Un jour, une idée

A Genève, le Bleu Nuit poursuit sa mue

Renaissance d'un lieu mythique: le restaurant monte encore d'un cran avec l'arrivée du chef Muhamed Muratovic

Simple, poétique, résolument accrocheur, le nom de cette enseigne intrigue avant même de connaître sa longue histoire et ses mets raffinés. A la fin des années 1980, le Bleu Nuit désigne un bar bien connu par une jeunesse locale mordue de punk rock. «A l’époque, on venait ici se renseigner sur les concerts à ne pas manquer à Genève. Les murs et même le plafond étaient couverts de plusieurs couches d’affiches. Situé juste à côté du disquaire Sounds, ce lieu composait, avec l’Usine et le Grütli, le triangle d’or de la culture alternative», se remémore Afshin Salamian, propriétaire de cette adresse branchée.

Bancs en bois provenant des anciens trams genevois, lampes en laiton et superbes posters graphiques: la sobriété de la décoration fait mouche. C’est Mike Joyce, un artiste new-yorkais passionné de punk rock et du graphisme moderniste suisse, qui a revisité des anciennes affiches de groupes de musique. Au charme des lieux s’ajoute la fameuse porte de frigo à franchir afin de découvrir la back room, un bar à cocktail qui se cache à l’arrière du bistrot.

Aux fourneaux depuis l’automne 2018, le chef Muhamed Muratovic régale désormais la clientèle avec sa cuisine de marché gourmande et créative. Après avoir fait ses armes sous Serge Labrosse au défunt Buffet de la Gare des Eaux-Vives, «Momo» a affiné sa pratique et ses envies dans de nombreuses enseignes genevoises, notamment aux côtés de Florian Le Bouhec à L’Artichaut, au Café de la Paix et pour finir au Bologne. Du jeu entre onctuosité et croustillant pour les brocolis à l’orange sanguine et au chorizo qui accompagnent les noix de Saint-Jacques en passant par la bisque de homard parfumée de verveine, il nous prouve avec brio son inventivité.

Le chef d’origine bosniaque déborde d’énergie. Instinctif et jusqu’au-boutiste, il renouvelle sans cesse ses propositions en élaborant un menu du jour à chaque fois unique et une carte qui change toutes les cinq-six semaines. «Je réserve également quatre à cinq suggestions hebdomadaires en plus pour satisfaire les envies des clients, vu que le restaurant compte de nombreux habitués. Il faut savoir surprendre quelqu’un qui revient plusieurs fois par mois, voire par semaine.» Pour accompagner cette course-poursuite des saveurs, la carte des vins fait la part belle aux petits vignerons et aux produits vivants.


Bleu Nuit, rue du Vieux-Billard 4, Genève, tél. 022 328 34 44, lu-me 12-15h et 18-0h, je-sa 12-15h et 18-02h. Tous les articles de la rubrique «Un jour une idée».

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