effluves

Grâce aux billes, le parfum se fait nomade

Parfaitement adaptées à nos journées mobiles, les nouvelles applications à bille nous ramènent vers les gestes ancestraux du parfumage

L’image est encore présente dans bien des mémoires. Sur la coiffeuse d’une mère ou d’une grand-mère. Cette eau de parfum qu’il fallait retourner une fois ou deux. Avant que son bouchon de verre ne vienne caresser le cou, les poignets ou le creux du décolleté. Comme dans une danse intime, une ronde de gestes qui sculptaient le sillage du jour désiré.

Cette proximité de verre à peau est en train d’être revisitée par une nouvelle génération d’objets de parfumage. A l’opposé de l’écrin précieux qui ne quittait pas la chambre à coucher ou la salle de bains, des mini-bouteilles de parfum fermées par un système à bille invitent à faire rouler la senteur sur le corps.

«Les années 1980 et les décennies qui ont suivi ont surtout été axées sur les parfums vaporisés, analyse Santi Soto, responsable de la formation Dior en Suisse. Les eaux de parfum étaient réservées à une minorité d’adeptes de la sensualité de l’application. Depuis environ deux ans, on constate un retour à ce geste ancestral, dans une version contemporaine plus adaptée à la vie moderne que les vaporisateurs.»

Senteurs à la carte

Selon la spécialiste de la maison qui a décliné Miss Dior et Dior Poison en roll-on, la femme active qui court toute la journée, entre les rendez-vous professionnels, les transports en commun et les sorties nocturnes, prend avec elle son parfum pour des retouches. «Se vaporiser dans un lieu public est parfois gênant. Dans l’ascenseur, avant un rendez-vous, un coup de roll-on, par contre, est un geste discret qui ne laisse pas d’empreinte derrière soi», illustre-t-elle.

Devenu un art de vivre en constante évolution pour répondre aux changements de consommation, le parfum se réinvente donc en objet nomade, connecté à la peau. Le format réduit des bouteilles, avec son prix avantageux, colle par ailleurs bien aux personnes qui multiplient les parfums et choisissent une senteur selon la saison, l’humeur ou le moment de la journée.

Autre avantage, quand on se parfume de manière ample avec un vaporisateur traditionnel, on perd une partie du parfum, qui se diffuse dans l’environnement ambiant. «Avec le roll-on, la totalité du parfum vient se déposer sur la peau, ce qui permet un parfumage très précis sur tous les points de pulsation, cou, poignet, derrière les genoux, au milieu de la poitrine. C’est sexy et sensuel, mais en même temps discret», précise Santi Soto. Et ces nouveaux accessoires s’inscrivent dans la tendance de mixer les sortes de sillages et de varier les intensités, entre brume cheveux, brume corps, lait corps, vaporisateurs, roll-on.

La texture de ces parfums roll-on a aussi ses avantages. «Même si on reste sur une base alcoolique dans la plupart des cas, la texture est plus sensorielle, légèrement gélifiée», relève-t-elle.

D’autres marques travaillent carrément le parfum en huile, à l’instar de Byredo qui a décliné Bal d’Afrique, Gypsy Water ou encore Blanche. La gamme de roll-on Les Gestes Parfum de Diptyque offre une concentration élevée similaire à une eau de parfum mais sa formule est sans alcool. Pour cette collection qui concerne les fragrances L’Ombre dans l’Eau, Do Son, Philosykos, Eau Rose, la marque parisienne puise dans l’histoire du parfum tout en réinventant les textures pour offrir un nouvel art de se parfumer.

Seul bémol du parfumage des applicateurs à bille, on ne peut parfumer les vêtements, laisser une trace sur une écharpe, comme une empreinte dans le cœur. Par contre, on peut parfumer du papier. Pour un retour aux sources du romantisme, lorsqu’il était d’usage de parfumer les lettres pour marquer davantage la mémoire de l’autre.

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