Boire et manger

A Genève, deux garçons 
dans le jus

Betterave, céleri, carotte, pomme et gingembre…
 Les jus frais de fruit 
et de légumes ont la cote 
et désormais leurs comptoirs. Rencontre avec Antoine Pictet et Daniel Beran, à qui l’aventure du «juice bar» 
a donné une pêche d’enfer

En cocktail ou en smoothie, brandés détox ou bio, par extracteur ou centrifugeuse, les jus sont absolument partout. Et les bars qui les pressent poussent en ville comme les champignons après l’orage. Symbole d’un nouvel art de vivre, ce marché en plein essor s’impose dans notre quotidien. Très loin du traditionnel jus d’orange, emporté par la vogue de la «vie saine», le bar à jus distribue ses doses de bien-être journalières sans modération. D’autant que l’association fruits et légumes autorise une infinité de combinaisons pour qui sait faire preuve d’imagination. Vous avez dit betterave, céleri, carotte, pomme et gingembre? Avant l’été, faisons le plein d’énergie positive. Les jus n’ont jamais eu autant la pêche. Antoine Pictet et Daniel Beran non plus.

Culture du frais

Après plus de dix ans dans une société genevoise de placement de produits, ces deux copains engagent leur complète reconversion. Et décident de quitter les marques de luxe pour les jus de fruit frais pressé, les tapis rouges hollywoodiens pour les comptoirs gourmands des boulangeries et surtout leur statut d’employé pour celui de patron. C’est ainsi qu’il y a deux ans, Fruit for Thought (FFT) – les fruits de la pensée – voit le jour. «Ce projet est né de l’interprétation de nos voyages à l’étranger, principalement aux Etats-Unis», se rappelle Antoine Pictet. «Nous avons remarqué un changement de culture et d’habitudes alimentaires auquel nous adhérons personnellement dans notre vie de tous les jours: consommer frais et local. Les juice bars entraînaient de la part des consommateurs une prise de conscience de valeurs simples mais très terre à terre. Nous avons donc pensé que cette culture healthy avait sa place en Suisse romande.»

L’idée du concept, c’est très bien, reste à trouver le bon emplacement. Une rencontre sera déterminante dans le développement de leur projet, celle de Pierre Laugeri, PDG du groupe Aimé Pouly, avec lequel ils s’associent dès le début de l’aventure. «Pour les jeunes entrepreneurs que nous sommes, il nous a donné notre chance en nous mettant le pied à l’étrier.» FFT bénéficie alors d’une synergie, d’un réseau déjà existant et de l’expérience d’un acteur économique de poids. La sauce prend. La machine est lancée; d’un premier point de vente à la gare de Cornavin de Genève, FFT réalise en quelques mois l’implantation de douze «corners fraîcheurs» en Suisse romande. La petite entreprise devient franchise.

Les quatre piliers du jus

L’approche d’Antoine Pictet et de Daniel Beran repose sur quatre piliers fondamentaux: à la minute, à la carte, de saison et de la région. Evitez de leur parler de jus encarafés ou embouteillés préparés très à l’avance. «Nous avons pour principe de presser nos jus devant nos clients, en fonction de leurs goûts et tout en respectant les produits du moment», explique Antoine. Un cocktail sur mesure servit avec le sourire. Un zeste de bonne humeur comme une volonté de promouvoir des valeurs positives, de raconter une histoire: celle du fruit.

Pour FFT, les produits sont principalement issus d’une agriculture écoresponsable, cultivés dans un périmètre local (à l’exception des agrumes et du gingembre). La sélection de la matière première respecte le calendrier des récoltes; «plutôt que d’utiliser des fruits et légumes qui ont fait quatre fois le tour de la planète en conteneurs, nous favorisons les circuits courts. Des fraises en été et non pas en hiver quand elles sont gorgées d’eau et produites en serre.» La réflexion ne s’arrête pas là puisque le packaging est entièrement constitué de produits recyclables, et donc 100% compostables. «A notre échelle, nous participons au respect de notre planète.» Et voilà le consommateur responsable rassuré.

Nouveaux bars

«J’ai adoré mon rôle de patron d’entreprise dès le début. Gérer sa propre affaire, son bébé, représente un vrai challenge», continue Antoine Pictet, qui se réjouit de démarrer un nouvel été à la fois «juteux», fructueux et stimulant. Plusieurs nouvelles ouvertures de bars à jus en Suisse romande sont planifiées. Les deux garçons pressés regorgent d’idées et envisagent même d’amener l’expérience FFT directement aux entreprises. «Il nous arrive parfois de regarder en arrière et de nous dire que tout est allé très vite», reprend Antoine Pictet, lui-même surpris par l’engouement du public pour ses boissons au naturel. Sachant qu’il existe une réelle demande pour des produits frais et sains, le duo a voulu que sa démarche soit aussi synonyme de plaisir et de partage. Mais Antoine Pictet garde les pieds sur terre: «Ce n’est que le début de l’aventure, tout reste à faire, mais plus que jamais, nous sommes hypermotivés. Comme on dit souvent: on n’est pas à l’abri que ça marche.»

Fruit for Thought, liste des points de vente sur www.fft.ch. A voir aussi le blog culinaire d’Edouard Amoiel

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