«Casser la langue. Enlever les mots. Ne plus vouloir faire rire à tout prix. Parler de croyance, réinjecter du sacré. Fabriquer du moche.» Cette invitation «à la désoccidentalisation» émane de Rébecca Chaillon et s’affiche ce mois à Genève sur un placard rose aux tracés psychédéliques signé Roland Lauth.

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Privé de spectateurs comme tous les lieux culturels, le TU-Théâtre de l’Usine va les chercher dans la rue avec 80 affiches créées par trois artistes qui, au-delà des phrases dansant sur le papier, diffusent leur voix via un QR code. La voix de Rébecca? Posée, précise, puissante.

Le besoin de concret

Des Eaux-Vives aux Pâquis. De la Servette à Champel. «Nous avons eu envie de quitter le monde virtuel pour un objet que chacun peut croiser lors de sa promenade du soir ou en allant faire ses courses», explique Léa Genoud, coprogrammatrice du TU-Théâtre de l’Usine avec Hélène Mateev.

Ces têtes chercheuses excellent dans la découverte d’artistes décloisonnant la pensée. Comme Rébecca Chaillon, Française d’origine martiniquaise. Souvent nue, cette performeuse s’inspire de Rodrigo Garcia pour interpeller le public sur des sujets polémiques. Dans Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute, elle enfile maillot et crampons et, avec dix autres joueuses de football féminin, interroge «le sexisme, l’intolérance homophobe et la violence raciste des hooligans» sur un mode direct et charnel. Dans Carte Noire nommée Désir, elle imagine un conte afro-futuriste dont les femmes noires sont les héroïnes. A Genève, son affiche s’amuse à remplacer le mot «art» par le mot «rat» pour «faire perdre le fil de celui qui regarde».

L’histoire, cette traîtresse

Même appel à brouiller les cartes de Jota Mombaça, artiste brésilien qui se décrit comme «pédé non binaire». Fasciné par les liens entre monstruosité et humanité, Jota invite, en anglais, à enterrer les traces sous des tonnes de fausses prophéties, car ce créateur ne fait «plus confiance à l’Histoire». Sur son affiche, sa voix est douce, dansante, délicate.

Quant à Olivier Marbœuf, le plus intellectuel du trio en sa qualité de commissaire d’expos, il s’intéresse aux minorités et aux veillées où la conversation fait office de mode de création. Sur un fond sombre et agité, celui qui est aussi producteur de films livre une ode magistrale aux clandestins, «à ceux qui veillent les images nègres, à ceux qui ne sont jamais tout à fait là». Sa voix est grave, grondante, généreuse.


TU dans la ville, partout à Genève, tél. 022 328 08 18.

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