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Fauteuil «Proust» de 2007 par Alessandro Mendini, tiré de la collection All’Aperto.
© Fabrice Gousset/Courtesy Galerie kreo

Design

La Galerie kreo, bien dans ses meubles

Fondateur avec sa femme, Clémence, de la Galerie kreo, Didier Krzentowski édite du design contemporain à Paris depuis bientôt vingt ans. Rencontre avec un collectionneur compulsif

Les buvards publicitaires et l’art contemporain. Les luminaires et les montres japonaises. «En ce moment, j’achète des bifaces, ces pierres taillées de la préhistoire, premier objet design de l’humanité. Sur ce marché, mes seuls concurrents sont les profs d’histoire. Pour les météorites, c’est encore mieux: je suis le seul à m’y intéresser.» Didier Krzentowski collectionne absolument tout, tout le temps. «C’est une sorte de névrose, je sais. Un truc qui remonte à l’enfance. J’ai toujours adoré amasser des objets.»

Famille d’industriels

Avec sa femme, Clémence, il a fondé à Paris la Galerie kreo qui fêtera, en 2019, ses 20 ans d’existence. Et comme un anniversaire ne vient jamais seul, l’année dernière, le couple organisait sa 100e exposition. Car de toutes ses passions, c’est le design avec lequel les Krzentowski se sont fait un nom. Marc Newson, Martin Szekely, Konstantin Grcic, Ronan et Erwan Bouroullec, Pierre Charpin, Jasper Morrison et quelques Suisses (Adrien Rovero, Big-Game), le casting kreo compte les créateurs design les plus courus du moment. Des noms connus, mais aussi des signatures toutes jeunes à qui le galeriste met le pied à l’étrier grâce à un prix de 5000 euros décerné chaque année pendant la Design Parade de la villa Noailles.

«On discute ensemble d’un projet que j’édite ensuite ou pas. Certaines pièces ont d’ailleurs été des hits de la galerie», explique l’éditeur de mobilier, qui n’était pas forcément parti pour faire de l’objet son fonds de commerce. «Je viens d’une famille d’industriels spécialisés dans les vêtements de ski. Je travaillais alors au département commercial. En 1985, l’entreprise, qui s’appelait Veleda, s’associe avec Jean-Claude Killy et devient leader du secteur.»

Premiers pas dans le design

Au début des années 1990, la marque décroche le contrat des Jeux olympiques d’hiver d’Albertville. «C’est juste après les JO que mon frère a décidé de vendre.» Didier Krzentowski quitte donc l’entreprise avec un joli bas de laine. Il embarque aussi Clémence, qui avait la charge, au sein de la société, d’organiser le parcours de la flamme. Passionnée de design, c’est elle qui avait mandaté Philippe Starck pour imaginer une torche complètement stylée.Auprès d’elle, Didier Krzentowski découvre le monde du mobilier. Et commence donc à en acheter.

«Au départ, je voulais monter une collection de chaises. Mais quand j’ai vu celle accumulée par Rolf Fehlbaum, le patron de Vitra, je me suis dit qu’il était impossible de régater. Je me suis rabattu sur les lampes, qui me fascinaient mais n’intéressaient strictement personne. Surtout celles de Gino Sarfatti, qui dans le domaine a tout inventé. En trente ans, j’ai ainsi pu constituer l’un des plus importants ensembles de luminaires du monde.»

Le travers de l'argent

Car, si Didier Krzentowski est animé par cette manie de tout collectionner en premier, c’est à la fois par passion mais aussi pour une question d’argent. «L’art contemporain m’a longtemps excité. Les choses commencent à m’intéresser lorsque je ne le comprends pas. J’aimais les travaux de Présence Panchounette et de Bertrand Lavier, j’aimais leur humour et leur liberté. J’ai fait mes armes à la Galerie de Paris et chez Gilles Dusein.» C’était le temps béni où une photo de Cindy Sherman se vendait 2000 dollars et où Didier Krzentowski pouvait acheter toute une exposition de photos de Nan Goldin sans appeler son banquier.

Evidemment, aujourd’hui, c’est une autre histoire. «Maintenant, c’est un milieu qui m’insupporte. L’art est devenu un produit purement financier. Même les bonnes galeries sont tombées dans ce travers.» Un travers qui touche aussi le design contemporain, où certaines pièces s’affichent désormais à des prix inabordables. Ce qui explique pourquoi le galeriste s’est mis aux silex taillés et aux cailloux venus de l’espace. «Tout l’argent que je gagne me sert à compléter mes ensembles.

Au départ, l’idée de kreo était d’appliquer au monde du design le métier d’agent de sportifs, que Clémence et moi connaissions bien, en mettant en relation des entreprises et des créateurs. On a tenu quatre ans avant de se laisser convaincre de s’orienter plutôt vers le métier d’éditeur et de marchand.»

La chaise à 3 millions

La Galerie kreo ouvre en 1999 dans un tout petit espace de la rue Louise-Weiss, là où se regroupent alors les meilleures galeries d’art contemporain de Paris. «Pour ma première expo, j’avais montré les doublons de ma collection: des lampes de Verner Panton, un combi-bar de Joe Colombo. Mais je ne me voyais pas continuer dans le vintage. D’autant que les collectionneurs d’art commençaient à s’intéresser au design contemporain.» Kreo expose ensuite les objets de Ron Arad, le designer anglo-israélien qui secoue Londres en fabriquant des fauteuils punk à partir de vieux sièges de Rover. «Quand il a vu notre lieu minuscule, il a paniqué. Mais le jour du vernissage, la galerie était pleine à craquer. L’idée d’éditer du mobilier avec des designers nous est ensuite venue naturellement.»

Le goût du bel objet fait son chemin dans les mentalités, mais sans non plus trop se presser. «Vous voyez la chaise Lockheed de Marc Newson, celle dont le prototype s’est vendu aux enchères 3 millions de dollars? Je l’ai eu pendant trois ans dans ma galerie et personne n’en voulait. Et puis les choses se sont emballées. Notre chance est d’avoir eu des gens de la mode comme Alaïa et Karl Lagerfeld parmi nos premiers clients», reprend l’éditeur, qui a déménagé en 2008 au cœur de Saint-Germain-des-Prés dans les 650 mètres carrés d’une ancienne boîte de nuit et possède une antenne à Londres.

En ce moment, c’est du côté de l’habitation que penche le cœur de Didier Krzentowski. «Le Kiosque qu’on a réalisé avec Ronan et Erwan Bouroullec pour la société immobilière Emerige, en 2015, est désormais commercialisé. Alors, oui, c’est un pavillon, démontable et mobile, pensé par des designers et non pas par des architectes. Ce qui fait que la démarche est très différente. Les premiers font des objets sans savoir où ils iront. Les seconds, forcément, sont un peu plus au courant.»

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