Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Palm Angels, défilé automne-hiver 2018-2019 à Milan.
© Catwalking/Getty Images

mode

Fashion Week homme de Milan: retour vers la fin du monde

D’un côté, une vision postapocalyptique, de l’autre, une joie de vivre presque enfantine. Dans la capitale lombarde, les défilés homme pour l’hiver prochain étaient avant tout imprégnés de nostalgie

La Fashion Week homme de Milan se fait peau de chagrin. Longtemps étalée sur quatre jours, elle n’en compte plus que trois: un long week-end plutôt qu’une semaine. De nombreuses maisons ont suivi l’exemple de Gucci qui, depuis un an, fait défiler ses collections homme et femme pendant la Fashion Week femme en février. Après avoir perdu Bottega Veneta (qui défile exceptionnellement à New York cette saison), Calvin Klein (retourné à New York depuis l’arrivée de Raf Simons), Missoni et Jil Sander, la saison hiver 2018 se déroulait sans Moncler, Roberto Cavalli ou Salvatore Ferragamo.

Moncler, qui vient d’arrêter ses lignes Gamme Bleu et Gamme Rouge, dessinées respectivement par Thom Browne et Giambattista Valli, ouvrira la Fashion Week de Milan en février, avec un événement mixte. Cavalli présentera la première collection homme de son tout nouveau créateur Paul Surridge en février également.

Streetwear au pouvoir

En parallèle, la mode masculine se transforme en profondeur. C’est comme si la rue avait renvoyé le costume aux oubliettes. Le streetwear a pris le pouvoir, le sartorial n’est plus qu’une anecdote. Corneliani et Canali ont disparu des catwalks. Brioni, pour sa part, tente son retour, mais la marque du groupe Kering a choisi Paris plutôt que Milan pour son relancement.

Ermenegildo Zegna, une des rares marques de luxe entièrement dédiées à l’homme, est toujours là. Son directeur artistique Alessandro Sartori essaie de rajeunir le produit autant que le client. Il le réussit plutôt bien, avec une collection Couture qui s’assume en étant à la fois chic et contemporaine. Zegna, qui contrôle chaque maillon de la chaîne de production, de l’élevage des moutons en Australie et en Nouvelle-Zélande en passant par le tissage des fils jusqu’à la confection, a développé un cachemire naturel, teint avec des fleurs, des herbes et des légumes que l’on trouve sur les terres de la marque à Trivero dans le Piémont. Jaune chanterelle, bleu crocus. Seule vraie fausse note: les flocons de neige du défilé, eux bien artificiels.

Futur postapocalyptique

La Camera della moda (Chambre de la mode italienne) anticiperait-elle un rapprochement avec Pitti Uomo, l’importante foire de mode masculine de Florence? Selon son président Carlo Capasa, la semaine de la mode commence désormais à Florence et finit à Milan.

Il est vrai que «Pitti» est devenue une fashion week à part entière, avec un calendrier de shows en perpétuel mouvement, faisant défiler des créateurs différents à chaque saison. Après J. W. Anderson et Off White en juin, Florence accueillait les marques japonaises Undercover et The Soloist. Jun Takahashi et Takahiro Miyashita, leurs créateurs respectifs, avaient imaginé leurs collections sur le même thème de l’ordre et du désordre. Le résultat fut présenté au cours d’un long défilé commun à Stazione Leopolda, grande gare désaffectée à quelques pas de l’Arno.

Les deux collections évoquaient un futur postapocalyptique, entre The Road de Cormac McCarthy et 2001: A Space Odyssey de Stanley Kubrick, qui a inspiré Takahashi de façon très littérale avec des imprimés de phrases et de photos du film. Pour Miyashita – qui a défilé pendant plusieurs saisons avec sa marque-culte Number (N)ine à Paris avant de s’arrêter et de revenir avec The Soloist –, la référence dominante était une chanson de Nine Inch Nails: «The Day The World Went Away». Phrase reprise sur des capes orange fluo pendant le final. C’était sombre, mais beau, même émouvant.

Uniforme de fin du monde

Chez Prada aussi, la fin du monde semblait proche. Après des années à défiler dans son QG via Fogazzaro, la marque avait convié ses invités dans un entrepôt à l’ombre de la Fondazione Prada. Dans l’immense salle, des étagères étaient remplies de boîtes en plastique ou de carton arborant des autocollants se jouant du logo Prada.

