Saga

Fendi, ferveur romaine

Dynastie familiale devenue emblème du luxe italien, la marque au double F n’a jamais cessé de capitaliser sur son histoire pour écrire la mode de demain

Ce n’est pas un bâtiment. C’est une folie architecturale, une rupture avec le réel. Une tour orthogonale de 60 mètres de haut aux proportions exemplaires, soit quatre façades rythmées par 54 arches rigoureusement identiques, le tout entièrement habillé d’un travertin immaculé. Monumental, sans aspérités, le style impressionne autant qu’il tétanise. Bienvenue au Palazzo della Civiltà Italiana, dans la périphérie sud de Rome. Surnommée le «Colisée carré», il a été inaugurée en 1940 à l’occasion d’une exposition universelle qui n’a jamais eu lieu, Seconde Guerre mondiale oblige. C’est ici, dans cet édifice où se télescopent l’esthétique classique de la Rome antique et le modernisme, que Fendi a choisi d’installer son siège social en 2015, ainsi que son atelier de fourrure.

En cette pluvieuse journée de mars, quelques semaines viennent à peine de s’écouler depuis le décès – le 19 février – de Karl Lagerfeld, directeur artistique des collections femme depuis 1965. Désormais, Silvia Fendi tient seule les rênes créatives de la maison fondée par ses grands-parents, propriété du groupe LVMH depuis 2001. Au détour d’un regard, d’une intonation, l’émotion est palpable, mais pas question de verser dans la nostalgie.

Chez Fendi, on met un point d’honneur à aller de l’avant, tel que l’aurait souhaité le Kaiser. L’affaire du moment, c’est le lancement d’une nouvelle collection de montres baptisée Forever Fendi (voir encadré). Un événement que la direction tenait à organiser au Palazzo. «C’est une façon de montrer que nos créations horlogères font partie intégrante de la maison. Elles constituent l’une des nombreuses portes d’entrées sur l’univers Fendi et expriment la marque de façon parfaitement cohérente avec le reste», se félicite Serge Brunschwig, PDG de la troisième marque du groupe LVMH par le chiffre d’affaires. A l’ère du luxe globalisé, Fendi a compris que ses clients n’investissent pas seulement dans des objets, mais aussi dans une histoire, des valeurs et un mode de vie. Chez Fendi, tout cela se résume d’abord à une ville: Rome.

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Bousculer les conventions

Tout commence en 1925, lorsque Adele et Edoardo Fendi ouvrent leur premier magasin de sacs à main et leur atelier de fourrure via del Plebiscito, à Rome, bien sûr. Après la Seconde Guerre mondiale, les cinq filles du couple entrent en jeu. Jeunes, passionnées, réceptives aux idéaux de la deuxième vague féministe, Paola, Anna, Franca, Carla et Alda vont façonner l’affaire familiale à leur image.

Le manteau de fourrure en tant que symbole de réussite sociale, ce vêtement long et lourd que les hommes de la haute société offrent orgueilleusement à leur femme, elles rêvent de le déniaiser, d’en faire un objet de mode affranchi des conventions. Pour y parvenir, elles font appel à un créateur étranger, – une audace à cette époque – un certain Karl Lagerfeld. Sans complexe, le nouvel ami allemand rase, coupe, teint les peaux, les déstructure, les allège. Certains hurlent au blasphème. Le Kaiser n’en a cure et va jusqu’à imaginer ce qui deviendra la griffe de la maison: un logo sous forme de deux F renversés pour Fun Furs (fourrures marrantes). La notoriété de Fendi explose.

L’autre coup de génie viendra de Silvia Fendi. Après quelques années passées au Brésil, où elle tentait d’échapper à son destin, la fille d’Anna rejoint l’entreprise familiale à la fin des années 1980. Le retour aux racines, toujours. En 1997, la mode surfe à toute allure sur une vague minimaliste d’où jaillissent de grands sacs en nylon noir sans logo. La petite-fille Fendi, elle, prend le risque de se noyer en dessinant le «Baguette», petit sac au glamour extravagant à porter comme une ficelle de pain, dans la main ou sous le bras.

