Le Vin

A la Gordonne, la quête de l’excellence viticole

Paul-François Vranken a racheté le domaine en 2005 pour en faire une des locomotives de l’appellation. Visite guidée

Depuis une année, le château La Gordonne est en pleine rénovation. Des ouvriers s’activent dans les étages de la magnifique demeure provençale du début du XIXe siècle pour lui rendre son lustre d’antan. A la fin des travaux, en 2020, les lieux pourront accueillir les clients du groupe Vranken-Pommery (champagnes Pommery, Charles Lafitte, Heidsieck & Co Monopole, Vranken), qui a racheté le domaine en 2005. «Ce sera une magnifique carte de visite», souligne Nicolas Julian, vigneron et maître de chais qui travaille à la Gordonne depuis trente-six ans. Un nouveau bâtiment sera également construit pour couvrir la cuverie inox thermorégulée, actuellement en plein air.

Le vent du renouveau souffle également dans le vignoble de 300 hectares situé sur la commune de Cuers, au pied du massif des Maures. Baigné de soleil et d’embruns maritimes, le domaine est en conversion bio depuis cinq ans et sera certifié en 2021. En arpentant les coteaux de vignes qui ondulent dans le mistral, Nicolas Julian se réjouit de cette évolution: «Pour moi, c’est une conviction ancienne. J’appliquais déjà certains principes de l’agriculture biologique avant le rachat du domaine par Paul-François Vranken, avec notamment le maintien de l’enherbement entre les rangs. Aujourd’hui, il nous donne les moyens d’aller dans cette direction. C’est très motivant.»

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Selon le vigneron, 20% des domaines de l’AOC Côtes-de-Provence sont en conversion bio. Un mouvement de fond avec des enjeux multiples. L’enherbement progressif des vignes permet de limiter l’évaporation et favorise la biodiversité, mais implique aussi de trouver un nouvel équilibre des matières organiques dans le sol. Autre changement de fond: le réchauffement climatique, qui implique des besoins en eau plus importants. Aujourd’hui pourtant, le cahier des charges de l’AOC ne permet pas l’irrigation. «Nous devons obtenir une dérogation, mais en cas de besoin avéré on l’obtient», précise Nicolas Julian, qui bénéficie de toute l’installation nécessaire, avec de l’eau issue du canal de Provence.

Dans la ligne de l’appellation, le château La Gordonne produit 90% de rosé, avec un peu de rouge et de blanc pour diversifier la production. En rouge, l’encépagement est constitué principalement de grenache, mais aussi de syrah, de cinsault, de cabernet sauvignon, de mourvèdre et de tibouren. Soit «une large palette de couleurs» à la disposition de l’œnologue, qui peut les accorder en fonction des caractéristiques du millésime.

Les vendanges sont réalisées à la main depuis 2008. La récolte a lieu la nuit afin de profiter de la fraîcheur nocturne, grâce à la proximité de la mer. Ce choix permet de préserver la fraîcheur du raisin et de diminuer très fortement les risques d’oxydation. C’est d’autant plus important avec des vendanges qui ont lieu toujours plus tôt. «Au début de ma carrière, on ne commençait pas avant le 10 septembre, se souvient Nicolas Julian. Aujourd’hui, c’est aux alentours du 20 août, quand les journées sont encore très chaudes.»

Le domaine propose trois gammes de vins. La Vérité du Terroir et la Chapelle Gordonne sont tous deux déclinés en rosé, surtout, mais aussi en rouge et en blanc. Au sommet de la pyramide qualitative, on trouve le Cirque des Grives, un rosé de gastronomie issu d’un terroir de schistes. Elevée en barriques jusque dans le millésime 2017, cette petite production haut de gamme est désormais affinée dans trois amphores en grès. Un choix qui permet au millésime 2018 d’offrir beaucoup de fraîcheur et de précision.

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