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«Nude geography». Pour sa collection printemps-été 2017, Etudes propose des couleurs terriennes, marquées par la rouille et le soleil. Une façon de s’interroger sur la notion de voyage.
© Etudes/Denis Aksland

Jeunes pousses 

Etudes, le label qui transforme le prêt-à-porter français

Aux confins de l’art et de la mode, le label créatif Etudes impose son «streetwear» minimaliste dans le paysage 
du prêt-à-porter français. Rencontre décontractée

Ils se méfient des étiquettes, 
des tiroirs dans lesquels on aimerait les ranger. Face à eux, les mots font facilement l’objet d’une remise en question. Une façon de souligner le caractère normalisateur du langage, sa capacité à figer la pensée. En ce sens, les fondateurs d’Etudes ont bien choisi leur signature graphique: un bleu cobalt à la Yves Klein, une couleur hors dimension permettant de dépeindre 
la réalité au-delà des mots. «C’est aussi un clin d’œil au bleu très basique de l’industrie et à celui des écrans digitaux», précise Jérémie Egry, l’un des directeurs artistiques de ce collectif à six têtes.

Jeunes loups

Fondée en 2012, Etudes fait partie des marques qui transforment tranquillement le paysage du prêt-à-porter français. A la fois griffe de vêtements, éditeur et bureau de direction artistique, 
ce «label créatif» basé entre Paris et New York revendique une approche pluridisciplinaire destinée à faire dialoguer art et mode. La boutique située dans le Haut Marais, à Paris, est la vitrine de cet univers à 360 degrés. Dans un décor minimaliste et léché, on découvre des livres de photos d’art, des essais d’intellectuels, des illustrations sonores mais surtout des vêtements, qui représentent 80 à 90% du chiffre d’affaires du studio. Créatifs ou businessmen, hommes ou femmes, les adeptes raffolent du streetwear à la retenue japonisante, des chapeaux ronds à large bord façon amish ou des sweat-shirts à imprimés étoile. Dans la même veine qu’Ami ou Each x Other, ces pièces intemporelles sont proposées à des prix accessibles, loin des étiquettes à quatre ou à cinq chiffres des maisons de luxe.

Adoubé par les professionnels, Etudes est aujourd’hui distribué dans 120 boutiques à travers le monde (dont les Galeries Lafayette et le Bon Marché 
à Paris, Totokaelo à New York et à Seattle, matchesfashion.com et Ssense.com) et a été nominé au grand prix pour la jeune création de l’ANDAM en 2014. 
La même année, le label était officiellement inscrit au calendrier de la fashion week homme de Paris. Pas mal pour des jeunes loups. «Etudes est l’une des premières marques à avoir puisé son inspiration dans une culture populaire et street en France et à l’avoir fait avec exigence et enthousiasme», se félicite Pierre-François Le Louët. Président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin et de l’agence de prospective Nelly Rodi, le Français fait partie des actionnaires minoritaires d’Etudes, au même titre que le musicien Woodkid ou le producteur électro Pedro Winter. «La dimension collective est également très contemporaine: travailler à plusieurs, revendiquer une communauté plutôt qu’une gloire personnelle», ajoute-t-il.

Plus forts ensemble

Originaires de Grenoble, ils sont six amis à avoir donné naissance à Etudes: Aurélien Arbet, Jérémie Egry, Nicolas Poillot, José Lamali, Antoine Belekian et Marc Bothorel. La toile de fond de leur adolescence, ce sont les années 1990. Ils traversent cette décennie avec les mêmes références, la même fascination pour le graffiti et le hip-hop, cette contre-culture soufflant sur eux depuis l’autre côté de l’Atlantique. Y est né leur esprit de groupe. «Faire du graffiti quand on a seize ans, c’est une première expérience créative commune, c’est prendre des risques ensemble, s’engager dans quelque chose», analyse Jérémie Egry. Au tournant des années 2000, après des études artistiques, c’est donc ensemble que le groupe d’amis s’essaie à la mode pour hommes en fondant la marque Hixsept et à l’édition avec le collectif Je Suis une Bande de Jeunes. Au moment de fonder Etudes, la question de l’union ne se pose même pas. «On n’a jamais voulu mettre une personnalité plus 
en avant que les autres et nous prenons toutes nos décisions de façon collective», explique Nicolas Poillot, photographe 
en charge de l’édition.

Il y a tout de même division du travail. Diplômé d’une école de stylisme, c’est José Lamali qui dessine les collections de prêt-à-porter (ensuite produites en Europe), alors qu’Antoine Belekian et Marc Bothorel s’occupent des questions opérationnelles. Quant à la direction artistique, elle est assurée par Jérémie Egry et Aurélien Arbet, l’un à Paris, l’autre à New York. Cette organisation transnationale reflète le mode de vie nomade et ultra-connecté des garçons d’Etudes. «On voyage tous beaucoup, on a toujours voulu créer un projet à ambition internationale et ces deux villes 
ont été des moteurs créatifs tout au long de notre vie», souligne Nicolas Poillot.

Vêtements concepts

Empreintes de réalisme, les créations d’Etudes se rattachent toujours au vécu, aux réflexions qui traversent le collectif. Baptisée «Nude Geography», la collection printemps-été 2017 se penche ainsi sur 
la notion de déplacement, de transit. 
On y retrouve des volumes amples, parka ou coupe-vent flanqués çà et là de sangles d’alpiniste, comme si l’aventure était à portée de ceinture. Les couleurs terriennes sont marquées par la poussière et la rouille, comme dénaturées par le soleil. «Cette collection s’interroge sur le voyage. Que se passe-t-il lorsque l’on relie deux villes ou deux régions? Que se passe-t-il pendant ces dizaines d’heures passées dans un train à regarder le paysage? Notre message, c’est l’envie de déconnexion, arrêter de toujours courir après tant 
de choses», développe Jérémy Egry.

Le message semble parfois plus politisé. L’un des best-sellers de la griffe n’est autre qu’un sweat-shirt imprimé des douze étoiles du drapeau de l’Union Européenne. Le collectif chercherait-il à faire du militantisme proeuropéen? «Etudes n’est pas engagé politiquement, Etudes a simplement des idées, rétorque Jérémy Egry. En tant qu’individus, on est forcément sensibles à ce qui se passe dans notre société. Le drapeau de l’UE, c’était une façon d’afficher notre fierté d’être Européens, mais aussi une réaction à la tendance rétrograde qui touche l’Europe, cette envie d’ériger des barrières alors qu’on a mis des décennies à les abattre. Ce symbole nous est venu assez naturellement. Cela dit, nous sommes tout à fait conscients de la 
finalité de notre activité, qui consiste 
à vendre des produits. On essaie simplement d’être sincères et de parler de 
ce qui nous touche.»

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