Comme Karl Lagerfeld avec la fourrure, Silvia Fendi traite l’accessoire comme un vêtement et non comme un objet sacré, n’hésitant pas à le décliner en matières inattendues pour l’époque, comme le jean, la maille, les sequins. A la surprise générale, le succès est colossal et le Baguette devient un classique de la mode, dont il existe aujourd’hui un millier de versions. «Je voulais simplement créer quelque chose de nouveau, sans trop penser au passé, bien qu’il m’arrive de m’inspirer de certaines techniques anciennes», explique Silvia Fendi.

A la tête du département accessoires (mais aussi des collections homme), la créatrice signera bien d’autres succès, tel les pompons en fourrure colorés à accrocher à son sac. Le plus fameux est une figurine poilue à l’effigie de Karl Lagerfeld, le Karlito. «L’une des caractéristiques de Fendi, c’est sa légèreté. Ce n’est pas une marque qui se prend au sérieux, elle accepte la futilité et s’adonne volontiers à l’autodérision», observe Serge Brunschwig.

Excellence et rigueur

Humour et spontanéité ne veulent pas dire laisser-aller. Chez Fendi, on s’amuse, mais, surtout, on travaille. Et l’audace du design n’explique pas tout. Sa place au sommet de la pyramide du luxe, la marque l’a également acquise grâce à un savoir-faire d’excellence, à sa capacité à transfigurer des matières exceptionnelles et à créer des assemblages inattendus.

Je ne suis d’ailleurs pas sûr que les fourrures synthétiques issues du pétrole soient une solution gagnante pour la planète

Serge Brunschwig

Quant aux critiques qui éclaboussent la maison à propos de son usage de la fourrure, Serge Brunschwig les écarte d’un simple revers de main. «Nous sommes très stricts en matière de bien-être animal. Toutes nos peaux proviennent d’élevages contrôlés où les animaux sont traités de matière éthique. Je comprends très bien que des gens ne désirent pas acheter de la fourrure, mais il faut éviter l’idéologie. Je ne suis d’ailleurs pas sûr que les fourrures synthétiques issues du pétrole soient une solution gagnante pour la planète. J’ajoute que nos artisans sont des gens passionnés qui font perdurer un savoir-faire extraordinaire.»

Pour soutenir les arts, Fendi ne se contente pas d’embaucher et de former des artisans. Fidèle à ses racines romaines, la maison de luxe a intégralement financé la récente rénovation de fontaine de Trevi, illustre décor du film La Dolce Vita. En partenariat avec le musée de la Galerie Borghèse, Fendi est également en train de créer un centre d’études et de recherche consacré au Caravage, un projet accompagné d’un vaste programme d’expositions à travers le monde. Chez Fendi, les chemins commencent et se terminent toujours à Rome.


L’élégance FF au poignet

En 1988, Fendi est une des premières griffes de mode à se lancer dans l’horlogerie. Pour séduire les femmes, une clientèle réputée difficile en matière de montres, la marque italienne a pris le parti de décliner les codes qui ont fait son succès sur les podiums. Après le boîtier habillé de fourrure (Fendi My Way) ou le cadran frappé d’un F (Run Away), voici la collection Forever Fendi.

L’élément phare? Un élégant bracelet inspiré du fameux logo FF. Au choix, une version en acier déclinable avec un cadran arrondi en malachite, œil-de-tigre ou nacre. Plus opulente, la version noir et or au cadran incrusté de diamants permet une allure plus sophistiquée. Le tout accompagné d’un mouvement quartz made in Switzerland et d’index couleur or jaune ou argent sur le cadran, qui se dévoile sous la glace en cristal saphir. 

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