– Sur un bateau pour aller où?

– En Sardaigne avec mon épouse. C’est devenu un rituel de louer un yacht ou d’embarquer sur ceux de nos amis, à Porto Cervo.

– Et sur un pédalo, avec qui?

– Avec quelqu’un qui pédalerait pour deux, seul je n’irais pas loin. Disons mes filles Allegra et Violetta, pour passer un moment privilégié en famille.

– Fermez les yeux. Si je vous dis «de l’eau», que voyez-vous?

– Le bleu du ciel et de la mer qui se fondent à l’horizon.

– Votre spécialité à la piscine?

– Je m’allonge au soleil pendant des heures. Quand je dégouline, je saute dans l’eau.

– Vos premières larmes par amour?

– A 16 ans. Je pensais que le premier amour durerait toujours. Elle ne voyait pas les choses comme ça.

– Combien de bains par semaine?

– Je me baigne avant de dîner tous les soirs pendant vingt minutes, dans un silence total.

– Votre plus belle odyssée?

– L’entreprise de joaillerie et d’horlogerie De Grisogono que j’ai fondée en 1993. Nous n’avions ni nom, ni argent, ce qui ne nous a pas empêchés de connaître très vite le succès et la gloire. Comme toute histoire d’amour, au début, c’était l’exaltation, mais l’aventure a parfois viré au cauchemar. A la longue, je me suis habitué à ces rebondissements perpétuels.

– Et votre pire costume de bain?

– Un short décoloré avec les années. J’ai tendance à garder mes vêtements, même ceux qui ont 18 ans. Le temps leur donne un effet vintage que je trouve très beau.

– Votre vie: un verre à moitié vide ou à moitié plein?

– A moitié plein. Je vis au jour le jour, sans trop réfléchir et en me fiant à mes émotions. Si je prends des gifles, je continue.

– Une saison en eaux troubles…

– Jusqu’à présent, l’année 2009 a été catastrophique pour les affaires. Notre maison a été fortement touchée. Mais la tendance devrait s’inverser. L’été, la chaleur, les corps dénudés, cela donne envie de porter des bijoux, non?

– Henniez bleue ou Henniez verte?

– Je bois toujours de l’eau plate Evian, que commande ma femme en quantité pour la maison.

– Ce qui vous fait perdre pied?

– L’idée de la mort et des maladies. C’est la seule chose que je ne peux pas contrôler dans ma vie.

– La partie de vous que vous lavez en premier le matin?

– Les dents.

– Qu’entendez-vous quand vous avez la tête sous l’eau?

– Aucune idée. Je ne me détends jamais complètement en nageant ou dans mon bain. Je pense à tout ce que je vais devoir faire après.

– Quel goût a l’eau bénite?

– Un goût différent, familier, mais que je ne pourrais pas décrire. J’en mets toujours sur mes lèvres quand je fais le signe de la croix. Je me recueille dix minutes à l’église plusieurs fois par semaine. C’est le seul moment où j’arrive à faire le vide.

– Sticks de poisson ou caviar?

– Caviar. Malheureusement, je n’en mange pas beaucoup. C’est très mauvais pour le cholestérol.

– Sel de mer sur la peau. Vous rincez ou vous léchez?

– Je le garde jusqu’au soir, pour sentir la mer sur moi le plus longtemps possible.

– Quelle boisson pour accompagner votre dernier repas?

– Une dizaine de vins différents et une bouteille d’eau russe. Mais si je savais ce qui m’attendait après le repas, il n’y aurait pas assez d’alcool dans le monde qui puisse me faire oublier la peine de mourir.

– Ô rage, ô désespoir…

– Le désespoir ne dure jamais très longtemps. La vie est bien trop belle.

Fondateur et président de la marque horlogère suisse De Grisogono.