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couleurs d’automne

Expression de soi

Le ciel devient lourd, les corps se dissimulent mais les visages s’exposent en clair-obscur. Paupières plombées, gloss carrosserie, l’on hausse le ton des fards pour affronter une saison de repli

Les peaux ont pâli, les regards se sont ternis en même temps que les dernières lueurs des beaux jours en perdition. Ne pas se laisser gagner par la torpeur glacée des éclairages incolores, simulacres de soleil. Résister à la fadeur des matins sans lumière en affichant un visage de composition, en surlignant ses traits, en provoquant le débat. Fini le naturel, le joli, le consensuel qui se fond dans le paysage. Retour aux années noires avec extravagance. Exit les pastels, la douceur ouatée des tableaux impressionnistes. Sur les paupières on hachure, sur les lèvres on laque rouge sang ou noir cerise, les sourcils sont hirsutes et «waxés». Sur les catwalks des défilés où les tendances cosmétiques sont exacerbées, balayant les critères de délicatesse et les règles de l’harmonie telle une lame de fond, les états d’âme des maquilleurs ne sont pas à la fête et lorgnent vers les extrêmes. Ombres à paupières couvercles chez Dior, smoky jusque sous le sourcil chez Chanel, liner façon barbelé chez Fendi, lèvres cramoisies et paupières cendrées chez Marc Jacobs. Et encore fards mats débordants chez Donna Karan, halo terreux au coin interne de l’œil pour Altuzarra. Pendant que les filles Burberry défilent avec le sourcil en bataille, le rimmel dégoulinant sous l’œil façon panda triste, les égéries de Rochas ont le regard démoniaque ourlé d’un eye-liner graphique en épais surlignage en haut et en bas. Les bouches sont noires chez Ungaro, passées au blanc façon vampire chez Alexander McQueen. On n’est pas loin du Cri de Munch ou d’un portrait torturé de Soutine. Les peintres expressionnistes de l’Allemagne du début du XXe siècle semblent hanter les maquilleurs qui apposent des rouges violents, des noirs en contours vifs ou en traînées sales, composant des effigies d’affirmation de soi jusqu’au-boutiste.

Christophe Durand, fondateur du Bal des créateurs, make up artist et maquilleur de stars, témoigne de l’émergence de ces nouvelles créatures: «Après le no make-up, on a de nouveau envie depuis cet automne de montrer des femmes qui s’expriment. La bouche rouge est très présente avec des tendances violacées (Carolina Herrera, Marchesa, D&G, etc.). Et aussi le sourcil qui est plus accentué, broussailleux, texturisé. On utilise des cires, on les fonce, on les met en valeur. Il y a aussi un retour aux nineties, aux «party girls» avec des noirs brillants. Chacun a sa version du noir, du heavy black (Dior) au trashy black chez Fendi.» Et ces ombres sous les yeux donnant l’impression qu’on est mal démaquillées? «Ça, c’est l’effet «after party», qui évoque le moment où la fille se réveille le matin après avoir bu et transpiré. C’est rock et décadent. Tout comme le sourcil qui incarne aussi ce côté rebelle», ajoute Christophe Durand.

L’offense au bon goût devient mainstream avec le retour des femmes fatales, des vamps, de celles qui ne croient qu’en elles-mêmes et affichent une séduction hypnotique. A la manière des stars du muet, d’une Theda Bara avec ses poses emphatiques et son maquillage outrancier pour mieux envoûter les hommes. «Certains couturiers essaient de glamouriser leur collection», note Christophe Durand. Une féminité suprême exprimée par le mannequin Lindsey Wixon, qui a présenté la collection d’Alexandre Vauthier cette saison, respirant la sensualité: paupières métallisées, lèvres glossy foncé et poses langoureuses. Le maquillage de star pour tous les jours, c’est ce que prône Dita Von Teese, danseuse burlesque et mannequin, qui va sortir en décembre 2015 un livre intitulé Votre marque de beauté. Le guide ultime du glamour excentrique et qui s’insurge, dans une interview donnée au site style.com, contre les diktats véhiculés aujourd’hui en matière de beauté: «ll y a tellement de livres sur le marché qui vous indiquent comment vous faire un joli maquillage naturel, je n’ai jamais vraiment pu comprendre cela. Mon livre brise les règles de beauté qu’on a l’habitude d’entendre et s’adresse aux femmes qui osent être différentes, qui ne cherchent pas forcément à s’intégrer et qui n’écoutent pas les conseils leur suggérant qu’elles sont trop maquillées et qu’elles ne doivent pas maquiller à la fois leurs yeux et leur bouche…»

Les marques de cosmétiques la devancent, comme Dior qui a mis au point une texture fluide haute brillance pour les yeux «qui dépose sur les paupières un film de lumière» ou M.A.C qui lance un gloss appelé Vamplify «le brillant à lèvres le plus dramatique à ce jour». Chez Lancôme, le mascara Grandiôse dans des tons électriques se pose en topcoat d’un noir classique apportant aux cils «une vibration chromatique». S’annonce un hiver où les femmes ont besoin de mise en scène pour exister. Sans pour autant se cacher derrière un masque du théâtre nô et révéler crûment ce qu’on ressent, notre visage est une page déjà écrite que les fards de cet automne ne demandent qu’à exprimer.

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