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Les vaches paissent sur le green du Brora Golf Club. Juste à côté de  la distillerie Clynelish, dont le whisky fleure au nez la cire mouchetée.

Voyage

En Ecosse, d’un trou à l’autre

Balade dans les Highlands entre parcours de golf mythiqueset distilleries ancestrales

Ils le revendiquent aussi souvent que possible, mais les Ecossais n’ont pas inventé le golf, les Pays-Bas s’en étant chargés dès le XIIIe siècle. Autre imposture: ils ne peuvent non plus assumer la paternité du whisky, né sur les toutes proches terres irlandaises. Mais pour une fois, ils ont su se montrer plus fourbes que leurs voisins pour construire un marketing de première force. Car nulle part ailleurs on ne trouvera aussi riche combinaison de ces deux vertus, essentiellement au nord du pays. A défaut de vraiment s’arrêter, le temps a suffisamment ralenti sa course dans les Highlands pour vous offrir une fabuleuse piqûre de rusticité. En route pour un week-end prolongé avec golf le matin et visite de distilleries l’après-midi. C’est plus sûr dans cet ordre-là, faites-nous confiance.

Old Moray et Glenrothes

Tout est à sa place à Lossiemouth, une bourgade sans intérêt. Des rues parfaitement symétriques où rien ne se passe, et un club-house en pierres si lourdes qu’aucune tempête ne pourra jamais le déraciner. A l’intérieur, des golfeurs d’un autre âge qui confessent ce regret: «Notre parcours est si exceptionnel… Il pourrait accueillir les plus grandes compétitions s’il n’y avait pas la base aérienne.» Car la Royal Air Force s’est installée dans le champ juste à côté. Une mauvaise nouvelle pour la quiétude des lieux, mais une superexpérience pour le visiteur de passage. Chaque engin qui décolle vous oblige à lâcher les clubs pour vous boucher les oreilles. Encore plus fort: des panneaux indiquent que les avions de chasse sont prioritaires sur les balles de golf (authentique), et vous voilà contraints d’arrêter le jeu pour voir passer des jets vingt mètres au-dessus de vos têtes juste avant l’atterrissage.

Les locaux assurent aussi que l’endroit profite d’un microclimat: quand il pleut des hallebardes à Inverness, il ferait souvent beau à Lossiemouth. Faut-il vraiment les croire, ou plutôt penser qu’ils fréquentent trop souvent les distilleries voisines?

Quand on pique plein sud, on en trouve des dizaines. Tout choix rationnel se révèle impossible, alors orientez-vous vers celle de Glenrothes. Parce que la bouteille de Select Reserve est si trapue qu’elle ramène à la piraterie. Et que dans le cimetière de Rothes, parmi les stèles envahies par les mauvaises herbes, on aperçoit la maison du gardien des tombes. Celle où, au XVIIIe siècle, les parents endeuillés veillaient leurs morts jusqu’à leur décomposition pour décourager les pilleurs de sépultures. Une veillée morbide à qui la consommation locale, paraît-il, a bien profité.

Construit en 1878, le nouveau bâtiment de la distillerie a été marqué par les secousses. Première distillation le 28 décembre 1879? Le même jour que la catastrophe du pont sur le Tay et ses 75 morts au sud de Dundee. Puis un incendie qui ravage tout ou presque en 1897, une explosion dans la salle des alambics en 1903 et la destruction du premier chai qui provoquera la perte de 900 000 litres de précieux liquide. La salle des alambics et ses dix chaudières sont d’ailleurs dignes d’une cathédrale. Le Select Reserve a d’ailleurs quelque chose de divin avec son champ aromatique qui oscille entre le fruité et l’épicé.

Brora et Clynelish

Le parcours du Brora Golf Club vient d’une époque où les architectes ne se prenaient pas pour le nombril du green. Le dessin est donc «facile»: neuf trous dans un sens, demi-tour, et neuf trous dans l’autre. Pourquoi vaudrait-il le voyage? Pour son drôle de système qui cerne les greens: des clôtures électriques y ont été édifiées pour éviter que vaches et moutons ne viennent massacrer la zone de putting. Car ici, les animaux sont chez eux. Sur le fairway du 17, on croise même un jeune homme préposé à l’évacuation des bouses de vache. Pas toujours simple de frapper sa balle avec les ruminants qui broutent à deux mètres.

Légendes contemporaines du golf, les moutons sont aussi partie intégrante de l’histoire de la distillerie locale. Son fondateur, le marquis de Stafford (futur duc de Sutherland) s’était à l’époque distingué par un grand élan d’humanité en chassant 15 000 personnes de ses terres pour les remplacer par des moutons, jugés plus rentables. Le bâtiment Brora est aujourd’hui fermé, mais son voisin mitoyen Clynelish, créé en 1967, vaut le voyage. Comme pour mieux filtrer un passé peu glorieux, il a abandonné la tourbe qui faisait l’originalité de cette partie de l’Ecosse pour changer de philosophie: c’est bien de la toile cirée et de la bougie mouchée qu’on retrouve en respirant le distillat. Comme une odeur d’éternité, bien loin des effluves perdus de Brora, dont les murs sont aujourd’hui festonnés de lichen.

Fortrose et Dalmore

L’évidence devrait ensuite vous pousser dans les bras du Royal Dornoch, le chef-d’œuvre golfique de la région d’Inverness. Profitez de cette balade hors des sentiers classiques pour vous dérouter jusqu’à Fortrose. Le parcours n’en est pas vraiment un: c’est une lande qui rétrécit jusqu’à un phare, constamment balayée par les bourrasques. Les fairways sont logiquement très étroits, avec quelques genêts en guise de couronnes mortuaires, pour mieux enterrer vos certitudes sur ce drôle de jeu. C’est le golf dans ce qu’il a de plus brutal: le plaisir est dans la souffrance, puis dans le soulagement d’en avoir enfin terminé.

L’évidence, encore elle, devrait alors vous emmener à Glenmorangie, la distillerie vedette du coin. Mais pour rester dans l’irrévérence, on préférera Dalmore, dont le fonctionnement emprunte à la même folie maniaque de votre golf du matin. L’excentricité des lieux est délicate à décrire. En bref: les alambics sont de tailles et formes différentes, avec des dispositifs distincts (chapiteaux plats ou chemises à circulation d’eau, pour les experts). Du coup, les low wines (bas vins) ont des teneurs en alcool très aléatoires, ce qui donne des arômes et saveurs recombinés et redistillés à l’infini (ou presque). Vous n’avez pas tout saisi? Nous non plus, mais on garde encore en mémoire le sourire entendu de David Robertson, le directeur de la marque, qui assurait: «A
ma connaissance, nous sommes les seuls à fonctionner comme ça. C’est un cauchemar à gérer,
mais la complexité est infinie et l’eau-de-vie excellente. Nous n’avons donc aucune raison de changer.» ■

Y aller

Depuis Genève, le voyage vers Inverness est long (minimum
6 heures) et s’effectue en plusieurs escales, soit via Paris puis Manchester, soit via Amsterdam ou Londres. Comptez des vols à partir de 600 francs pour un trajet aller-retour.

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