Voyage 

Le double jeu de Macao

La Las Vegas asiatique rêve de valoriser son patrimoine et sa culture, ce parfait syncrétisme entre la Chine et le Portugal

Le cinéaste Orson Welles qualifiait l’ancienne colonie portugaise de «ville la plus pervertie au monde». Rendue à la Chine en 1999, Macao n’a plus rien à voir avec cet ancien lupanar réputé paradis de la débauche. Des complexes colossaux se succèdent pourtant encore comme une protubérance du kitsch dans ce royaume où le jeu taille XXL. L’architecture des casinos conjugue absurde et démesure à l’instar du Galaxy, MGM ou Grand Lisboa avec sa tour dorée. Sur Cotai, une imitation de la tour Eiffel jouxte un palais vénitien et une reproduction des canaux de la Sérénissime. Dès la nuit tombée, le Sands croule sous le trop-plein des couches de maquillage. Tandis que dans un futur proche, l’hôtel Louis XIII arborera sa robe rouge miroitante. Pour ce luxueux établissement, l’entrepreneur extravagant Stephen Hung a acquis 30 Rolls-Royce Phantom rouge et plaqué or. Du coup, la concurrence riposte. Karl Lagerfeld lancera sa propre enseigne au sein du Lisboa Palace Complexe. Bien avant sa mort, l’architecte Zaha Hadid avait ouvert le chantier de la City of Dreams. Ce projet conçu comme un exosquelette devrait être inauguré en 2017.

Dragon ivre

Derrière ces témoignages grandiloquents de la fièvre du jeu, se cache pourtant le Macao historique. Une escapade dans cet ancien comptoir portugais, perdu en pleine mer de Chine, commence par les ruines de l’église Saint-Paul et le temple chinois d’A-ma, classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco depuis 2005. En mai ont lieu la procession annuelle de la Vierge de Fatima et la Fête du dragon ivre. Ce festival macanais honore la bravoure d’un homme qui a combattu le démon en puisant son courage dans l’alcool.

Dans le quartier de Saint Lazare, au milieu de maisons aux murs pastel, vestiges de l’ère coloniale, entre le centre de la calligraphie et l’école de musique se tient la galerie de mode de Macau. Au rez-de-chaussée, un pop-up store présente les dernières créations des stylistes locaux: Macon, Pourquoi, Jade. L et Auralo Arte. Tous sont passés par le Macau Productivity and Technology Transfer Center (CPTTM), l’institut polytechnique de l’île. Plus haut dans les étages, c’est vernissage tous les trois mois. En ce moment, c’est Qiu Haisuo qui expose ses travaux où la technique traditionnelle de la peinture sur soie s’allie au design contemporain du vêtement.

Flânez aussi dans le quartier des Trois Lampes, au nord de la péninsule, où vous trouverez encore des boutiques de créateurs. Au 4e étage d’une ancienne usine réaffectée en ateliers pour artistes, vidéastes et stylistes, les trois fondateurs d’Axoxyxoxs comparent des échantillons de tissu. Eux aussi partageaient les bancs du CPTTM. Mais faute de moyens, la marque lancée en 2013 ne diffuse sa production que sur le Net.

Un goût de Portugal

Les navigateurs portugais ont ramené de leurs expéditions en Inde, en Malaisie ou en Afrique des épices qui marient les saveurs et les cultures. Le blogueur Old Chan quadrille sa ville à la recherche des échoppes les plus surprenantes osant le mélange sino-portugais. Dans une version plus chic, l’Albergue 1601, s’imprègne de cette gastronomie métissée et colorée. Dans le patio, à l’ombre des camphriers centenaires, la cuisine macanaise met à son menu la galinha africana picante, un poulet à l’africaine à base d’ail et noix de coco, de pâte de cacahuètes, de tomates relevées au piment, mais aussi l’incontournable morue salée. La proximité de la mer fait la part belle aux fruits de mer comme ces palourdes servies pompettes dans une sauce au vin blanc et au citron. En face, une épicerie fine est tenue par une Lisboète qui vend du «made in Portugal». Bercé par les lamentations d’Amalia Rodrigues, le visiteur trouve là des savons, du vin et des confitures en provenance directe du continent.

On traverse l’un des trois ponts pour se rendre sur l’île de Taipa. Les administrateurs locaux y avaient élu domicile au début du XXe siècle. Le mobilier d’époque s’inscrit lui aussi dans un style à la fois chinois et européen. Devant l’entrée du Musée des maisons de Taipa, des demoiselles d’honneur vêtues de robe en tulle turquoise se prennent en photo. A quelques mètres, l’ancien village de pêcheurs est devenu le repère des hipsters. Dans la rue Cunha, des Chinois patientent en file devant la pasteleria Fong Kei connue pour ses biscuits aux amandes. A côté, on mange coréen en sirotant son smoothie bio.

Canard de bain

Avec ses collines verdoyantes et ses baies bordées de plages, Coloane, la deuxième île, tient lieu de campagne pour le demi-million d’habitants de Macao. Des pêcheurs vendent encore leur poisson séché devant leur bicoque en tôle. L’adresse phare reste la pâtisserie Lord Stow’s qui vend des pasteis de nata. Pour sûr, ces tartelettes portugaises typiques rehaussées de flan feraient rougir de jalousie les habitants de Belém.

Le soir, on sirote un «mojito du millionnaire» au Vida Rica, le bar situé au deuxième étage du Mandarin Oriental. Depuis les fenêtres en double hauteur, on imagine, dès le 29 avril, l’énorme canard de bain gonflable de l’artiste néerlandais Florentijn Hofman flottant dans les eaux entre le Centre de sciences de Macao et le temple de Kun Iam. La sculpture aquatique jaune vif sillonne les eaux du monde depuis 2007. Une manière pour le gouvernement de Macao de souligner que les machines à sous ne sont pas leur unique argument touristique.


Y aller

Par avion, plusieurs compagnies permettent de rejoindre Macao depuis Genève en passant par Paris ou Londres. Au départ de Hongkong ou de son aéroport, le ferry dessert l’île pour une escapade d’un jour.

Quel hôtel choisir:

Le plus grand: le Sheraton Grand Macao avec 4000 chambres. www.sheratongrandmacao.com

Les plus chics: le St. Regis. www.stregismacao.com

Le Mandarin Oriental pour son bar la Vida Rica. www.mandarinoriental.com/macau

Le plus traditionnel: l’hôtel de charme la Pousada de Sao Tiago installé dans une forteresse du XVIIe siècle. www.saotiago.com.mo

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