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Comme une envie de profiter de l'été indien dans un chalet de poche et de luxe
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Montagne 

Fonctionnels et élégants, les minichalets optimisés fleurissent dans les Alpes 

Mayens aux façades percées, greniers de village transformés en cocon de bois... L’architecture contemporaine assure l’avenir du patrimoine alpin. La preuve par trois

En marge des grandes résidences en bois centenaire importé de loin l’est un autre style de chalet. Des mayens dont les façades en madrier ont été percées discrètement et les socles d’origine reconstruits en béton pour gagner de l’espace. Ces objets agricoles désuets renaissent par dizaines dans les Alpes, sous l’impulsion de nouveaux propriétaires en phase avec la montagne et les poutres authentiques.

«De plus en plus de gens s’intéressent aux possibilités d’acheter des raccards ou des mayens, mais aussi des granges ou des greniers de village pour les transformer en habitations de vacances», témoigne Laurent Savioz, cofondateur du bureau Savioz Fabrizzi Architectes à Sion, l’une des références romandes en la matière. Mais tout l’enjeu réside dans la capacité d’optimiser ces espaces limités sans dénaturer leur image d’Epinal.

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Pour ce genre de rénovations, chaque mètre compte. Comme en témoignent les mayens du hameau Anakolodge situés au-dessus d’Evolène, à louer le temps d’un week-end, ainsi que les trois habitations privées qui suivent. Une manière juste et belle d’assurer la pérennité du patrimoine architectural vernaculaire de montagne.

Grenier bien aimé

Dans les villages valaisans, les greniers font partie du paysage. Pendant des décennies, ils étaient partagés par plusieurs familles. Chacune avait son espace de stockage. C’est ce qui explique que ces volumes en madrier étaient percés par de grandes portes, comme une boîte secrète, sur plusieurs côtés. Celui-ci avait été construit dans la deuxième partie du XIXe siècle, à l’entrée du village de Praz-de-Fort dans le val d’Entremont, où il était laissé à l’abandon.

Dans le cadre de sa transformation, il a été démonté, puis remonté l’an dernier quelques kilomètres plus loin, à Saleinaz. Le programme de ce propriétaire négociant en vins consistait à créer dans ce petit volume existant de 60m² de surface au sol un grand espace à vivre, un bureau, une chambre à coucher avec une salle d’eau en mezzanine, et aussi deux chambres d’amis.

Pour cela, l’enveloppe existante a été totalement évidée pour accueillir une nouvelle structure indépendante, comme une seconde peau. «Ce détachement nous a permis de recréer entièrement le volume, en privilégiant des demi-niveaux ouverts, mis en relation les uns avec les autres. L’habitation est traitée comme un seul espace continu, hiérarchisé par ses différentes hauteurs. Un matériau unique, le chêne, compose toutes les boiseries, y compris dans la cuisine et les rangements sur mesure. Ce bois clair contribue à donner une image harmonieuse de l’intérieur et agrandit visuellement l’espace tout en lui donnant une touche contemporaine», détaille Laurent Savioz, architecte coassocié du bureau Savioz Fabrizzi Architectes.

La chambre et le bureau du propriétaire, plus intimes, sont placés dans la partie supérieure de la grange, surplombant le séjour et la cuisine. Le socle, reconstruit en béton brut apparent, évoque la minéralité de la structure d’origine qui était en pierre et accueille les deux chambres d’amis dans un nouvel espace semi-enterré. Ce dernier est raccordé à la grange par un bandeau vitré placé en retrait de la façade, afin de minimiser sa présence, qui attire la lumière naturelle jusqu’au sous-sol.

«Quelques nouvelles ouvertures ont été placées pour faciliter les relations avec le contexte naturel environnant. Le filtre extérieur formé par les ruchines existantes a été légèrement densifié dans l’idée d’obtenir des façades plus homogènes et plus proches de l’aspect historique de la grange tout en créant une certaine intimité pour les habitants», laisse imaginer l’architecte.

«Je cherchais depuis longtemps une opportunité dans cette prairie de Saleinaz, bordée par une moraine glaciaire transformée en forêt, relève Jacques Perrin, directeur du Club des Amateurs de Vins Exquis. Un havre de paix très sauvage. Un lieu encore secret, prisé de quelques penseurs et écrivains. J’ai d’abord acquis le terrain puis cette grange assortie d’un permis d’être déplacée. Implanter une grange sur une prairie de pâture peut paraître un peu décalé, mais les villageois me disent qu’ils ont l’impression qu’elle a toujours été là. Dans cet espace extraordinaire de 14 mètres de haut, toutes les boiseries ont été réalisées avec un seul chêne du Tronçais qui date comme la grange des années 1850. C’est comme si je vivais au sein de cet arbre ou dans un fût de chêne, un clin d’œil à ma profession. Je suis sensible à l’énergie tellurique très énergisante du lieu. L’ensemble me donne une impression de liberté et de sérénité. Chaque fenêtre est comme un tableau ouvert sur la nature. J’ai le sentiment d’être témoin privilégié de quelque chose de rare: la montagne telle qu’elle était il y a un siècle, inchangée dans cette vallée étroite et sauvage.»

Renaissance d’un mayen

En Valais central, un mayen d’été qui servait originellement de logement pour un alpage, appartient à une famille valaisanne depuis quatre générations. En quête d’une renaissance, l’arrière-petite-fille s’est adressée au bureau Savioz Fabrizzi pour relever cette gageure. «Le principal défi était de réussir à placer une chambre à coucher parentale, un espace de couchage pour les enfants, un séjour et une cuisine dans ce volume restreint, caractéristique de ce type de bâtisse agricole montagnarde», décrit Claude Fabrizzi associé du bureau Savioz Fabrizzi Architectes. Le chalet, qui ne pouvait pas être agrandi, comprenait 60m² répartis sur deux étages: un socle en maçonnerie dans la partie inférieure se prolongeant dans la partie supérieure pour offrir une assise dans la pente à la seconde partie en madrier. 