Pièces maîtresses de la collection: des anoraks volumineux en nylon noir industriel, portés avec une carte d’identité en plastique – le parfait uniforme pour un scénario de fin du monde, sur terre ou ailleurs. Le côté mutant issu d’une explosion atomique s’exprimait par des imprimés que Miuccia Prada a recyclés de collections précédentes: les bananes d’il y a quelques saisons combinées avec les flammes d’une autre année.

En même temps, le spectacle était une leçon dans l’histoire de Prada: le nylon noir, surtout, mais aussi le recyclage d’anciens imprimés, ou la réintroduction inattendue du logo rouge Prada Sport, lancé à l’époque où Patrizio Bertelli, le patron de la griffe, participait à l’America’s Cup avec son bateau Luna Rossa. En 2018, presque chaque marque collabore avec des labels de sportswear plus ou moins légendaires (de Gosha Rubschinkiy avec Adidas, Kappa et Sergio Tacchini à Damir Doma avec Lotto, sans oublier Vetements, qui a plus ou moins inventé la pratique).

Looks agressifs et touche de bourgeoisie

En intégrant Prada Sport, sous-marque un peu kitsch et presque oubliée, dans la collection Catwalk, la maison italienne se fait à nouveau désirable. Les fans adoreront. Tout comme les pièces en nylon noir imaginées par les designers Konstantin Grcic et Ronan & Erwan Bouroullec, ou les architectes Rem Koolhaas et Herzog et de Meuron.

De son côté, Francesco Ragazzi de Palm Angels rassemblait ses invités dans une cave désaffectée un peu claustrophobique, éclairée par des lasers verts et rouges hypnotiques. Des looks assez agressifs, entre punk et street pour garçons et filles, avec une touche de bourgeoisie: chaque mannequin tenait un petit sac à main bien sage. Chez Moschino, l’invitation était une vieille cassette vidéo, et le show inspiré d’une sextape des années VHS: masques en latex, cuir noir à volonté et une mode décidément moins drôle que d’habitude.

Nostalgie «forever»

La saison n’était pas uniquement sombre. Dans une reproduction d’un hall d’arrivée d’aéroport, Fendi assurait la livraison de malles Rimowa et autres bagages ornés du fameux logo double-F, pendant que les mannequins portaient des looks jet-set années 1970 revisités pour 2018. Sur la bande-son: «Follow Me», tube disco d’Amanda Lear. Chez MSGM, Massimo Giorgetti évoquait les étudiants d’une University of Causality imaginée, avec Franco Battiato en boucle. Loris Messina et Simone Rizzo de Sunnei confirmaient leur talent avec un show sans prétention dans l’entrepôt de la galerie de design Nulifar — jean à franges, couleurs vives, rayures juvéniles, et le t-shirt de la saison: We Should All Be Sunnei, petit clin d’œil à Dior.

Le plus beau show du long week-end milanais: celui de Marni, où Francesco Riso continue d’emmener la marque fondée par Consuelo Castiglioni vers de nouvelles aventures. Une salle majestueuse parsemée d’un assemblage d’objets trouvés faisant office de sièges improvisés: une voiture tampon, un aspirateur, un vieux téléviseur posés sur des cailloux. Riso s’est inspiré des souvenirs de sa propre enfance. Au final, un mix and match parfois invraisemblable, d’imprimés et de couleurs, de rayures et de carreaux, de nylon et de tweed, de costumes et de sportswears, de couvertures en laine et de bottes de pêcheur en caoutchouc. Gucci dans l’approche (on empile et on rajoute), en version jeune chien fou, moins baroque. Un défilé qu’on regardait avec les yeux grands ouverts, heureux d’être là, en attendant la fin du monde.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo lifestyle

Les secrets d'un dressing minimaliste

«Moins, c'est mieux», y compris dans sa garde-robe. En collaboration avec responsables.ch, la blogueuse et auteure de «Fashion mais pas victime» Mélanie Blanc vous donne ses conseils pour acheter modérément et rester branché.

Les secrets d'un dressing minimaliste

n/a