Voyage

Le grand réveil nocturne du Vietnam

De la tentaculaire Ho Chi Minh-Ville, au sud, à la faussement provinciale Hanoi, au nord, c’est au creux de la nuit que le pays opère la plus fougueuse de ses mues

C’est une belle nuit, chaude, forcément. On surplombe Saigon, sa folie, ses mille chantiers. On pourrait jouer à compter les bars en terrasse qu’on aperçoit depuis ce point de vue. On se prend à imaginer les gens qui sont perchés là-haut, au sommet de tours qui n’avaient peut-être pas encore surgi il y a un ou deux ans. Il est 1h du matin et le rooftop du Lighthouse commence à se remplir.

C’est que la nuit vietnamienne commence à faire parler d’elle. Entre les clubs de la tentaculaire Saigon, ceux de la capitale, Hanoi, et les festivals aux solides line-up qui poussent ici et là, le Vietnam est en train de se forger une culture de la nuit bien à lui.

Saigon bouge

«Il y a cinq ans, il n’y avait pas grand-chose», explique Yan, touche-à-tout hyperactif et féru de musique électronique, qui vient de poser ses valises à Saigon. Depuis quelques années, le quadragénaire lausannois, Vietnamien par son père, multiplie les allers-retours entre la Suisse et le dragon de l’Asie où il a vu la scène électro underground partir de presque zéro pour devenir le passionnant terreau qu’elle est aujourd’hui, encore jeune mais terriblement vibrante. Cette fois-ci, il a décidé de rester plus longtemps, histoire de profiter un peu plus de cette heureuse émergence et de se lancer dans un projet de restauration lié au club The Observatory.

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Laurent, alias DJ Ouch et cofondateur du label HRBR, est quant à lui arrivé ici il y a six ans. Habitué des platines du Lighthouse, bar à cocktails et club d’où nous observons la vie nocturne alentour, le Neuchâtelois a eu un véritable coup de foudre pour la ville lorsqu’il y a mis pour la première fois les pieds en 2011. Il était venu pour le mariage de son ami d’études Minh Anh, Suisse né de parents vietnamiens et comme lui DJ et ingénieur du son. Le temps de rentrer faire ses cartons, quelques mois plus tard, Laurent rejoignait son compère à Saigon avec de grands projets plein ses valises.

L’économie en plein boom, la vie bon marché, la facilité d’ouvrir un business, voilà des arguments qui ont fait mouche. «Les gens sont très entrepreneurs ici, on considère l’argent comme de l’énergie qu’il n’est pas bon de garder trop longtemps.»

Retour au pays

Au Lighthouse, on sonde la foule. Beaucoup d’Occidentaux, quelques locaux et puis des Vietnamiens d’origine, manifestement plus à l’aise en anglais que dans la langue de leurs aïeuls. La scène nocturne a été boostée par la communauté expatriée, mais elle attire aussi des locaux «pas forcément friqués, mais fous de musique», explique Laurent. Le terme «expatrié» est par ailleurs à prendre avec des pincettes, puisqu’on trouve parmi les fondateurs de cette scène alternative beaucoup de Vietnamiens de deuxième génération, qui ont grandi en Europe et maîtrisent peu la langue de leur pays d’origine, mais qui sont désireux de renouer avec leurs racines et fortement encouragés à le faire par le gouvernement.

Dan est de ceux-là. Tout comme Yan, son ami fraîchement débarqué à Saigon, le Lausannois est à moitié Vietnamien. Venu de Suisse en 2012 avec l’idée de monter un centre culturel, il commence par organiser des soirées DJ à gauche et à droite car, à l’époque, il n’existe pas de lieu dédié à l’électro.

The Observatory ouvrira finalement ses portes en 2013 à Ho Chi Minh. D’un lieu associant café, galerie d’art contemporain, espace associatif, soirées, l’endroit évolue rapidement vers la forme du club et est obligé de fermer ses portes, jugé trop bruyant par ses voisins. Problème: dans une ville aussi dense, trouver un local au centre-ville où ce genre d’activité peut se dérouler sans nuire à personne n’est pas chose aisée.

Des airs berlinois

Cinq ans et quelques étapes plus tard, The Observatory a enfin trouvé un lieu à la hauteur de ses ambitions: proposer des sets de DJ internationaux à un public avide de bonne musique. Situé au sommet d’un ancien immeuble administratif, The Observatory a lui aussi son rooftop, qui donne sur le parc du palais présidentiel.

