Slash/Flash

Gigi/Shirley

Et si nos idoles n’étaient que des déclinaisons d’un nombre limité de modèles identificatoires? Et si les people n’étaient que des avatars? Et si le supermodel Gigi Hadid était la réincarnation de Shirley Temple?

Deux fillettes offertes comme deux friandises, et cela à quelque 80 années d’intervalle. Ce qui est bien peu de temps écoulé, tant les fillettes-friandises ne connaissent pas de Migros data.

Reprenons. Aujourd’hui, c’est le jour Gigi. Gigi? Ben oui, Gigi Hadid. La Gigi… Puisque vous vous obstinez à vous croire trop intelligents pour lire des magazines people, je reprends tout à zéro…

Gigi Hadid est le mannequin le plus célèbre et bancable du moment. Elle appartient à la deuxième vague des supermodels, une génération qui a éclos à la faveur d’Instagram. Gigi déclenche des émeutes, affole les tiroirs-caisses, s’étale sur des dizaines de campagnes de pub, donne de son temps et de son argent pour des projets caritatifs, tandis que ses amours avec divers garçons du showbiz déchaînent likes et cœurs rouges. Moins maigre que ne le veut son métier (tout est relatif), yeux de chat, jambes-compas, courbes sculptées, chirurgie discrète, pommettes impénétrables, air d’éternelle femme-enfant et de Barbie la pudeur, lassitude bon teint. Dans son genre, elle est en jette, Gigi.

Mannequin dès 2 ans

Gigi est la fille d’un promoteur palestinien qui a fait fortune à Beverly Hills et d’un ex-mannequin néerlandais qui devint une star de la téléréalité avant de gérer la carrière de ses filles – Gigi a une sœur, Bella Hadid, qui est en train de la dépasser. Gigi commença à poser à l’âge de 2 ans pour la marque Guess, en lolita parfaitement angélique. Dans le monde incestueux du showbiz actuel, Gigi est parente par alliance des sœurs Jenner, autres poids lourds du showbiz américain, mais en plus vulgaire.

La carrière de Gigi illustre au moins deux choses. 1) Une grande partie des idoles des adolescents, aujourd’hui, sont les enfants, terriblement aguerris, de parents qui ont baigné eux aussi dans le showbiz. 2) Il n’est pas rare que ces mêmes people ultra-célèbres soient liés par des liens de parenté – il n’y a pas que les GAFA qui soient aux mains d’un petit groupe, les people influenceurs aussi.

L’enfant-star des années 30

Gigi, c’est un peu l’arrière-arrière-petite-fille de Shirley Temple. Peut-être ce dernier nom vous dit-il quelque chose? Dans les années 30, cette écolière fille d’immigrés allemands aux Etats-Unis fut une enfant star comme on n’en vit jamais: Shirley débuta elle aussi à l’âge de 2-3 ans, mais tourna des dizaines de films avant sa puberté, dansant avec un vrai talent (et une vraie permanente). Elle possédait des fan-clubs sur tous les continents, recevait plus de lettres que Greta Garbo et gagnait plus d’argent que Clark Gable ou Cary Grant. Une fois adulte, Shirley Temple sortit de scène pour entamer une carrière diplomatique étonnante.

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Gigi, c’est le dernier avatar de tous ces enfants-stars qui, comme Shirley Temple, ont jalonné l’histoire du showbiz. Des enfants innocents à qui l’on demande de poser comme des friandises. Des corps-promesses. Sauf qu’hier ces enfants-stars disparaissaient à la puberté. Aujourd’hui, les Gigi et autres Kardashian se sont muées en femmes d’affaires avant d’avoir leur permis de conduire. Elles engrangent des millions de millions de dollars en produits de beauté et collaborations de luxe. Filles de riches, elles déclarent qu’elles veulent ne rien devoir à personne et s’empressent de dépasser la fortune de leurs parents. A chaque époque ses figures identificatoires. Les Shirley d’hier étaient des artistes en herbe. Les Gigi d’aujourd’hui sont des businesswomen. La valeur de la valeur n’attend plus le nombre des années.

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