Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

couture

Fragile beauté

Le calendrier de la haute couture évolue à un rythme lent. Il arrive pourtant que certains noms s’en effacent pour laisser d’autres apparaître. A l’issue de la semaine de la couture parisienne, en juillet dernier, on en avait appris un nouveau: Rabih Kayrouz. Rencontre lumineuse en son atelier.

C’était à l’issue de la semaine de la haute couture à Paris. Une antépénultième présentation, dans l’ancien Petit Théâtre de Babylone du boulevard Raspail devenu atelier de couture. Celui d’un couturier libanais, Rabih ­Kayrouz. Un nom encore inconnu – on ne savait pas alors qu’il n’était pas destiné à le rester.

C’est toujours un pari, la découverte d’une nouvelle collection créée par quelqu’un dont on n’a jamais entendu parler. On y va avec des a priori, forcément. Allait-on assister à une envolée de robes de princesses libanaises? A un travail de bon élève? A une inspiration d’ici et/ou de là-bas? Le seul indice, celui qui donne envie, celui qui fait se dire que l’on pourrait être surprise: une grenade rouge, stylisée, apposé sur le papier crème du carton d’invitation. Comme une promesse de volupté raffinée.

Lorsque l’on est arrivée dans cet atelier tout en lumière, peuplé de robes d’une légèreté, d’une simplicité…, ce fut le ravissement. Des robes comme des mobiles de Calder, ou plutôt non, des voiliers, prêts à affronter les vents, tous les vents. Tenus par un fil. Voire deux. Un simple tissu, d’un luxe extrême, enroulé autour d’un corps que l’on imagine nu. C’est Bethsabée avant son bain sur les toits de Jé­rusalem, cette robe-là. Et celle-ci, réduite à l’essentiel, comme un haïku, ces poèmes japonais qui contiennent toute la beauté, la complexité du monde en trois phrases. Sur ses épaules, des ailes, des plumes déposées là comme pour lui donner le permis de voler. Brodées par Lemarié, l’un des ateliers d’art de la maison Chanel. On apprendra plus tard que la robe s’appelle Souffle nu. On songe à Madeleine Vionnet (lire pp. 48 et 49) devant cette simplicité revendiquée, cette beauté qui a le bon goût de ne pas s’imposer, mais qui laisse accroire qu’elle sera éphémère…

On n’était pas la seule d’ailleurs à être sous le charme de l’évidence: «C’est sublime de beauté!» répétait Loulou de la Falaise, qui pourtant en avait vu d’autres. Un tel compliment dans la bouche de la muse d’Yves Saint Laurent vaut bien une couverture de Vogue.

Et le couturier remerciait, souriait. Que pouvait-il faire d’autre que d’être tombé sous le charme du charme qu’il avait lancé à ses hôtes?

Cette présentation, au cœur de la semaine de la couture parisienne, n’avait rien d’aléatoire, ni d’anodin. N’entre pas qui veut dans le cénacle des couturiers. Rabih Kayrouz y a été convié en tant que membre invité, un statut temporaire d’une saison, qui peut être reconduit. La décision en incombe au comité de direction de la Chambre syndicale de la haute couture composé des membres permanents. Ce n’est qu’après cinq ans de présence régulière qu’un membre invité peut déposer une requête pour devenir membre permanent. Eux seuls ont le droit d’utiliser le terme haute couture arborant le statut de «grand couturier». Actuellement, ils sont onze, quinze avec les membres «correspondants» n’ayant pas leur siège en France, comme Elie Saab ou Giorgio Armani…

Voilà pourquoi Rabih Kayrouz fait pour l’instant de la couture tout court. Et une couture d’une poésie folle.

Il habille les femmes d’un rien, mais d’un rien qui vaut tellement plus que tous les plus, et surplus, vus parfois ailleurs, cette semaine-là. Son travail a l’élégance de ne pas dire l’effort. Pourtant, le raffinement se niche dans les détails, le cousu-main au point cellier, qui se voit, les nervures, les intérieurs, travaillés, prêts à être vus, même de manière furtive.

Il nous a présenté sa collection, robe après robe, nuée après nuage, en se racontant un peu. «Je suis à mi-chemin entre deux cultures, l’Orient et l’Occident, dit-il. Je prends de l’Orient le confort, le luxe, le raffinement des matières, le toucher. Et de Paris, j’ai appris la structure, la perfection de la coupe.»

Ses robes semblent ne tenir à rien. «Quand on dit qu’une femme enfile une robe, j’aime imaginer un tissu qui vienne l’envelopper.» Il glisse sa main entre les pans de cette robe voile, minimale, faite d’un seul morceau de tissu, qui aurait fait le bonheur d’Isadora Duncan. «Elle tient le corps de l’intérieur, par une doublure, que vous voyez dans la lumière. Et par-dessus, il y a comme un voile. Elle tient le corps de devant, et derrière elle s’arrondit. J’ai travaillé les dos arrondis, à la façon dont on jette un vêtement sur les épaules.»

Ses matières sont belles, et même s’il lui arrive de les maltraiter, il le fait pour leur bien. Comme ce gazar de soie blanc, qui a été écorché et repeint en noir à la main.

Il y a aussi cette robe de mariée de maille tricotée, une robe de danseuse. «Elle fait une silhouette de femme comme une bougie, avec des plumes, prête pour l’envol.» Cette robe, il l’a baptisée «Je vous souhaite d’être follement aimée, André Breton». Comme s’il enveloppait la mariée d’une pensée magique…

«On est à la fois proche du corps et loin du corps, dit-il. Le vêtement est comme habité. Cette collection s’appelle Nour, «la lumière». La lumière vient de partout. Elle est le seul critère qui compte lorsque je désire habiter quelque part. Je m’appelle Printemps – Rabih veut dire «le printemps» – et il me faut de la lumière pour m’épanouir.»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo lifestyle

Les secrets d'un dressing minimaliste

«Moins, c'est mieux», y compris dans sa garde-robe. En collaboration avec responsables.ch, la blogueuse et auteure de «Fashion mais pas victime» Mélanie Blanc vous donne ses conseils pour acheter modérément et rester branché.

Les secrets d'un dressing minimaliste

n/a