Entre-temps, le club ainsi que les quelques autres projets lancés à la même période ont fait des émules. Bars, clubs, mais aussi galeries, salles de concert, festivals… Pour Yan, Saigon vit son âge d’or, «un peu comme Berlin à la fin des années 90»: le coût de la vie y est bas, les opportunités économiques nombreuses, la renaissance culturelle florissante… le tout agrémenté d’un climat agréable, de paysages sublimes et d’une tradition culinaire renversante. De fait, le pays attire désormais foultitude de millennials internationaux établis dans d’autres métropoles asiatiques, pour qui passer un week-end ici n’est pas forcément plus cher que de faire la fête chez eux.

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Deux heures du matin, la terrasse du Lighthouse s’est couverte de points blancs. Dans les mains des gens, des ballons remplis de protoxyde d’azote, ou gaz hilarant, inhalé par petites ou grosses bouffées selon l’effet désiré: sensation de flottement et une certaine euphorie. La pratique s’est généralisée depuis quelques années, à tel point qu’elle figure sur les cartes d’une multitude de bars au Vietnam.

Hanoi se réveille

Si c’est dans la bouillonnante mégapole du sud que la scène alternative est la plus développée, la capitale Hanoi, au nord du pays, commence à se réveiller elle aussi. Plus timide que sa grande sœur débridée, elle est aussi plus conservatrice, imposant notamment un couvre-feu dans certains quartiers. N’en déplaise à ceux qui la croient provinciale, avec ses 7,5 millions d’habitants, elle aussi est en plein boom urbanistique.

David, alias DJ Njuns, 26 ans, y a passé une année pour ses études et a été conquis par la capitale, plus charmante, moins abrutissante que Ho Chi Minh-Ville. Et puis, comme d’autres le disent de Saigon, «ici, tout est à faire, il y a plus de liberté», appuie le Français. Parti poursuivre son exploration de l’Asie à Hong Kong où il a officié pour Cliché Records, il est de retour à Hanoi depuis 2016, talonnant Ouissam, patron de ce label hong-kongais désormais aux manettes d’un club à Hanoi, le Savage, ainsi que d’un festival, Equation, qui vivra en 2019 sa troisième édition dans le cadre féerique de Son Tinh Camp, à une heure de la capitale.

Le Savage, lui aussi, possède son rooftop. Situé dans le quartier des expats, plus laxiste au sujet du couvre-feu, le club met un point d’honneur à communiquer en vietnamien autant qu’en anglais histoire de ne pas devenir un ghetto pour étrangers. Deux ans après son ouverture, il se targue d’attirer un public mélangé: «Entre expats et Vietnamiens, c’est maintenant du 50/50», estime David. Température agréable, vues imprenables, bonnes vibes et une pointe d’euphorie… vous reprendrez bien un peu de nightlife vietnamienne?


Y aller
Edelweiss s’envole pour Saigon deux fois par semaine au départ de Zurich. Vols à partir de 599 francs.


Y boire un verre
The Lighthouse
Bar «rooftop» situé dans le quan 1, au centre de Saigon.
(Level 6) 104 Nam Ky Khởi Nghia, Quan 1, Ho Chi Minh-Ville

Y danser
The Observatory
HQ flambant neuf pour ce club à la direction musicale impeccable.
85 Cach Mạng Thang 8, 10th Floor, Ho Chi Minh-Ville

Savage
Bar et club hanoïen qui monte, situé dans le quartier expat de Tay Ho.
112 xuan dieu, Hanoi
facebook.com/savagehanoi


Y faire la fête plusieurs nuits d’affilée
Quest
Une programmation électro éclectique dans le féerique décor de Son Tinh, à 1 heure environ de Hanoi.
Du 23 au 25 novembre 2018


Epizode
Sur l’île paradisiaque de Phu Quoc, au sud du pays, le flamboyant festival Epizode accueille cette année des têtes d’affiche telles que Ricardo Villalobos ou Nina Kraviz.
Du 28 décembre 2018 au 8 janvier 2019


Equation
Le Savage de Hanoi s’exile à Son Tinh pour trois jours et trois nuits de vibrations électros sauvages en pleine nature.
Du 12 au 14 avril 2019


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