architecture

Ecrin de lumière pour association humanitaire

Renaissance: l’Association pour la prévention de la torture inaugure ses nouveaux locaux

«Faire entrer la lumière.» L’injonction s’inscrit en exergue de la plaquette de présentation de l’Association pour la prévention de la torture (APT) basée à Genève. Une devise généreuse dont le nouveau bâtiment abritant les activités de l’organisation, inauguré le 21 septembre dernier, se fait l’écho, censé en refléter les valeurs intrinsèques: du verre omniprésent pour la transparence des actions menées à travers le monde, une passerelle-pont entre les bâtiments pour le dialogue et la coopération entre l’ONG et les gouvernements. Un coût total de 3,7 millions de francs pour cet organisme non subventionné, l’apport financier provenant principalement de donateurs privés et de fondations.

L’APT, organisation non gouvernementale indépendante, a été fondée en 1977 à Genève à l’instigation d’un avocat banquier reconverti dans l’humanitaire, Jean-Jacques Gautier, qui décida de consacrer la fin de sa vie à l’éradication de la torture par le biais de la prévention. Ce que souligne Martine Brunschwig Graf, présidente de l’APT, dans la préface du livret: «Partant de l’idée que la torture est plus susceptible d’avoir lieu dans les endroits à l’abri du regard public, Jean-Jacques Gautier se propose d’élaborer un système universel de visites des lieux de détention.»

Générant dévouement et abnégation de ses collaborateurs, l’association végétait depuis trente-cinq ans dans un environnement devenu insalubre. Un baraquement de bois planté en pleine nature dans un parc de la route de Ferney, affrontant misérablement les intempéries. Thomas Büchi, président de Charpente Concept, une des sociétés mandatées, se souvient de l’ancien bâtiment: «Quand j’ai visité, en 2006, ce vieux pavillon provisoire, on risquait à tout moment de basculer dans le vide sanitaire sous le plancher pourri.» Martine Brunschwig Graf note néanmoins que «dans ce container des années 70, les conditions dégradées ne brisaient pas l’enthousiasme des personnes qui s’engageaient dans l’association».

Un engouement collectif qui méritait mieux que ce réceptacle délabré. C’est ainsi qu’une nouvelle enveloppe s’imposait pour que la vingtaine de collaborateurs, sous la direction de Mark Thomson, secrétaire général, puissent poursuivre leur engagement.

Une réalisation aux fondements philosophiques. Lors de la présentation aux professionnels de l’habitat, Martine Brunschwig Graf a rappelé la condition sous-jacente du projet: «Le beau n’a pas besoin d’être luxueux, ici c’est la nature qui nous accueille.» De grands arbres tout autour qui embrassent la structure, un voisinage direct avec les animaux de la forêt. Une atmosphère bucolique qui invite à la sagesse et à l’harmonie. Tiziano Borghini, du bureau d’architectes GM Architectes Associés, évoque l’imaginaire du projet: «Avant, on parlait de «la cabane». C’était vétuste mais l’idée nous a stimulés. On est parti de l’élément en bois qui peut être posé par terre dans un champ ou d’une cabane dans les arbres.»

Sur la parcelle en dénivelé, propriété de l’Etat de Genève qui en a accepté un droit d’usage, le nouveau bâtiment portant désormais le nom de Centre Jean-Jacques Gautier, répond à un cahier des charges balisé: structure en bois locaux, parfaite intégration à l’environnement forestier, efficience énergétique maximale et réversibilité de la construction à 80%, impliquant que le bâtiment puisse être, en cas de besoin, entièrement démonté et reconstruit ailleurs. Un défi supplémentaire était lié à l’emprise au sol réduite.

La société Charpente Concept, une entreprise d’ingénieurs et de designers du bois ayant réalisé, entre autres projets d’envergure, le futuriste refuge du Goûter en Haute-Savoie, et GM Architectes Associés ont donc œuvré en synergie pour construire le «bâtiment de demain», selon Thomas Büchi. Une structure en «L» aux deux volumes distincts: une passerelle vitrée et bardée de bois qui surplombe latéralement un bâtiment traditionnel en contrebas, dont le toit est aménagé en terrasse. Une archi­tecture intérieure où «la vérité constructive se lit à tous les niveaux, il n’y a aucune esthétique de surface et aucun couvre-joint», note ­Tiziano Borghini.

Le bâtiment allie performances technologiques et écologiques. Tout d’abord par sa structure entièrement préfabriquée: ossature de bois (provenant de forêts suisses) constituée de poutres massives assemblées par des boulons et de caissons creux dans la partie «pont». «On économise de la matière et cela permet de faire passer les éléments techniques à l’intérieur comme la ventilation double flux», explique Tiziano Borghini. Ce système suffisant à tempérer l’habitacle sans chauffage supplémentaire. L’expert ajoute: «Le bâtiment a une réponse active au climat, à l’ensoleillement, à la lumière naturelle.»

Une performance optimale dans la partie latérale qui bénéficie d’un revêtement de façade en Lucido, système révolutionnaire permettant des économies d’énergie de 80%: un assemblage de verre à prisme et d’ailettes de bois qui évite la surchauffe en été et permet de capter le moindre rayonnement solaire en hiver. Une efficience qui dépasse les standards de la norme Minergie pour cette construction qui reste évolutive, comme le souligne Thomas Büchi: «Il suffira de poser des panneaux photovoltaïques sur le toit et dans trois à cinq ans, le bâtiment produira plus d’énergie qu’il n’en consomme…» La voie du futur au ­service d’une cause humanitaire universelle.

Une passerelle-pont, comme un dialogue entre l’ONG et les gouvernements

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