Il y a des histoires qui vous suivent toute la vie. Enfant, j’étais fasciné par la petite plaque en laiton, à quelques mètres du pont du Mont-Blanc, qui situe exactement le lieu en ville de Genève où Sissi fut assassinée par un anarchiste. Tout simplement parce que c’est une histoire à la fois de proximité et d’éloignement, de bonnes manières d’un autre âge et de violence extrême. Devenu adulte, je n’ai jamais pu vraiment résoudre l’équation complexe posée par cette histoire vieille de 120 ans. Elle met bout à bout «un personnage historique – dont l’image se confond avec une star de vieux films – finissant sa vie de manière dramatique dans un décor de carte postale». Des éléments si contrastés qu’ils créent une sorte de vortex et participent au mythe.

Sommes-nous des millions comme moi à toujours chercher Sissi ou son ombre entre l’hôtel Beau-Rivage et le Monument Brunswick? Par chance, j’ai trouvé la mienne. Je suis la carrière de Marina Rollman depuis pas mal d’années. Elle m’a bluffé un soir au Montreux Comedy Festival. Plus tard, elle a donné un discours mémorable au journal lors de la préparation d’une édition spéciale femmes. Pour motiver et mobiliser la trentaine de personnalités qui s’apprêtaient à écrire ce numéro, Marina nous a donné du lion à bouffer.

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L’humoriste genevoise de 32 ans est ce talent têtu qui vous fait exploser de rire avec ses vérités tellement bien pensées, écrites et délivrées. De sa ville, elle connaît les beaux quartiers mais elle a la gouaille de la rue. Ce tempérament nous a donné l’envie de lui donner le temps d’une journée un rôle particulier: jouer à l’impératrice à Genève au moment où tout réussit à la comédienne. Il n’y aura pas de scène de fin dans cette mise en scène, uniquement la montée en grâce d’une étoile.

Après trois ans passés aux côtés de Nagui, Marina Rollman poursuit sa collaboration sur France Inter comme chroniqueuse mais de manière plus occasionnelle. Elle reprend surtout son Spectacle drôle après un printemps confiné. La trentenaire se produira fin novembre à Genève et en Suisse. «Le spectacle va se poursuivre jusqu’à janvier 2022. La pause imposée m’a permis de faire la bascule. Désormais, j’écris et je lance des projets divers et variés dans le domaine scénaristique.» Marina Rollman se tourne vers l’écriture audiovisuelle et répond déjà à des appels d’offres de producteurs. Par ailleurs, l’envie de jouer n’a pas abandonné la stand-uppeuse mais, cette fois, devant la caméra: elle apparaît dans La Flamme, sur Canal+, adaptée de la série américaine Burning Love produite par Ben Stiller «que j’adore!». Elle aura aussi un petit rôle dans Dix pour cent, la série culte sur les travers d’une agence d’acteurs.

Casseuses de codes

De sacrés défis, mais rien de comparable à la grande ambition de l’artiste: «J’ai plein de choses à faire. Ce qui me motive? Faire bien des trucs compliqués en ayant recours à l’écriture.» C’est sûr, on connaîtra bientôt son nom en tant que scénariste: films, séries TV… Tout l’intéresse. «Je vois cela comme un artisanat. Je vais essayer de comprendre comment on écrit bien un scénario.»

La solitude du comique en scène, qui doit marquer à chaque réplique, lui pèserait-elle? Cette «punchlineuse» hors-normes rêve d’orchestrer une troupe de théâtre comme de revisiter l’opéra. Diantre, quel appétit! Comme Sissi, Marina Rollman casse les codes et ne s’interdit aucune exploration. Et pourtant, elle estime se trouver à ce moment de sa vie où elle a compris que: «la vie privée est plus intéressante que la vie publique». On la devine très amoureuse, elle qui parle souvent de son mari – fondateur et gérant d'un label de musique – et n’hésite pas à exprimer son désir de devenir mère. Ce qui la booste encore un peu plus dans ses ambitions professionnelles.

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«J’aime les comédies musicales, aussi.» Petite, Marina passait du temps chez ses grands-parents maternels, ses souvenirs se baladent entre les «films de l’âge d’or hollywoodien et Jacques Demy. Pour les enfants, je recommande ces films plutôt que bien des programmes soi-disant pensés pour eux et qui font sauter par la fenêtre les grands.»

Les films surannés, les costumes, la tendresse du temps passé: serions-nous en train de revenir à Sissi? Marina Rollman a accepté du tac au tac quand nous lui avons proposé d’incarner l’impératrice le temps d’un shooting. De 5h du matin, moment du rendez-vous en cette belle journée de juillet, jusqu’à 14h lorsque nous nous sommes quittés, Marina a été remarquable de professionnalisme, d’humour et de gentillesse avec toute l’équipe. C’est tellement suisse et gnangnan d’écrire cela, hein? Heureusement, tout n’était pas parfait. Pour cette chorégraphie autour de Marina en Sissi, il ne manquait finalement que la musique. Qu’à cela ne tienne: «Ecrire des chansons, pourquoi pas? Cela pourrait être beau de faire groover le français.»