Tout le monde est d’accord sur ce constat, autochtones compris: le Valais aime célébrer son patrimoine et cultiver sa différence dans une insularité revendiquée. Cette fierté légitime peut susciter quelques crispations, notamment avec la Berne fédérale en matière d’aménagement du territoire. Les choses sont beaucoup plus simples en viticulture. Les Valaisans savent qu’ils produisent les meilleurs vins de Suisse. Et personne ne songe à les contredire sur ce point.

Les vins liquoreux de la charte Grain noble ConfidenCiel constituent la quintessence de ce savoir-faire. Produits selon un cahier des charges très strict, ces nectars surmaturés sur souches sont des produits de luxe: ils sont rares (25 000 litres sont produits chaque année par une trentaine de vignerons), exclusifs et pratiquement introuvables en dehors du cercle des initiés.

Dans les millésimes favorables, les meilleurs producteurs, Marie-Thérèse Chappaz en tête, atteignent des sommets qualitatifs. Le Valais possède, comme le Sauternais, des conditions idéales au développement du botrytis cinerea, la fameuse «pourriture noble». Le cham­pignon rôti la vendange, concentre les arômes du raisin et donne au vin une complexité inégalée. Selon Per-Henrik Mansson, ancien «senior editor» de Wine Spectator, ils font partie «des plus grands liquoreux du monde, pas loin de Château d’Yquem» (LT du 30.07.2013).

Pour faire connaître ce potentiel exceptionnel, le secrétaire général de la charte Grain noble, Emmanuel Charpin, défend l’idée d’une cuvée commune à base de petite arvine dédiée à l’export. Reste à convaincre des vignerons qui vendent toute leur production qu’ils ont un intérêt à sortir de leur pays de cocagne pour séduire le vaste monde. Et faire ainsi rayonner la marque «vins du Valais».

La partie n’est pas gagnée. Les vignerons du Vieux Pays ont parfois des réflexes conservateurs stupéfiants. Prenez la petite arvine, justement. Fin 2012, le président de la cave Gilliard SA et accessoirement du PDC suisse, Christophe Darbellay, a obtenu du parlement fédéral la protection du nom du cépage pour le réserver exclusivement au vignoble cantonal. Un double autogoal: l’Organisation internationale de la vigne et du vin ne permet pas de protéger le nom d’un cépage, fût-il valaisan (LT du 05.12.2012); la démarche a renforcé l’image d’une région centrée sur elle-même, incapable de comprendre qu’elle aurait tout intérêt à faire des émules, même à l’étranger.