Je ne sais pas vous, mais l’histoire de la vente aux enchères de 1200 des 12 000 bouteilles de la cave de l’Elysée, fin mai, m’a bien amusé. Pas tellement le montant collecté, près de 900 000 francs, ridicule au regard de la dette de l’Etat français. Non, j’ai surtout retenu les réactions outrées qui ont suivi, en particuliers dans la branche viticole. Avec le président Hollande comme cible désignée. «C’est comme s’il vendait des tableaux du Louvre, comme s’il vendait La Joconde sous prétexte qu’il faut de la trésorerie», s’est indigné Olivier Poels, rédacteur en chef adjoint de La Revue du vin de France.

C’est qu’au pays de la gaudriole, on ne badine pas avec le vin. De Bordeaux à Colmar, la vigne constitue un ferment de l’identité nationale. Elle aurait même «d’étroits rapports avec la formation de l’unité française», selon l’historien et géographe Roger Dion.

Du coup, la vente de Château L’Angelus 1961, Château Latour 1982 ou encore Petrus 1990, tous bardés d’une contremarque «Elysée», ce qui a encore fait monter les prix, est devenue une affaire d’Etat. D’autant que la présidence a indiqué vouloir utiliser l’argent encaissé pour acheter des vins «plus modestes» et reverser l’excédent au budget de l’Etat.

Servir des vins anonymes aux chefs d’Etat et autres VIP de passage à l’Elysée? La proposition a suscité un tollé sur les réseaux sociaux. Vendre une partie des bijoux de famille, passe encore, mais renoncer à abreuver les grands de ce monde avec les seuls produits «made in France» qui font encore rêver, il ne faut pas pousser. «Le symbole d’une Nation en pleine déliquescence», s’est insurgé un internaute. Des propos plébiscités par une avalanche de «j’aime».

Ces réactions illustrent la nostalgie d’une France puissante et prospère. Elles éludent un point central: il n’est guère imaginable qu’un président de la République, socialiste de surcroît, serve à ses hôtes des bouteilles à plusieurs milliers d’euros alors que le pays se débat dans la crise. Si on ne peut pas les boire, autant les vendre. Et profiter de l’occasion pour souligner que le patrimoine viticole français ne se résume pas à quelques grands noms prisés des spéculateurs.