élégance française

Gainsbourg au Panthéon

Grâce à une nonchalance calculée, le dandy de la chanson française était aussi une icône

«Classieux.» Il occupe, ne serait-ce que pour avoir inventé ce néologisme (classe et spécieux), une place à part dans le panthéon de l’élégance française. Serge Gainsbourg est même, selon Marc Beaugé, rédacteur aux Inrocks , «l’inventeur et la seule incarnation du style français, qui par ailleurs reste une chimère de l’élégance masculine. Gainsbourg est le seul à avoir donné vie à ce style, en atteignant un point d’équilibre idéal entre la raideur britannique du début de sa carrière et la subtile décontraction, cette nonchalance calculée propre aux Italiens, née des années Gainsbarre, à la fin de sa carrière.» Par ce grand écart entre Grande-Bretagne et Italie, il aurait donc incarné le style français quelques années au milieu de sa carrière, au cours des années 70.

Derrière son apparente négligence, Serge Gainsbourg avait en fait une rigueur maniaque. De l’entretien de sa barbe de cinq jours à l’usage du savon (Guerlain) et du parfum (Van Cleef & Arpels) en passant par sa garde-robe minimaliste, tout était soigneusement calculé. Vestes croisées à rayures tennis Renoma sur chemise Lee Cooper, jeans coupés en bas aux ciseaux sans ourlets, Repetto sans chaussettes, cœur en saphir autour du cou, Breitling Navitimer au poignet avec bracelet en platine (une commande spéciale)… Tout concordait dans cette silhouette unique, cette élégance à fleur de peau brandie comme un étendard que l’on cherche à dissimuler. La classe spécieuse.

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