux surdimensionnés, signés Camille Miceli, transfuge de chez Louis Vuitton, rappelaient eux que l’on était bien dans le XXIe siècle, avec une certaine touche de dérision.

Chez Chanel, Karl Lagerfeld a donné une leçon de couture magistrale. La veille, à minuit, il recevait le rappeur Kanye West et son amie Amber Rose (piliers de défilés) dans les salons pour les derniers essayages. «C’est la première fois que je fais un défilé sans une seule robe noire», leur a-t-il confié. Le lendemain, on découvrait une collection pastel, une envolée de tissus légers comme des plumes d’oiseaux, dans les teintes qui semblaient sorties d’une grosse boîte de dragées: des roses pâles, des bleus ciel, des parmes, des verts tendres, des teintes douces qui vont si bien aux filles de 20 ans et aux femmes de 60, le tout gansé d’argent.

Pastel et argent, jusque sur le marié, et des chignons en forme de cœur. Mais le plus beau se nichait dans les détails: dans ces broderies signées François Lesage, folles d’inventivité, des brillances atténuées sous du tulle, des micropaillettes recouvrant tout une veste, d’autres tordues à la main, des entrelacs précieux, des plumes aussi… Et cette cape confectionnée en macarons cousus les uns avec les autres, qui donnaient au modèle l’allure d’un oiseau aux ailes repliées.

Le couturier Elie Saab est revenu à ce qu’il savait faire de mieux: des robes fourreau, sirène, bustier, de tulle brodé, dans des teintes de chair et d’eau, faites pour dévoiler des corps travaillés dans les cours de Pilates, et de grandes envolées de tissus impressionnistes comme sortis d’un tableau de Monet. Quatre formes de robes seulement, pour 44 passages: cela pourrait s’appeler un exercice de style.

Riccardo Tisci, chez Givenchy, a lui aussi donné à voir un défilé plus sage, où les robes de cocktail, avec leurs spirales d’organza, iront vraiment dans les cocktails. Même si dans les magazines, on montrera plutôt le smoking et la veste queue-de-pie qui ont ouvert le bal, hommage appuyé à Yves Saint Laurent, qui défilait dans cette même salle de l’Hôtel Westin. Des vestes portées sur des T-shirts brodés de plumes d’autruche, par des filles aux lèvres rouges, très Guy Bourdin, très seventies.

«C’était extraordinaire!», s’est exclamé le brodeur François Lesage à l’issue du défilé de Franck Sorbier. Il était sous le charme de ces silhouettes inspirées d’héroïnes littéraires – Ondine ou bien Lucrèce Borgia – vêtues de fourreau, de dentelle, ou encore de cette grande robe bustier de mousseline de soie noire compressée et drapée en falbala. 14 passages, 13 robes noires, seule la mariée, une douce Juliette, était en blanc.

Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli ont marqué la rupture chez Valentino, envoyant sur le podium de jeunes elfes vêtus de mousseline et de vestes brodées de galuchat qui s’adressent à une nouvelle clientèle.

Jean Paul Gaultier, lui, est parti ailleurs, en Amérique du Sud. «Mexico, Mexiiiiiicooooo!» chantait Luis Mariano sur la bande-son qui donnait le ton. Des couleurs vives, des teintes inspirées du film «Avatar» ou des couleurs du Pantanal…

Une fille en jeans brodé et portant un sombrero beau comme une sculpture, créé par une étudiante de l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, pour commencer, Arielle Dombasle pour finir, et au milieu une foison de filles en robes de cuir tressé comme des lianes, déesses indiennes portant des coiffes de lune, des filles belles à faire tomber Diego de la Vega… Les matières: organdi, plumes, crêpe de soie, mousseline, shantung, mais aussi turquoise, raphia, cuir tressé. C’était beau, c’était gai, et cela nous faisait presque oublier que la liste des couturiers s’était encore amenuisée…

La relève? Anne Valérie Hash s’est livrée à un jeu de déconstruction et de construction autour de la mémoire du vêtement et de l’identité de celui qui le porte. Alexis Mabille, avec sa collection binaire et bicolore inspirée du suprématisme, a surtout montré qu’il avait très envie de s’en tenir désormais au prêt-à-porter. Pourtant, on l’aime dans l’exercice de la couture, dans cette robe noire, le haut de tricot bordé d’un col blanc qui se termine dans l’organza, ou sa robe de mariée, sorte de grand voile pudique qui va jusqu’à terre.

Rabih Kayrouz, un jeune couturier libanais découvert en juillet dernier. Il s’est livré à un exercice sur l’intimité avec des tissus peu portés sur le luxe, des lainages brodés de plumes, ou cousus à la manière de cicatrices, du satin ceinturé d’un gros cuir, ou encore cette robe sublime en velours sombre dénudé par endroits. «On brûle le velours pour n’en garder que la trame que l’on retravaille. Ce n’est pas du décor. C’est un travail d’atelier parisien. On ressent tous ces accidents qui caressent la peau, confiait le couturier à l’issue du défilé. A chaque défilé, je raconte mon histoire…»

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