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A Baden-Baden, la nature, qui est partout, a inspiré le romantisme allemand. 

Voyage

Escapade romantique en Forêt Noire

L’image lui colle à la peau comme une pâtisserie industrielle. Cette région du Bade-Wurtemberg bénéficie pourtant d’atouts incontestables. Excursion en terres souabes, peu avares en plaisirs variés et en apparents paradoxes

A peine la frontière passée à Bâle que l’autoroute s’enfonce soudain dans une vaste plaine densément boisée. Après quelques dizaines de kilomètres seulement, un panneau indique la fin des limitations de vitesse, celle-ci étant désormais laissée au libre choix du conducteur. Vision étrange d’une nature omniprésente – la moitié de la superficie de l’Allemagne est classée réserve naturelle – côtoyant le culte irrépressible de l’automobile reine. Bienvenue en Forêt-Noire!

Premier arrêt, Baden-Baden. Les Romains découvrent des sources d’eau chaude dès l’an 70 et décident de s’y implanter. Au fil des ans et des péripéties de l’histoire, la ville grandit, tout comme sa renommée. Au XIXe siècle, elle devient ainsi la résidence d’été de toute l’Europe argentée à la recherche d’une nature célébrée par le romantisme naissant. La vie mondaine s’y développe comme jamais; hôtels et restaurants rivalisent de luxe pour attirer ces voyageurs fortunés qui, le soir venu, assurent la prospérité des théâtres et autres casinos.

Si la cité s’est démocratisée depuis, les plaisirs restent les mêmes et les vestiges de cette glorieuse période, miraculeusement épargnés par les guerres, s’avèrent nombreux. Ainsi, le casino aux décors fastueux – le plus beau du monde, selon Marlène Dietrich – attire aujourd’hui encore les amateurs de tapis vert et de roulette du monde entier, alors qu’à deux pas de là, la Lichtentaler Allee déroule depuis 350 ans ses kilomètres de jardins et de parcs, alternant arbres, fontaines, bosquets de fleurs et autres monuments Belle Epoque. Exquise balade printanière assurée.

Nu dans les thermes

Situé le long de cette avenue historique, un bâtiment à l’architecture contemporaine – superbe réalisation de l’architecte new-yorkais Richard Meier – abrite quant à lui le Musée Frieder Burda. Des œuvre d’art moderne y côtoient des expositions temporaires renouvelées tous les six mois. Accrochage pertinent et déambulation des plus agréables.

Un peu plus loin, le Festspielhaus – deuxième plus grande salle d’opéras d’Europe – offre quant à lui une programmation musicale n’ayant rien à envier à celle des plus grandes institutions du genre. Des artistes internationaux s’y pressent l’année durant pour le bonheur des mélomanes. Apparent paradoxe – la ville ne compte que 50 000 habitants – qui s’explique par la présence jadis de Strauss, Schumann, Wagner, Liszt et Brahms notamment, qui ont séjourné et parfois composé ici, laissant derrière eux un héritage bien vivant.

Avant de quitter la ville, un passage dans ce qui fit la renommée de Baden-Baden – ses thermes – s’impose. Modernes pour ceux de Caracalla, historiques pour le Friedrichsbad qui pratique les soins dans le plus simple appareil, comme le veut la coutume ici.

Enfin, étape incontournable pour les calcéophiles, l’échoppe de Vickermann & Stoya. C’est là que deux jeunes bottiers exercent leur exceptionnel savoir-faire. La qualité et l’élégance de leurs souliers – en sur-mesure comme en prêt-à-chausser – attirent désormais les amateurs des quatre coins du monde. Une raison supplémentaire pour faire une halte à Baden-Baden, décidément surprenante à plus d’un titre et bien plus vivante qu’on pourrait l’imaginer.

Le second arrêt en Forêt-Noire nécessite de quitter la douce torpeur de cette ville. A moins d’une heure de voiture, à Baiersbronn précisément, se niche en effet un temple de la gastronomie qui – à lui seul – mérite le déplacement. Pour s’y rendre, emprunter la route des crêtes permet de savourer cette vaste région à la nature sauvegardée qui inspira non seulement de nombreux musiciens, mais également des philosophes (Hegel) et des écrivains (Hesse et Dostoïevski) célèbres.

Ame des bûcherons

Arrivé à Tonbach, l’un des neuf villages de la commune de Baiersbronn nichés en pleine forêt, impossible de manquer le plus prestigieux hôtel-restaurant d’Allemagne, tant ses imposants bâtiments enserrent la route d’accès. Aucun risque de nuisance cependant, celle-ci devenant piétonne quelques centaines de mètres plus loin, prolongée par de bucoliques sentiers pédestres qui invitent à une détente totale. Pour un peu, on entendrait presque les truites sauvages s’ébattre dans le ruisseau qui s’écoule dans le vallon, en contrebas.

C’est dans ce cadre champêtre que la famille Finkbeiner préside depuis 1789 aux destinées de cet établissement. De l’ancienne auberge de bûcherons qu’elle était à aujourd’hui, pas moins de huit générations se sont succédé. Et c’est précisément ce qui fait l’âme de cette maison unique: la présence et l’implication quotidiennes des propriétaires, dont Heiner et Renate – les parents – et leurs trois enfants sont les représentants actuels. «Hôtelier-restaurateur, ce n’est pas mon métier. C’est ma passion!» résume le très francophile patriarche.

Si l’établissement arbore la plus haute distinction en matière de standing hôtelier, pas la moindre trace d’ostentation affleure. L’authenticité préservée des lieux donne au séjour tout son charme. Les clients séjournent ainsi souvent en famille, bénéficiant d’un confort total: pas moins de quatre piscines à disposition, deux spas, un fitness et une salle de jeu gigantesque pour les enfants, notamment.

Cadre rustique

A l’image de la région, Traube Tonbach cultive les paradoxes. Une conception du luxe à la fois simple et accessible qui se traduit à l’heure de passer à table par la coexistence – sous le même toit – de tables aux approches très différentes. La plus en vue, estampillée «3 étoiles» par Michelin depuis 1992, n’éclipse pourtant ni la Bauernstube au cadre rustique d’époque proposant des spécialités typiques de la région, ni la Köhlerstube à la cuisine plus internationale.

Un personnage unique incarne cependant à lui seul l’art culinaire en Allemagne: Harald Wohlfahrt. Il officie au sein du restaurant gastronomique – la Schwarz­waldstube – depuis 40 ans et a formé six des neuf autres chefs 3 étoiles du pays. Une référence absolue devenue icône qui n’a pas sa langue dans sa poche: «Si Bocuse a fait sortir les cuisiniers de leur établissement, il faudrait aujourd’hui un chef qui les fasse revenir à leurs fourneaux», juge-t-il, la mine sévère.

Un avis aussi tranché qu’avisé qu’il n’est sans doute pas le seul à partager dans la profession. A déguster sa cuisine hautement raffinée, aucun doute possible; la brigade est à sa place, offrant à cette région souvent méconnue un ambassadeur d’exception.


Y dormir: Le Brenners Park-Hotel & Spa à Baden-Baden. www.brenners.com

Y manger: Le Schwarzwaldstube, le restaurant de l’hôtel Traube Tonbachà Baiersbronn où officiele chef Harald Wohlfahrt. www.traube-tonbach.de

S’y détendre: Les bains de Friedrichsbad ouverts en 1877. Incontournables. www.carasana.de/de/friedrichsbad

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