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Le Musée d'art islamique, dessiné par Ieoh Ming Pei.

Voyage

A Doha, où des pétrodollars surgit l’art

La ville qatarie brasse le sable de ses dunes pour en extraire des musées. Avec ces joyaux de l’architecture moderne, elle se rêve en destination «arty» du Moyen-Orient. Balade

Sur son front de mer, West Bay, Doha a créé le skyline de son nouveau monde. En chatouillant le ciel, la métropole du Qatar impose la puissance de ses ambitions géopolitiques avec, cerise sur le gâteau, le chantier pharaonique du stade pour la Coupe du Monde de la FIFA de 2022.

La Corniche accueille les plus prestigieux 5 étoiles qui rivalisent d’originalité et d’excellence. Dès la nuit tombée, le Tout-Doha se retrouve sur ces rooftops guindés tandis que les plus sportifs bravent la chaleur pour un footing sur la promenade en bord de mer.

A l’image de Dubaï, la ville prolonge ses terres en créant The Pearl, un archipel d’îles artificielles qui émerge de la lagune de West Bay. Cette construction regroupe trois marinas et des villas à plusieurs millions. Des restaurants et boutiques de luxe voient le jour dans un décor parfois digne de Visconti comme le quartier de Qanat qui reconstitue des palais vénitiens et le Grand Canal.

Caravansérail moderne

La péninsule qatarie investit aussi dans l’art pour se créer une identité. Ainsi, Katara, le centre culturel à ciel ouvert, hébergeait jusqu’en 2012 le festival du film de Tribeca à Doha avec des soirées «cannoises» où une pléthore de stars internationales foulait le tapis rouge. Aujourd’hui, les bâtiments de ce village, au style traditionnel, accueillent un opéra, un amphithéâtre romain, des galeries et deux mosquées histoire de rappeler que la religion est ici strictement observée par la majorité des habitants.

A l’autre extrémité de la Corniche, le chantier du Musée National du Qatar de Jean Nouvel occupe 140 000 m2. Le lauréat du prix Pritzker 2008, qui aurait dû boucler son projet en 2013, compare son travail à un «Caravansérail moderne […] en forme de rose des sables.» A quelques mètres, se dresse le Musée d’art islamique dessiné par Leoh Ming Pei.

L’architecte sino-américain de la Pyramide du Louvre propose ici la silhouette d’une forteresse arabe. Ses entrailles hébergent des chefs-d’œuvre de l’art islamique du VIIe au XIXe siècle ainsi que des expositions temporaires comme celle dédiée à Mohamed Ali. Histoire de rappeler que le boxeur américain converti à l’Islam avait séjourné en 1971 au Qatar. Au dernier étage, le restaurant d’Alain Ducasse ne sert forcément aucun alcool. Mis en scène par Philippe Starck il accueille une clientèle fortunée.

Dans la chaleur du désert

Il suffit de s’enfoncer dans les terres pour que le paysage change radicalement. Les immeubles ne dépassent plus trois étages et cèdent le pas au désert qui embrasse la périphérie. Des grues se déclinent à perte de vue dans un vent de sable permanent. Ces projets immobiliers témoignent du dynamisme économique et réinventent la circulation chaotique de la ville.

Pour 2,5 millions d’habitants, il y a 2,7 millions de voitures dans le pays: «Les artères sont toujours bloquées par de nouveaux chantiers», commente laconiquement un chauffeur de taxi népalais. Il longe le stade de la FIFA Football World Cup, ce mastodonte en construction. «J’ai tellement d’amis qui y travaillent. J’espère rester à Doha jusqu’à son inauguration.» Son GPS est au bord de la crise de nerfs: impossible de trouver l’accès du musée moderne Mathaf, caché derrière des palissades. Au coin des routes, des âmes errantes protégées du soleil par des cagoules ou sous des chapeaux de paille renseignent le conducteur. Ces ouvriers importés d’Asie formeraient 80% de la population de la ville.

Nounours géant

Ici, même en octobre, la température monte jusqu’à 40 degrés. Pour contrecarrer cette chaleur étouffante, les Qataris abusent de la climatisation. Dans le hall réfrigéré du musée, deux tableaux XXL donnent le ton. Il s’agit du Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani et de la plus connue de ses trois épouses, l’élégante Mozah bint Nasser Al Missned. Le Mathaf, signé par l’architecte Jean-François Bodin, a ouvert il y a six ans et abrite une collection de 9000 œuvres issues du monde arabe. L’exposition permanente n’expose que 3% de ce patrimoine qui traverse les périodes modernes et contemporaines. Parmi les artistes locaux, deux pionniers, Jassim Zaini qui revisite les motifs et matières traditionnelles et Faraj Daham, connu pour ses scènes de chasse peintes sur des barils de pétrole.

Ali Hassan Jaber, star de l’art contemporain, vient d’installer son «Cheval du désert» à l’extérieur de l’aéroport international Hamad où siège déjà le nounours géant surmonté d’une lampe de l’artiste suisse Urs Fischer (achetée six millions de dollars). Ali Hassan Jaber s’inspire de la calligraphie arabe, langue du Coran qui embellit les paroles divines. Elle était déjà considérée au Xe siècle par le philosophe Abu Hayyan al-Tawhidi comme un joyau façonné par la main de l’homme et par l’or pur de l’intellect. De là, la pratique obsessive de l’artiste qui reproduit, dans sa quête de perfection, la lettre «N».

Une caserne qui réunit 18 ateliers

Au carrefour d’une artère, le Fire Station. L’ancienne caserne réunit 18 ateliers pour des artistes en résidence. Une galerie exhibe le travail de la première volée. Ces derniers manient librement les matières comme Othman M.R. Khunji qui réalise avec une imprimante 3D les six hommes en prière de sa «Vanité Religieuse». «Ici, nous osons l’expérimental en prenant plus de risque», note Hala Al Khalifa, le directeur des lieux.

A l’extrémité de la cour, le Café 999, ouvert l’été dernier, propose du quinoa en salade, des soupes et des frappuccino. Un havre de paix pour les rares hipsters en visite. Comme Ania Wojtowicz, une américano-polonaise qui vit ici depuis quatre ans et partage la vie de cette petite communauté d’artistes. «On se retrouve en fonction des vernissages. Mais ce café mis à part, il n’y a pas encore de lieu de rencontre destiné aux membres de la scène culturelle.»


 
Y aller: Qatar Airways propose des vols quotidiens au départ de Genève tout au long de l’année. Pour les Suisses, la visite de la ville se fait avec un visa payé sur place. L’aéroport, plaque tournante pour les Européens à destination de l’Asie, possède aussi un spa et une piscine.


Y loger: Le W Hotel, adresse branchée, ultrafashion située à 200 mètres de la Corniche. Le design moderne fait du Crystal, son bar à cocktails, le quartier général des jet-setteurs.

S’y promener: L’agence de voyage FTI propose des tours en ville avec guide francophone, des virées dans le désert tout comme des escapades au bord de la mer à Ras al Khaima à une petite heure d’avion de Doha. Une occasion pour coupler ces deux destinations : www.fti.ch

Y manger: Des kebabs, grillades et pides précédés de mezze. L’Agora Restaurant du Mövenpick Hôtel Al-Aziziyah s’inspire des recettes ottomanes mêlant les saveurs des Balkans, du Moyen-Orient et de Turquie. Une adresse primée par le Time Out Doha.

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