Mode 

Flore Girard de Langlade, créatrice tous terrains

Lauréate du nouveau prix La Redoute x HEAD, la créatrice Flore Girard de Langlade signe pour la marque française une collection capsule fraîche et vaporeuse. Rencontre avec un talent prometteur

Flore Girard de Langlade est à l’aise aux quatre coins de son métier. Tenues pour homme ou femme, couture ou prêt-à-porter, cuir ou jean: à tout juste 27 ans, cette diplômée en design mode de la Haute Ecole d’art et de design (HEAD) de Genève déploie son vocabulaire mode avec une étonnante maturité. En octobre dernier, cette Marseillaise a remporté le tout nouveau prix La Redoute x HEAD, qui lui a permis de créer une collection capsule été 2018 pour la marque française. «J’aime son approche des pièces classiques, auxquelles elle a su rendre toutes leurs lettres de noblesse. J’ai été sensible à son sens du détail, son travail sur la matière, son souci de l’esthétique et enfin j’ai été conquise par son vestiaire masculin sensuel et féminin», se réjouit Sylvette Lepers, responsable partenariats créateurs et image chez La Redoute.

En vente dès ce mois, les créations de Flore Girard de Langlade – actuellement en stage au sein de la maison Chloé, à Paris – lui ressemblent: elles invoquent son Sud, une idée romantique, fraîche et contemporaine de la féminité, dont on aimerait porter toutes les pièces

T: A quoi ressemble votre collection pour La Redoute?

Flore Girard: On y retrouve les pièces fortes de ma collection de master, dont les découpes inspirées des grandes capes de toréador ont été retravaillées et simplifiées. Il y a une blouse et une robe asymétrique plissées, un trench-cape drapé extra-large, une combinaison en jean et un jean.

Comment avez-vous été impliquée dans les différentes étapes de la collaboration?

J’ai redessiné les pièces qui avaient été les coups de cœur de La Redoute, en prenant en considération les directives commerciales. J’ai simplifié et réajusté les pièces pour qu’elles soient plus portables, tout en tenant compte de mes envies.

Lorsque je travaille sur le corps de la femme, je me lasse plus vite, je trouve difficile d’arriver à un résultat original

Quels compromis avez-vous dû faire?

Comme tous les jeunes designers qui créent des vêtements, c’est le détail qui me tient à cœur. Mais sur le marché, c’est l’impact visuel et la portabilité qui priment. J’ai donc dû avoir un œil plus commercial. J’ai aussi dû apprendre à déléguer, car il est impossible de garder la mainmise sur toutes les étapes de création. Je me suis rendu compte que je n’aimais pas du tout cela. La plus grosse concession a été de renoncer au cuir, à la demande de la marque. Mais rien n’a été fait sans mon aval.

Votre collection de master était une collection homme. Celle pour La Redoute s’adresse aux femmes. En quoi est-ce différent?

Je trouve le corps de l’homme plus facile à appréhender. En termes de mode masculine, il reste beaucoup à explorer, on se laisse plus facilement surprendre. Lorsque je travaille sur le corps de la femme, je me lasse plus vite, je trouve difficile d’arriver à un résultat original. Mais cette collaboration avec La Redoute est une bonne opportunité de ne pas laisser complètement la femme de côté. L’idéal serait de faire les deux, soit séparément, soit en jouant sur l’ambiguïté. Dans ma collection de master, l’homme n’est pas vraiment viril, il y a des proportions vraiment sensuelles et féminines. Tout a été travaillé sur des femmes au départ. La collection s’adressait d’ailleurs aussi à elles.

Parlez-nous de l’influence de vos racines dans votre travail.

Elles sont omniprésentes. Le Sud est tellement riche en couleurs, en textures, en ambiances et en atmosphères. Il y a toujours quelque chose de nouveau qui me saute aux yeux quand je rentre. Je me laisse à chaque fois envahir par la fascination que j’ai pour ma ville, Marseille, par les lumières, les rencontres. Ma région, je l’ai un peu idéalisée en partant et cela m’offre une vision plus fantasmée, une liberté quand je cherche et expérimente. C’est une source inépuisable d’inspiration, l’expression de mon appartenance.

Quels sont vos projets futurs?

Je suis actuellement en stage chez Chloé pour six mois au studio cuir et fourrure, une bonne opportunité de me spécialiser dans ce domaine. C’est également un moment d’introspection où je réfléchis à ce que j’ai envie de faire, et où. Paris me permet d’habiter une des capitales de la mode et de développer un réseau professionnel, mais à terme j’aimerais rentrer à Marseille. Dans le cadre de cette collaboration avec La Redoute, j’ai créé une structure d’auto-entrepreneur. J’aimerais travailler pour moi, mais je ne sais pas encore sous quelle forme.

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