Le temps était couvert à Paris vendredi matin et les voiles de verre de la Fondation Louis Vuitton signées Frank Gehry se détachaient en multiples nuances de gris zébrées de noir sur le ciel, à l’occasion d’une visite pré-inaugurale. Comme un vaisseau qui aurait choisi de se poser là, mais qui pourrait tout aussi bien décider de repartir vers l’ailleurs dans un an, cent ans, mille ans.

Quand on demande à Frank ­Gehry si cet aspect «voyageur» de son œuvre était voulu, il sourit: «Jolie image. Je crée de manière intuitive. Chacun peut s’approprier ce bâtiment comme il l’entend.» Le centre d’art ouvrira ses portes au public le 27 octobre et proposera notamment une exposition de l’œuvre de l’architecte ou un concert du pianiste Lang Lang.

Des voiles, des icebergs, tout le monde y voit ce qu’il veut bien percevoir. «Le premier dessin correspond pas mal à la réalité du bâtiment», explique Bernard Arnault, président du groupe LVMH, à un petit groupe de journalistes. «Ce qui est étonnant! C’était un dessin abstrait et pourtant il y a une filiation assez nette.»

Il ne s’agit de loin pas d’une commande ordinaire. Et cela tient à la personnalité de l’architecte. «On a travaillé ensemble, explique Bernard Arnault. C’est très agréable de travailler avec lui car il écoute. C’était un travail d’équipe, un dialogue entre l’architecte et son client. On lui a demandé que les parties intérieures soient plus simples que l’extérieur, plus créatif, afin de respecter les œuvres qui seront présentées, ce qu’il a tout à fait accepté. C’est un architecte formidable, assez humble.»

Un vaisseau de verre

Pour réaliser ce vaisseau de verre, il a fallu deux ans de recherches préalables: «Nous n’avions pas la technologie nécessaire», explique Jean-Paul Claverie, conseiller de Bernard Arnault, pendant la conférence de presse. «Tout cela s’est fait avec beaucoup de passion», ajoute-t-il. «Il a fallu résoudre des défis technologiques car il y a deux ans il aurait été impossible de réaliser ce bâtiment. Il a nécessité 30 brevets d’innovation. C’est unique au monde. Il est déjà un cas d’école pour les bureaux d’architectes. Harvard est venu deux fois visiter le bâtiment avec ses étudiants.» Et de poursuivre: «Nous avions fait réaliser une étude en 1991: le site était inconstructible mais il était possible de détruire des bâtiments vétustes et dangereux pour le public et de construire un bâtiment au mètre carré près. Ce défi, Frank Gehry est passé au-dessus pour réaliser une œuvre poétique lyrique.»

La Fondation Louis Vuitton a été construite sur un terrain qui appartient à la Ville de Paris et est donc au bénéfice d’un bail emphytéotique: dans 50 ans le bâtiment deviendra propriété de la municipalité. C’est donc un somptueux cadeau que LVMH offre à la France.

«Ce bâtiment n’est pas statique, explique Frank Gehry. Il est ouvert au changement. C’est un lieu vivant qui peut devenir autre chose tout le temps. Il n’y a rien de précieux.» Puis il ajoute: «Quand on crée quelque chose comme ça, on se dit: «Holy shit, qu’est-ce que je vais faire après ça?»

Bernard Arnault compare cette œuvre architecturale, par son importance et son impact, à la tour Eiffel. «C’est une œuvre qui va refléter le début du XXIe siècle. Un ensemble tout à fait exceptionnel qui montre que Paris est une capitale essentielle au niveau de la créativité.» Et quand on lui demande combien cela a coûté, le président de LVMH répond: «On ne chiffre pas un rêve.»