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Le Château de Mathod.
© Sophie Hernan

logement

D’Yverdon à Davos, des châteaux à louer

Ils sont propriétaires de bâtisses historiques dont ils louent les chambres sur des plateformes de voyage. Histoire d’aider à conserver ces monuments chers à leur cœur et à l’entretien. Témoignages

En ce dimanche ensoleillé au château de Mathod, situé à un quart d’heure d’Yverdon-les-Bains, Sophie Hernan, passionnée de jardinage, en profite pour redonner un coup de peinture rouge sur le petit pont du jardin japonais. Depuis que cette juge de profession est revenue vivre dans le château familial à la fin des années 1980, ce terrain de deux hectares déclaré monument historique s’est transformé en une mappemonde à ciel ouvert; s’y succèdent un patio andalou, un jardin à la française, une roseraie, un coin à l’anglaise, un jardin méditerranéen, un potager, un rucher et des allées de tilleuls.

Un projet devenu réalité

«On vient même de planter un verger truffier. Mais il faudra être patient», explique-t-elle. A la main verte, Sophie Hernan a ajouté à son arc la gestion d’une chambre d’hôtes avec spa et piscine depuis août 2017. «Quand on vit dans une maison comme ça, c’est une responsabilité de la conserver pour la transmettre à la sixième puis à la septième génération. Même si elle est en bon état, il faut y mettre tout son argent et son énergie. Proposer un hébergement dans cette optique nous plaisait», raconte la châtelaine, en buvant une eau aromatisée à la mélisse du jardin. Un projet devenu réalité grâce à l’aide de son mari et de ses deux fils, qui sont revenus vivre dans le domaine il y a deux ans.

Depuis, ce château d’inspiration hollandaise et palladienne, qui fut habité par un bailli bernois au XVIIe siècle puis par un écuyer à la retraite de Louis XV au siècle suivant, a obtenu la note de 9,6 sur Booking. Pour 229 francs la nuit en chambre double décorée de tableaux de Louis Rivier, des Suisses, des Anglais, des Belges et des Allemands y ont déjà séjourné, attirés «par quelque chose d’exclusif et de différent».

Financer la restauration

A l’ère des plateformes de réservation en ligne comme Airbnb, ces lieux souvent très spacieux sont devenus une opportunité commerciale et touristique pour des propriétaires en quête d’argent pour en financer la restauration. Différentes occasions s’y prêtent: fêtes de famille, touristes en vacances ou encore séminaires d’entreprise. Et les entreprises de location d’appartements ont bien saisi l’intérêt: disposer de tels hébergements les aide à diversifier leur offre et à assurer leur montée en gamme.

En Suisse, Airbnb compte une vingtaine de châteaux sur environ 30 000 offres d’hébergement. On retrouve parfois les mêmes sur Booking, Expedia, les coffrets cadeaux ou encore la plateforme Bnb.ch de Bed and Breakfast Switzerland. «Nous avons 3000 châteaux référencés dans le monde entier, souligne Julian Trautwein, porte-parole d’Airbnb. Nous avons même mis en place une catégorie en ligne pour ces lieux uniques afin que les voyageurs puissent directement les trouver lorsqu’ils cherchent quelque chose d’authentique et d’original.» Au début de l’année, la société américaine a ainsi même pris le soin d’adresser une lettre à ces hôtels-boutiques et ces chambres d’hôtes pour leur vanter les avantages d’une plateforme qui leur facilitera l’accès à une clientèle internationale.

Les gens sont devenus très exigeants sur la qualité du service rendu, même en chambre d’hôtes

Dorette Provoost, directrice de Bnb.ch

Mais cela s’accompagne de commissions retenues sur le prix de la nuitée à hauteur de 3% pour Airbnb (car des frais de service sont imputés aux voyageurs), de 12 à 18% pour Booking en fonction de la visibilité souhaitée pour l’annonce et une cotisation annuelle minimale de 365 francs pour bnb.ch. «Cela démarre souvent par une expérimentation avec une, voire quelques chambres qui peuvent être réservées. Les propriétaires s’aperçoivent que les gens sont devenus très exigeants sur la qualité du service rendu, même en chambre d’hôtes», note Dorette Provoost, directrice de Bnb.ch, dont les équipes visitent les lieux de séjour avant de leur attribuer des étoiles.