Point fort du projet de transformation, les architectes ont eu l’idée de percer les deux façades boisées afin de disposer d’un espace vide transversal. Cette partie ouverte sur l’extérieur accueille une cuisine traitée de manière contemporaine, avec un béton apparent sur un îlot central. «Grâce à deux grandes fenêtres coulissantes, cette pièce s’apparente à une terrasse et contribue au sentiment d’unité avec la montagne. Mais lorsque la famille est absente, deux panneaux en bois recouvrent les deux baies vitrées, redonnant ainsi au mayen son image originelle», insiste l’architecte.

Ce volume lumineux a aussi l’avantage de diminuer le nombre de percements à créer dans les façades. Entièrement dégagé sur toute la hauteur, il est par conséquent en relation visuelle avec la mezzanine, accessible par une échelle, où dorment les enfants. Le salon est disposé sous cette dernière. Des ouvertures horizontales taillées dans les madriers cadrent des vues sur le paysage. Les espaces privés, comme la chambre à coucher parentale et la salle de bains, sont intégrés dans le socle. L’ancienne entrée de l’écurie a été remplacée par une ouverture vitrée, qui elle aussi est dissimulée par une porte en bois.

«Ce chalet situé sur une zone non à bâtir appartenait à mon arrière-grand-père, nous avions donc un droit acquis de rénovation dans le gabarit existant, explique l’héritière. Enfant, j’y passais tous mes étés. C’était très vétuste: on s’éclairait à la bougie et on se lavait au bassin. Je voulais désormais en faire profiter ma famille à l’année. La journée, nous nous tenons surtout dans la cuisine ouverte sur le paysage, en rapport direct avec la nature, les vaches juste à côté de nous, le gibier qui passe. La cheminée à double face accueille les fins de journée dans le salon. Assis ou debout, la vue est digne d’une carte postale à travers les ouvertures horizontales dans la façade. On se passe de télévision pour retrouver un rythme plus tranquille, une sorte de contemplation. Le charme d’être ensemble dans une ambiance cabane.»

Refuge minimaliste

En France voisine, en Haute-Savoie, la réserve naturelle nationale de Sixt-Passy et ses villages alentour comblent les amateurs d’une montagne tranquille et sauvage. Pour accueillir les nouveaux arrivants, les bâtiments existants sont optimisés autant que possible, même les édifices les plus inattendus. C’est le cas d’un ancien garage de 36m² sans électricité, ni eau, ni fenêtres à Sixt-Fer-à-Cheval fraîchement transformé en minichalet pouvant loger six à sept personnes. «Ce projet était un vrai terrain de jeu et de recherche pour maximiser chaque espace, sans parler des contraintes imposées sur l’enveloppe extérieure qui, elle, devait rester vernaculaire et classique», explique Lætitia Viallon, architecte d’intérieur pour le compte du bureau Fables de Murs, dont le siège est à Paris. Le but était aussi de suivre une démarche écoresponsable limitant la consommation énergétique de l’enveloppe selon trois axes: l’isolation renforcée, l’exposition sud et ouest des nouvelles ouvertures ainsi qu’une ventilation par géothermie.

La pièce principale s’articule face à une boîte noire de 4m² qui accueille, l’air de rien, toutes les fonctions techniques. «De prime abord, il s’agit d’une simple cuisine ouverte sur le séjour. Mais qui dissimule à gauche, la salle d’eau et à droite, les toilettes et le chauffe-eau. Cette optimisation a été articulée selon trois dimensions, comme un puzzle, avec des volumes qui s’emboîtent méticuleusement et des placards accessibles à tous les niveaux pour ne perdre aucun millimètre», poursuit la conceptrice du projet. Trois autres choix stratégiques contribuent à l’impression d’espace dans cette pièce minuscule: les perspectives vers l’extérieur au travers des ouvertures, l’escalier aérien et sculptural à pas japonais limitant son emprise au sol et la banquette qui fait office de coffre de rangement, d’assise supplémentaire et de lit d’appoint.

Au premier étage, l’esprit dortoir règne. Trois loges dimensionnées pour des couchages doubles se trouvent sous les rampants de toiture. Ces trois espaces cloisonnés sont fermés par un rail de panneaux japonais en feutre anthracite. «Loin d’un chalet traditionnel, l’atmosphère intérieure est inspirée du style contemporain nordique sur le plan des associations de matières et de la simplicité des formes, mais aussi de la culture japonaise dans l’exploitation intelligente de l’espace restreint», conclut l’architecte.

«Notre démarche était totale. L’occasion de repenser un lieu pour nous mais aussi pour le marché locatif de vacances, expliquent Lætitia Viallon et son associé Jean-François Piron. Ce qui nous émerveille le plus, c’est le dégagement sur la Pointe de Sale à travers la grande baie vitrée de trois mètres. Une manière d’être dehors tout en restant dedans. Le but est aussi de vivre des moments de chaleur et de partage dans cette région où le temps vaut deux. Parfois jusqu’à douze personnes (le nombre de couverts et vaisselles correspondant dans les placards) lorsqu’on déploie la banquette. En haut, on est chacun chez soi, comme enveloppé dans un cocon, protégé visuellement.»

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