Eau chaude, chauffage, wi-fi: les chambres ont été, pour l’essentiel, rénovées, quitte à mélanger un mobilier neuf à de l’ancien. A Davos, le château Bruxelles, situé sur les hauteurs de la station de ski, cumule même différentes offres… et différents hôtes en ligne. Car cette demeure, construite en 1906-1907 par un homme qui avait fait fortune en Belgique, a été depuis divisée en une vingtaine d’appartements de particuliers, comme celui possédé par Bianca Miglioretto et son frère.

Une résidence secondaire entièrement rénovée et un héritage de famille qui est, depuis, disponible sur Airbnb et d’autres agences de location pendant le printemps, l’été et l’automne afin de couvrir les 12 000 francs minimum de frais annuels versés par l’ensemble des propriétaires pour maintenir ce château en bon état. Pendant les quelques jours du Forum économique mondial, la nuitée peut monter jusqu’à un millier de francs, soit le quadruple du prix habituel.

Éviter les doublons

«D’autres propriétaires font comme nous. Mais c’est encore loin d’être un business puisqu’il n’y a pas assez de locataires pendant les beaux jours et pendant la saison hivernale, qui est la plus demandée», explique la Zurichoise. Sans compter l’argent dépensé pour rémunérer la personne chargée du nettoyage et de la remise des clés aux touristes, notamment suisses et américains. Pour se différencier des autres hébergements, elle mise surtout sur la taille du lieu, qui peut accueillir jusqu’à sept personnes. «Il faut surtout réagir très vite et ne pas oublier, dès qu’une réservation est faite, de le notifier sur les autres plateformes pour qu’il n’y ait pas de doublon.» Certaines plateformes imposent des pénalités sur les réservations suivantes en cas d’annulation ou n’hésitent pas à pousser leurs clients à lancer des campagnes promotionnelles.

Ces nouveaux hôteliers ont surtout dû s’acclimater à l’administration et à la gestion qui vont de pair avec ce type d’activité. Mais ce sont des coûts plus ou moins internalisés qui doivent booster les réservations de leurs hébergements, a fortiori lorsqu’ils sont très récents. A l’image du second étage du château Riggisberg, dans le canton de Berne, reconverti en chambre d’hôtes sur le terrain d’un établissement de soins pour des personnes souffrant de handicap mental et psychique. Une offre qui n’avait pas pour but de renflouer les caisses, mais de proposer un autre regard sur les patients, qui pourraient à terme aider au nettoyage ou en cuisine. «C’est encore un test et une expérience à vocation d’inclusion sociale, mais nous avons déjà eu une quarantaine de personnes», raconte l’initiateur du projet, Luca Lo Faso.

Saison hivernale très calme

Toujours dans le même canton, à Sumiswald, un autre château, datant de 1225, a également ouvert ses portes aux dormeurs il y a bientôt huit mois et affiche un cumul de 400 nuitées. «Pendant l’hiver, cela a été très calme avec un hôte par semaine. Depuis le début du printemps, avec une météo favorable, nous remplissons nos week-ends. Mais je sais déjà que nous n’atteindrons pas le taux d’occupation espéré de 40%», témoigne Andreas Schneiter, directeur d’une société de gestion qui a remporté l’appel à projets de la commune propriétaire du bien, dont l’autre partie a été louée à des commerçants.

Ces neuf chambres avec salle de bains à l’étage se réservent principalement sur leur site, notamment grâce à un bon référencement rémunéré sur internet, concède-t-il. Avec de plus en plus de chambres d’hôtes dans la région, il estime qu’il lui faudra au minimum quatre ans pour rentabiliser un investissement supérieur à 100 000 francs.

Produits du terroir

Pour Monique Caloz, propriétaire d’un château et d’une propriété viticole avec son mari au sommet de la colline de Daval, près de Sierre, la remise à neuf de la bâtisse ne pourra pas être rentabilisée par la location des chambres mais par la vente parallèle de leurs produits. Elle a délaissé ses bottes de vigneronne pour apprendre ce métier de l’accueil sur le tas.

«Lorsqu’on a démarré, en 2009, ce n’était pas notre cœur de métier mais on avait déjà l’habitude de recevoir des clients pour les vins. Cela fait venir et rester les gens dans notre domaine. Je m’efforce d’accueillir les visiteurs avec un verre de bienvenue et d’offrir des produits cultivés sur place au petit-déjeuner, par exemple des jus de fruits, des œufs de nos poules et une dizaine de confitures.» Référencées sur Airbnb, la plateforme Bnb.ch et le site d’Agritourisme Suisse, ses cinq chambres caracolent également en tête du classement sur Tripadvisor pour les amateurs des vignes et de balades à pied ou à vélo dans la ville ensoleillée.

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